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"Allo ! Y'a quelqu'un au bout du fil ?" Pourquoi personne ne dit au revoir au téléphone dans les films et les séries ?

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Les aficionados de fictions audiovisuelles ont sûrement tous cette interrogation à propos des personnages dans les films et les séries ! On tente d'y apporter une réponse.

© EuropaCorp

C'est une question qui revient souvent dans la bouche des amateurs de films et de séries : pourquoi diable les personnages ne disent jamais au revoir quand ils téléphonent ? C'est d'une banalité confondante, mais cette interrogation est légitime.

Allo, y'a quelqu'un au bout du fil ?!

Qui n'a jamais été étonné, à la fin d'une scène de discussion téléphonique, de voir que les deux protagonistes se quittent sans même un petit "salut", "bisous" ou bien "à plus tard ? L'appel se termine de manière abrupte, sans autre forme de procès. De plus, la plupart du temps, ils n'ont même pas l'élémentaire politesse de se dire "bonjour, ça va" quand ils décrochent.

Pour le comprendre, il faut évoquer le concept de "suspension consentie de l'incrédulité". Il s'agit d'un pacte entre l'oeuvre de fiction et le spectateur. Il consiste à mettre de côté son scepticisme et accepter l'irréalisme, les invraisemblances ou les choses impossibles, tant que l'univers de l'oeuvre reste cohérent avec ses propres règles.

Pour faire simple : "Je sais que ce que je vois/lis n'est pas réel... mais je vais faire semblant d'y croire pour profiter pleinement de l'histoire." Par exemple, dans Game of Thrones, on sait que les dragons n'existent pas, mais on l'accepte. Dans l'univers de l'oeuvre, c'est cohérent, et notre esprit reste ouvert pour apprécier le spectacle.

Aller à l'essentiel

Concernant les appels téléphoniques dans le cinéma ou les séries, c'est la même chose. Les personnages ne s'embarrassent pas de salamalecs, comme on le ferait dans la vraie vie, car cela ferait perdre trop de temps au rythme de l'intrigue principale. C'est un pacte narratif que l'on fait avec l'oeuvre afin de la faire avancer le plus vite possible, sans qu'elle ne soit phagocytée par des fioritures.

"La disparition des adieux au téléphone a probablement une cause bien plus terre-à-terre : la gestion du temps. En général, les formules de politesse ne font pas vraiment avancer l'intrigue et les scénaristes sont sous pression niveau timing", explique The Guardian dans un article sur le sujet.

"Quand un épisode dure 23 minutes, chaque seconde compte et aller droit au but devient essentiel. Une simple recherche Google sur 'comment écrire des dialogues' montre d'ailleurs que 'éviter les banalités' figure sur presque toutes les listes de conseils", indique également le média anglais.

Quand un épisode dure 23 minutes, chaque seconde compte et aller droit au but devient essentiel. Cette convention est d'ailleurs remise en cause par The Guardian : "Le fait que les adieux soient écartés de nos écrans est devenu un vrai blocage pour les spectateurs attentifs aux détails. C'est un rappel immédiat, un peu gênant, que la conversation qu'on regarde est entièrement scénarisée", peut-on lire dans l'article.

"En y regardant de plus près, cela semble indiquer que même à l'ère du streaming, où la durée des épisodes est plus souple et où l'on dévore les contenus comme des tubes de Pringles au paprika, maintenir le rythme d'une histoire et capter notre attention est devenu plus important que de faire semblant que tout est réel. Et, si vous voulez mon avis, c'est un mauvais choix", conclut The Guardian.

Pas le temps de niaiser

Cependant, pour les auteurs de fiction, il est important d'aller à l'essentiel et de ne jamais s'embarrasser du superflu. Vous imaginez si on devait regarder une série à suspense et que les personnages passaient leur temps à se dire "au revoir" ou "à bientôt" ?

Dans la fiction, on n'a pas le temps de s'embêter avec tout ça, contrairement à la vraie vie. En plus, ça serait très vite ennuyeux, c'est pourquoi ce pacte narratif est mis en place.

Néanmoins, il existe des oeuvres qui poussent le réalisme très loin, et qui mettent un point d'honneur à faire valser cette convention pour rétablir les fameux "bye", "à bientôt" ou simplement "au revoir".

Cela reste quand même assez rare, le temps étant très précieux et les formules de politesse ne faisant pas partie des détails qui font avancer le Schmilblic. Il est donc compréhensible que la majorité des auteurs de fiction choisissent de faire l'impasse sur ces éléments. Pensez-y la prochaine que vous regarderez un film ou une série dans laquelle on assiste à des appels téléphoniques.

publié le 27 août, Vincent Formica, Allociné

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