Divertissements

Au cinéma : vous aimez les thrillers des années 90 ? Ce film et son dispositif étonnant sont faits pour vous !

temps de lecture  3 minutes

Mis en scène par David MacKenzie ("Comancheria", "Outlaw King"), "L'Intermédiaire" ravira les amateurs de thrillers à l'ancienne comme le cinéma américain pouvait en faire dans les années 90. En plus de confirmer le charisme de Riz Ahmed.

© Sony Pictures Releasing France

Ça parle de quoi ?

Un "fixer" de renommée mondiale, spécialisé dans la négociation de paiements entre entreprises corrompues et ceux qui menacent de les faire tomber, est habitué à garder son identité secrète grâce à une organisation millimétrée et des règles strictes. Il voit son univers basculer lorsqu'une nouvelle cliente sollicite sa protection pour rester en vie.

Point Relay

David MacKenzie est un réalisateur qui gagne à être connu, mais peut-être avez-vous déjà vu ses films à défaut d'avoir mémorisé son nom. C'est en effet à lui que l'on doit le drame carcéral Les poings contre les murs, la comédie romantique Rock'n Love tournée au milieu d'un festival de musique, My Name is Hallam Foe avec Jamie Bell, le film de braquage Comancheria, le biopic historique Outlaw King ou encore Perfect Sense, histoire d'amour et d'anticipation sur fond de pandémie à laquelle beaucoup ont (re)pensé au moment du Covid.

Un réalisateur assez insaisissable donc, qui ne refera pas deux fois la même chose et se focalise avant tout sur l'humain plutôt que sur les effets et autres éléments associés au genre dont il s'empare. Et il le confirme aujourd'hui avec L'Intermédiaire (Relay en VO), thriller qui pourrait sembler anachronique dans sa forme, tant il semble issu des années 90 (voire 70) dans sa forme et dans son rythme. Au premier abord seulement, car la question des lanceurs d'alerte est centrale dans le récit, et le personnage principal évoque notamment ce que cela fait d'être un homme musulman dans le New York de l'après-11-Septembre.

Un protagoniste joué par le toujours excellent Riz Ahmed qui, après Sound of Metal, se retrouve de nouveau dans une histoire où le son et la communication sont des éléments clés. À travers le dispositif pour le moins étonnant de cet opus, qui fait que les trois personnages principaux n'interagissent pas directement entre eux pendant les trois-quarts du récit : soient Sarah (Lily James), lanceuse d'alerte prête à restituer des documents brûlants volés en échange de l'abandon des menaces à son encontre, Tom, qui ne l'aide que grâce à un système de messagerie impliquant des intermédiaires au sein de leurs échanges, et Dawson (Sam Worthington), homme de main qui veut lui aussi récupérer les papiers pour le compte de l'entreprise visée.

Entre filatures, regards par-dessus l'épaule, sessions de planque et autres conversations impliquant messageries et voix trafiquées, le film ne peut compter que sur le montage et l'agencement de certains plans pour réunir ses personnages centraux, ce qui n'est pas chose aisée pour parvenir à créer du rythme, donnée pourtant essentielle dans la réussite d'un thriller. Mais ça fonctionne et de façon assez surprenante qui mêle la paranoïa digne des opus des années 70 à des préoccupations actuelles, jusqu'à un dernier acte un peu plus classique mais qui n'en reste pas moins efficace, avec un gros rebondissement à la clé.

Un thriller à la croisée des époques

Rendant aussi bien hommage à Cary Grant qu'au John Cleese d'Un poisson nommé Wanda via le pseudonyme d'Archie Leach (vrai nom du héros de La Mort aux trousses), L'Intermédiaire se retrouve au croisement de plusieurs époques et styles, de la même manière que son personnage principal taiseux (Riz Ahmed ne prononce pas le moindre dialogue pendant les trente premières minutes) se trouve entre lanceuse d'alertes et l'entreprise à laquelle elle se confronte. L'air de rien, et à l'image de son réalisateur à la personnalité discrète, c'est une petite réussite dans le genre, très humaine, qui s'offre à nous.

publié le 26 novembre, Maximilien Pierrette, Allociné

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