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57 ans de carrière, 70 films et 1 Oscar : le réalisateur du Nom de la Rose n'a que des compliments à faire sur cette légende du cinéma

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Quand Sean Connery lit un scénario, Jean-Jacques Annaud frissonne : retour sur une rencontre magique qui a fait naître le Guillaume de Baskerville du "Nom de la Rose".

© AGENCE / BESTIMAGE

Dans ses mémoires Une vie pour le cinéma : récit (2018) Jean-Jacques Annaud partage ses souvenirs de tournage et revient notamment sur sa rencontre avec Sean Connery, acteur oscarisé qu'il admire profondément.

À l'époque du film Le Nom de la Rose, le réalisateur français était encore à la recherche de son acteur principal. Ses discussions avec Michael Caine s'étaient soldées par un fiasco juridique, lorsqu'un procès avait éclaté. C'est alors qu'il reçoit plusieurs appels de Mike Ovitz, l'agent de Sean Connery, dont la carrière connaissait un léger creux après Jamais plus jamais (1983) et le médiocre L'Épée du vaillant (1984).

Sean, une évidence

Lorsque Sean Connery se présente pour la rencontre, il arrive avec le scénario sous le bras et commence à le lire avec une telle intensité que Jean-Jacques Annaud est immédiatement conquis.

"Il s'installe en face de moi et il se met à lire ces pages que j'ai écrites et réécrites, que je connais par cœur, à l'intonation près. Il me les lit si bien que j'en ai la chair de poule. Je l'arrête et je fonce chez Bernd Eichinger [producteur du film, NDLR] : c'est fait, nous avons notre Guillaume."

En effet, l'acteur pour incarner Guillaume de Baskerville, c'est lui.

Sean, une horloge suisse

Sur le plateau, Annaud découvre par la suite un comédien d'une précision presque obsessionnelle. Chaque geste, chaque pause et chaque mouvement de Sean Connery sont minutieusement calculés : de quel côté tenir un objet, quand faire une pause, jusqu'au nombre exact de pas à effectuer. Le réalisateur décrit ce travail comme de "l'horlogerie suisse". Une rigueur parfois extrême, car tout changement de texte pouvait le déstabiliser.

Il raconte ainsi :

"Lors des premières répétitions, me demandait :

- Je prends le gobelet dans la main gauche ou la main droite ?

- Dans la main gauche, parce que tu vas avoir à prendre tes lunettes de la main droite.

- OK. Je le prends sur quel mot ?

- Tu le prends quand tu dis : 'Hier, j'ai vu le bibliothécaire'.

- Je le mets où ? A 20 cm de mon nez ou à 25 ?

- A 25. Ensuite tu fais une pause.

- Et après, je fais combien de pas vers la fenêtre ?

- Deux.

Une fois le mécanisme au point, il accomplissait tous ces gestes avec une grâce et un naturel stupéfiant."

Sean, une leçon sur les acteurs

Pour Jean-Jacques Annaud, cette expérience fut surtout une leçon sur l'art de l'acteur : "Sean m'a aidé à comprendre les acteurs qui travaillent selon des méthodes venues du théâtre, qui maîtrisent la vieille école où l'on apprend à être dans ses marques sans les regarder, à tourner le visage au degré près, où l'on pense qu'être acteur, c'est un métier, où l'on a le respect de ce métier. (...) En tout cas, c'était une magie de le voir faire et ça aurait été un rêve de retravailler avec lui."

Le Nom de la Rose rencontre un immense succès : près de 5 millions d'entrées en France en 1986, le César du meilleur film étranger pour Annaud, et un BAFTA du meilleur acteur pour Sean Connery. La même année, Highlander, également avec Connery, attire plus de 4 millions de spectateurs, relançant la carrière du comédien britannique légendaire.

Le Nom de la Rose est aujourd'hui à redécouvrir sur TF1+ ou en VOD.

publié le 22 novembre, Aude Mackau, Allociné

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