95 ans, 110 films, 1 Oscar : cet acteur mythique n'est pas tendre avec Stanley Kubrick
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Dans une table ronde organisée par le Hollywood Reporter il y a quelques années, le légendaire acteur Robert Duvall n'était pas tendre envers Stanley Kubrick, qu'il considérait comme "l'ennemi des acteurs". Et pour une raison bien précise...
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Stanley Kubrick, qui se voyait comme un Napoléon à la tête de ses armées durant la production de ses films, était entre autre réputé pour son perfectionnisme absolu. Totalement obsessionnel même. Les anecdotes ne manquent pas sur ces acteurs ou actrices qui ont craqué au bout de dizaines et dizaines de prises.
La malheureuse Shelley Duvall sur Shining, qui a dû refaire une scène pas moins de 127 fois, jusqu'à ce qu'elle craque. Une autre fameuse séquence du film, celle où Dick Hallorann (Scatman Crothers) explique son don de voyance télépathique au jeune Danny Torrance (Danny Lloyd), a nécessité 148 prises. Ryan O'Neal aussi, sur le tournage de Barry Lyndon. Sur ce film d'ailleurs, Kubrick avait fait faire au compositeur Leonard Rosenman pas moins de 105 prises, alors que selon lui, "la seconde était bonne".
En 2005, Sydney Pollack, qui jouait dans Eyes Wide Shut, le film testament de Kubrick, évoquait justement ce côté obsessionnel. "Je crois que je n'ai jamais dépassé les 20 prises dans ma vie, et si je vais jusqu'à 20, c'est une tragédie pour moi. Si je fais déjà 5 ou 6 prises, je commence à être nerveux. Mais 70, 80, 100 prises étaient tout à fait la norme chez Kubrick. C'était à la fois diablement intéressant et exaspérant au possible. J'ai quand même fini par lui dire : "ca ne pourra pas être mieux Stanley ! Je ne suis pas un acteur professionnel".
"Stanley Kubrick était l'ennemi des acteurs"
Une méthode qui a exaspéré -pour ne pas dire plus- le légendaire acteur Robert Duvall. S'il n'a pas tourné sous les auspices du maître (et vu ses propos, on comprend pourquoi...), cela ne l'a nullement empêché de s'épancher sur le sujet à l'occasion d'une table ronde organisée par le Hollywood Reporter il y a quelques années, où figurent notamment autour Ryan Gosling, Mark Ruffalo et Jesse Eisenberg.
"Le grand Stanley Kubrick était l'ennemi des acteurs" lâche Duvall. "Et je peux citer des films qu'il a tournés... Les pires performances que j'ai jamais vues au cinéma. Shining, Orange mécanique... Des performances terribles, peut-être de grands films, mais des performances terribles. Comment fait-il la différence entre la première prise et la 70e prise ? Qu'est-ce que cela signifie ?"
C'est évidemment le droit le plus absolu de Robert Duvall de penser cela concernant les films précités, même s'il soulève une vraie question. On n'est pas non plus obligé de souscrire à cette vision. Si certains détracteurs de Shining (oui oui, il y en a) trouvent par exemple que Jack Nicholson cabotine beaucoup trop dedans, d'autres y voient une des plus mémorables compositions de toute la carrière de l'acteur.
Quant à Orange Mécanique, et le personnage d'Alex incarné par Malcolm McDowell, il reste le rôle le plus célèbre de l'acteur. Cela dit, si ce dernier sait ce qu'il doit au maître, après lui avoir confié le rôle principal de son chef-d'oeuvre visionnaire, il a au fil des ans sévèrement affûté son jugement le concernant...
publié le 8 janvier, Olivier Pallaruelo, Allociné