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Après le succès de Pauvres Créatures et Kinds of Kindness, Yórgos Lánthimos et Emma Stone signent une nouvelle folie cinématographique avec Bugonia

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Véritable triomphe aux Oscars, Pauvres Créatures confirmait l'alchimie entre Emma Stone et Yórgos Lánthimos. Tous deux sont de retour avec Bugonia, un regard tragi-comique sur le monde contemporain, à découvrir en salle dès le 26 novembre.

© Universal Pictures International France

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Un univers flamboyant et excentrique signé Yórgos Lánthimos

Deux hommes obsédés par la conspiration kidnappent une grande PDG, convaincus qu'elle est un extraterrestre qui a l'intention de détruire la Terre.

C'est sur la base de ce simple synopsis qu'est présenté Bugonia, comédie inconfortable et jubilatoire, qui signe le retour en salle du réalisateur Yórgos Lánthimos et de son style grinçant. Après le succès de Pauvres Créatures - récompensé de quatres Oscars en 2024 - et Kinds of Kindness - qui a valu le prix d'interprétation masculine à Jesse Plemons au festival de Cannes la même année - , le réalisateur grec revient avec un thriller psychologique, satire noire et féroce dédiée à la folie de notre époque.

Tête d'affiche du long-métrage, Emma Stone endosse également une casquette de productrice pour sa quatrième collaboration avec le cinéaste après La Favorite, Pauvres Créatures et Kinds of Kindness. L'actrice, doublement oscarisée, a tout de suite perçu ce qui motivait son complice : créer une sorte de miroir déformant, drôle et terrifiant à la fois, du monde d'aujourd'hui.

Car avec Bugonia, Yórgos Lánthimos réalise un film audacieux et transgressif où se mêlent rires, larmes et vertige face au destin de l'humanité. Un portrait acide de l'Amérique actuelle s'y dessine, dans lequel chacun vit à l'intérieur d'une bulle de plus en plus isolée, creusant ainsi un véritable fossé entre les individus. "Je voulais bousculer le spectateur dans ses certitudes et sur ses préjugés à l'égard de certaines catégories de la population", explique Yórgos Lánthimos. Comme toujours avec le cinéaste grec, ce nouveau long-métrage est donc à la fois grinçant et inquiétant, tout en restant particulièrement précis et factuel, voire documenté, dans sa manière d'illustrer la montée du complotisme et dans sa façon d'aborder les dérives du capitalisme, notamment aux États-Unis.

Dès lors, le style propre à Yórgos Lánthimos imprègne Bugonia comme il l'avait fait pour ses précédentes œuvres : contraste d'images tantôt brûlantes, tantôt glaciales, plans en grand angle, caméra à l'épaule, ou débullée... Une réalisation baroque et déconstruite qui accompagne à merveille son intrigue un brin farfelue.

Un trio déjanté aux rôles parfaitement ciselés

Au cœur de ce nouveau long-métrage, trois figures détonnent particulièrement par l'excentricité de leur caractère. Teddy (Jesse Plemons), obsédé de théories du complot, entraîne son cousin Don (Aidan Delbis) dans une mission délirante, tandis que Michelle (Emma Stone, donc), puissante PDG, observe et tente de manipuler les événements à sa manière, créant un jeu de tensions et d'absurde qui rythme toute l'œuvre.

Récompensée de deux Oscars (pour La La Land en 2017 et Pauvres Créatures en 2024), Emma Stone s'est imposée comme l'une des artistes les plus éclectiques et sollicitées d'Hollywood. Dans Bugonia, elle prête ses traits à Michelle, qui incarne une facette glaciale de pouvoir. Puissante patronne d'une entreprise de bio-ingénierie pharmaceutique, elle exerce un contrôle impitoyable sur tous ceux qui gravitent dans son orbite. "Même plongée dans cette situation délirante aux côtés de Teddy et Don, après son enlèvement, elle tente aussitôt de reprendre le contrôle", raconte Emma Stone.

Habituée à un mode de travail fondé sur la confiance et la répétition, l'actrice apprécie particulièrement le fonctionnement collectif instauré par Yórgos Lánthimos. En tant qu'interprète comme en tant que productrice, elle compare sa collaboration avec le cinéaste à celle d'une troupe de théâtre. "Nous avons une formidable relation de travail, et d'un film à l'autre, je retrouve souvent la même équipe technique et une bonne partie des comédiens sont très souvent les mêmes", explique-t-elle. Cette grande famille met en œuvre des projets exigeants dans une atmosphère soudée, une dynamique qu'elle estime ne pas pouvoir retrouver auprès d'un autre réalisateur.

Emma Stone retrouve notamment Jesse Plemons, lauréat du prix d'interprétation masculine cannois pour Kinds of Kindness en 2024, dont les deux comédiens partageaient déjà l'affiche. Il incarne cette fois Teddy, un homme instable, happé par des théories du complot et convaincu qu'il doit absolument sauver sa mère, quitte à basculer dans la violence et l'irrationnel. "Le ton est profondément loufoque et constamment changeant - tour à tour hilarant et tragique - et la manière d'aborder ces enjeux majeurs est totalement inattendue et décalée", explique l'acteur.

Son compère Don est joué quant à lui par Aidan Delbis, un jeune acteur quasi débutant, dont l'expérience se limitait jusqu'ici à des cours de théâtre au lycée et à quelques rôles dans des spectacles scolaires. "Don est l'âme du film et sa boussole morale", explique Yórgos Lánthimos. "Il incarne le regard du spectateur car il est constamment en proie au doute". Très loyal envers Teddy, son cousin, il ne souhaite pas lui tenir tête, bien qu'il ait l'impression que ce qu'il le pousse à faire puisse être répréhensible.

Avec Bugonia, Yórgos Lánthimos donne vie un film transgressif à l'humour noir et féroce, un thriller psychologique conçu en reflet d'une époque profondément absurde. La sensibilité singulière du cinéaste n'a sans doute jamais été aussi saisissante que dans ce nouveau long-métrage qui pourrait être considéré comme son œuvre la plus anarchique et profondément humaniste à ce jour.

Entre folie, vertige psychologique et humour noir, Bugonia plonge ses spectateur dans un univers absurde et fascinant, à découvrir le 26 novembre au cinéma.

publié le 24 novembre, Juliette Mansart, Allociné

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