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C'est l'un des meilleurs films d'action français ! Comment Gérard Lanvin a-t-il sauvé la vie de son partenaire sur le tournage ?

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Au cœur des gorges du Verdon, un tournage vire presque au drame : Gérard Lanvin raconte comment il a sauvé Bernard Giraudeau d'une noyade certaine - un moment qui scellera à jamais leur amitié.

© StudioCanal

Lorsqu'il repense à Les Spécialistes, l'un des polars français les plus marquants des années 80, Gérard Lanvin ne se souvient pas uniquement d'un tournage spectaculaire. Pour lui, ce film signé Patrice Leconte reste associé à un moment critique où il a dû intervenir pour empêcher son ami Bernard Giraudeau de se noyer.

Un accident inattendu dans les gorges du Verdon

Au micro d'AlloCiné l'an dernier, alors qu'il venait présenter 4 zéros, Lanvin est revenu sur un épisode particulièrement tendu. Pour une séquence tournée dans les torrents du Verdon, les deux acteurs étaient menottés l'un à l'autre. Giraudeau portait un blouson d'aviateur américain en cuir, magnifique à l'image, mais catastrophique une fois gorgé d'eau. Le vêtement s'est en effet transformé en véritable poids mort. Gérard Lanvin explique alors que son partenaire a commencé à couler, incapable de lutter contre les courants, et qu'il a dû l'extirper de la rivière.

Il raconte : "On a fait ce film qui a cartonné. Bernard et moi, on est devenus très liés pendant ce film, parce qu'il portait un blouson de pilote de l'armée américaine en cuir et on était menottés et on nous a lâchés dans les torrents, dans les gorges du Verdon. Il a failli se noyer et j'ai réussi à le sortir.'"

L'acteur souligne à quel point la situation était dangereuse : personne ne pouvait venir les secourir en cas d'urgence, et la moindre branche coincée sous l'eau aurait pu être fatale. Ils ne se sont pas vus mourir, dit-il, mais la frayeur fut suffisante pour les marquer durablement. Cette épreuve les a unis bien au-delà du simple cadre professionnel.

"Mais ça a été des moments très douloureux parce qu'on est dans une difficulté notoire (...), on n'a pas pensé que le blouson allait prendre 20 kilos et qu'attaché dans des torrents, c'était très compliqué de le sortir de là. Surtout avec des gens qui peuvent vous dire : 'La seule chose, c'est qu'il ne faut pas que ton pied s'accroche dans une branche parce qu'on ne pourra pas venir vous chercher'", explique-t-il. "Donc, [nous n'avons pas failli] mourir, on ne peut pas aller jusque-là. Mais quand même, on a été dans une grosse difficulté et notre effort ensemble nous a profondément rapprochés."

De rivaux à partenaires

Ce lien n'avait pourtant rien d'évident au départ. Gérard Lanvin explique que le cinéma opposait régulièrement les deux comédiens, réduits à des stéréotypes.

"Bernard Giraudeau, c'était mon ami. Et au départ, mon concurrent. Parce que dans les films, on disait : 'On prend le blond, on prend le brun.' Un jour, j'en ai eu marre d'entendre ça, parce que le cinéma n'est pas forcément fait que d'intelligence au niveau des structures. Donc le problème, il est simple : ils se prennent la tête à notre place et à un moment, il faut régler le problème."

Lassé de cette rivalité artificielle donc, il propose alors à Christian Fechner, producteur à l'époque, d'associer leurs forces plutôt que de les mettre en compétition.

"J'ai rencontré Christian Fechner. On avait fait Marche à l'ombre, beaucoup d'entrées. Je lui ai dit : 'Tu sais, ce qui serait bien, c'est qu'on se réunisse avec Bernard Giraudeau parce qu'on nous met en concurrence. Finalement, si on s'associe, on va peut-être pouvoir créer un duo qui va intéresser le public.'"

Convaincu par l'idée, Lanvin va rencontrer Giraudeau dans sa loge alors que celui-ci joue la pièce K2 au théâtre. Il lui propose de former un duo pour un projet commun, rappelant que chacun d'eux avait déjà connu un grand succès populaire.

"J'ai été le voir dans la loge et je lui ai dit : 'Écoute, on ne se connaît pas, mais essayons de faire un truc ensemble. Avec Fechner, tu as fait Viens chez moi, j'habite chez une copine ; moi, j'ai fait Marche à l'ombre. On s'associe et puis on voit ce qu'on peut faire.'"

Un triomphe au box-office

Le pari fonctionne : ensemble, ils donneront naissance aux Spécialistes : "Et on a fait Les Spécialistes qui a cartonné. Fechner nous avait dit à l'époque : 'Il y a un blond et un brun, au milieu je vais mettre une rousse.' Voilà comment on faisait du cinéma intelligent. (Rires)."

La fameuse "rousse", Christiane Jean, future Claire des Filles d'à côté, rejoint donc le tandem. À sa sortie, le 13 mars 1985, le film fait un véritable carton : 5,3 millions d'entrées. Le public vient y admirer les scènes d'action audacieuses, dont un saut vertigineux de 200 mètres - réalisé par des cascadeurs, fort heureusement - ou encore une descente en rappel depuis le toit d'un casino.

Pour revoir cette collaboration mémorable, direction Ciné+ OCS ou la VOD.

publié le 2 mars, Aude Mackau, Allociné

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