Divertissements

Après Vingt Dieux et La Pampa : Laurent dans le Vent, un nouveau souffle d'espoir qui touche en plein cœur

temps de lecture  4 minutes

À 29 ans, Laurent cherche un sens à sa vie. Son périple dans une vallée recluse lui fait croiser des personnages marginaux touchants dans un récit poétique qui conjugue solitude et humanité. Laurent dans le vent est à voir cette semaine en salle.

© Arizona Distribution

Contenu partenaire

Sans travail ni logement, Laurent atterrit dans une station de ski déserte hors saison et s'immisce dans la vie des rares habitants qu'il rencontre. Quand les touristes arrivent avec l'hiver, Laurent ne peut plus repartir...

Entre documentaire et conte merveilleux...

Réalisé par Mattéo Eustachon, Léo Couture et Anton Balekdjian - déjà réunis sur Mourir à Ibiza, qui interrogeait l'entrée dans la vie adulte - Laurent dans le vent explore cette fois une autre zone trouble : celle où l'on se croit déjà à la fin de son existence, à trente ans à peine.

Naïf, insouciant, mais profondément à l'écoute et altruiste, Laurent arrive dans une vallée montagneuse hors saison, semblable à tant d'autres en France. Un territoire en suspens, à la fois refuge pour de jeunes âmes en quête de sens et de silence, et lieu d'isolement pour ceux qui y vivent encore : personnes âgées en grande détresse, agriculteurs laissés en marge...

Cette manière d'être au monde, à la fois douce et décalée, nous touche d'autant plus qu'elle résonne avec quelque chose de profondément intime chez chacun. « Ce rapport au monde nous touchait, sans doute parce qu'il vibrait aussi en nous », confie Anton Balekdjian.

À cette réalité brute se mêle peu à peu une forme de magie, d'abord portée par le décor : sommets enneigés, vastes plaines, présence animale... Mais aussi par Laurent lui-même, qui semble appartenir à cet ordre quasi merveilleux. Lorsqu'il va à la rencontre des habitants, véritables « loups solitaires », la parole afflue soudain et les récits se déversent. De fil en aiguille, il trouve naturellement refuge chez les uns et les autres, dormant dans des lieux parfois chargés d'étrangeté, comme la maison de Lola, cette vieille dame à laquelle il s'attache.

C'est précisément cette dualité - entre ancrage documentaire et souffle du conte - qui fait la singularité et la force du film, dans un clin d'œil assumé à ce qui caractérise la vie humaine : « Je suis convaincu que la vie recèle de la magie et que raconter une histoire, c'est puiser dans un réel très concret tout en rendant hommage au hasard, au spirituel. Tout ce qui figure dans le film, on nous l'a raconté. » avoue Mattéo Eustachon.

Une ode délicate à l'amour et à la vie

Au travers du personnage de Laurent, profondément sensible, empathique et attachant, le film célèbre un amour discret, fait d'écoute, de présence et de gestes simples. Ce sentiment naît de rencontres inattendues et redonne à chacun une place dans le monde, notamment grâce à la performance d'un Baptiste Persuat subjuguant, pour qui le rôle de Laurent a été immédiatement pensé. Et Léo Couture de préciser sur l'acteur : « Il a apporté à Laurent quelque chose de beaucoup moins nerveux physiquement que certaines choses écrites dans le scénario. Il a quelque chose de plus délicat et suspendu. »

Laurent dans le vent s'impose comme une ode délicate à l'amour et à la vie en racontant l'errance d'un homme en quête de sens, non pas au travers de grands élans dramatiques, mais grâce à une attention profonde portée aux êtres et aux instants. « On aimait l'idée d'un personnage au chômage qui ne travaille qu'à s'accrocher aux gens, qu'à chercher l'amour. » Le personnage le dit lui-même à l'écran : son rêve, c'est aimer et être aimé. « Laurent est un corps qui ne sait plus bouger et qui est remis en mouvement. Il avait besoin d'être touché, c'est ce qui l'accroche à la vie et aux gens. » explique Mattéo Eustachon.

Même au cœur du vide et de l'incertitude, la vie continue de circuler : dans les paysages vidés de touristes, les silences partagés, l'humour fragile et les liens qui se tissent. Par sa mise en scène contemplative, le film magnifie l'instant présent et rappelle avec douceur que la beauté existe dans l'ordinaire, et que, même dans la fragilité, subsistent toujours le désir de vivre et la possibilité d'aimer.

Un regard bienveillant sur la marginalité

Nostalgique de l'ère viking, photographe amateur, agriculteur aux allures de sorciers, vieille dame frôlant la démence... Sur sa route, Laurent croise une galerie de personnages issus de marges sociales multiples. Des êtres singuliers, qui ne semblent pas tous souffrir de leur position à l'écart et qui, pour beaucoup, ont accepté leur condition jusqu'à en faire une force, a l'instar de cette mère célibataire - interprétée par une Béatrice Dall parfaitement taillée pour le rôle - qui s'est installée dans la vallée après un périple mouvementé en Amérique du Sud.

Reliés les uns aux autres par la présence de Laurent, ces solitudes finissent par se rencontrer, former un groupe, gagner en épaisseur. En partageant passions, obsessions, angoisses ou simples fragments de vie, ils rompent leur isolement et transforment leur marginalité en une espèce de lien.

Le film délivre ainsi un message doux et profondément humaniste sur la différence et la peur de l'autre. « Cela rejoint une idée politique qui nous plaît au cinéma : comment des personnages qui vivotent tous dans des marges sociales différentes forment une communauté au sein d'un film », explique Anton Balekdjian.

Cette fragile harmonie est également portée par la bande originale, perceptible par un léger sifflement joué au violoncelle. « L'avantage du violoncelle, c'est qu'on est toujours proche de la fausse note, on sent que la mélodie peut dégringoler à tout moment. Cela allait bien avec ces personnages, qui ont tous une forme d'embarras, et qui finissent par boiter ensemble » rapportent les réalisateurs. Une musique à l'équilibre précaire donc, à l'image de ces existences hésitantes qui avancent, coûte que coûte, en s'accordant les unes aux autres.

Entre humour, tendresse et magie du quotidien, Laurent dans le vent offre un regard unique sur la solitude et les liens humains. Un voyage poétique et sensible qui donne envie de croire à nouveau en la vie, à vivre le 31 décembre au cinéma.

publié le 29 décembre, Élise Gries-Braun, Allociné

Liens commerciaux