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C'est l'une des fins les plus marquantes du cinéma : depuis 49 ans, elle délivre une magistrale leçon de vie à des millions de gens

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Il y a 49 ans, le maestro Stanley Kubrick sortait une fresque historique qui deviendra un grand classique du cinéma : "Barry Lyndon" ! Retour sur la fin de ce film exceptionnel, qui est bien plus lourde de sens qu'on peut le penser.

© Warner

En 1976, Stanley Kubrick nous offrait une fresque historique absolument somptueuse : Barry Lyndon. Tiré du roman de l'auteur britannique William Makepeace Thackeray, le film est un des plus grands classiques de l'Histoire du cinéma.

Le récit nous emmène au 18ème siècle, en Irlande. Redmond Barry, un jeune homme issu d'un milieu modeste, aspire à gravir les échelons de la société après la mort de son père. À la suite d'un duel avec un officier britannique courtisant sa cousine, il est contraint de fuir.

Engagé dans l'armée anglaise, il participe à la guerre sur le continent européen, mais déserte pour éviter la condamnation. Recruté de force par l'armée prussienne, il sert Frédéric II avant d'être chargé d'espionner un aristocrate joueur.

Peu à peu, il gagne la confiance de ce dernier et entre dans les cercles de la haute société. Il séduit Lady Lyndon, une jeune femme noble et fortunée. Prenant connaissance de l'adultère, son vieil époux sombre dans la dépression et meurt de dépit. Redmond Barry épouse Lady Lyndon et devient Barry Lyndon.

Un classique intemporel

Porté par Ryan O'Neal et Marisa Berenson, qui livrent une performance sensationnelle, Barry Lyndon est aussi bien interprété qu'il est somptueusement filmé. Stanley Kubrick nous offre des plans dignes de tableaux de maîtres, le tout dans des décors sublimes. Le 18ème siècle n'a jamais été aussi authentique au cinéma que dans Barry Lyndon.

Dans sa quête de perfection, Kubrick tiendra d'ailleurs à filmer certaines scènes avec un éclairage à la bougie uniquement. À l'époque, cela était inenvisageable ! Aucun objectif de caméra n'était conçu pour filmer des séquences dans des conditions aussi sombres. Mais impossible n'est pas Kubrick.

Le réalisateur a donc utilisé un objectif Zeiss Planar 50mm f/0.7, l'un des plus lumineux jamais fabriqués. Initialement conçu par Carl Zeiss pour la NASA dans les années 1960 (destiné à photographier la face cachée de la Lune), cet objectif avait une ouverture de f/0.7, permettant de capter un maximum de lumière même en conditions extrêmement sombres.

Cependant, l'objectif n'était pas compatible avec les caméras de cinéma standard. Kubrick et son équipe, avec l'aide du technicien Ed DiGiulio, ont modifié une caméra Mitchell BNC pour pouvoir utiliser cet objectif. Pour Kubrick, cela était indispensable pour renforcer le réalisme et l'esthétique picturale du film. Par conséquent, il a exclu l'utilisation de lumière artificielle sur les scènes à la bougie.

Une fin cruelle et mélancolique

Toutefois, si Barry Lyndon a marqué les esprits pour toutes ces raisons esthétiques, il a aussi été frappant par son dénouement. En évoquant le nom de Stanley Kubrick, on parle plus souvent de la fin de 2001, l'odyssée de l'espace et sa fameuse porte des étoiles, mais on oublie trop le final sombre, mélancolique et infiniment cruel de Barry Lyndon.

À la fin du long-métrage, après avoir gravi les échelons de la société en épousant Lady Lyndon, Barry voit sa position progressivement se déliter. Incapable de gérer ses finances et détesté par son beau-fils, Lord Bullingdon, il sombre dans le déclin moral et matériel.

Une violente altercation éclate entre Barry et Bullingdon, ce dernier ne supportant plus les frasques de son beau-père ; la dispute conduit à un duel, au cours duquel Barry est blessé et doit subir l'amputation d'une jambe. Humilié et ruiné, il accepte une rente annuelle en échange de son exil définitif. On comprend alors qu'il mourra seul, oublié de tous.

Ce triste dénouement, épilogue de la déchéance d'un homme rongé par son ambition, est accentué par une citation finale d'une justesse implacable et d'une cruelle mélancolie. La voici : "C'est sous le règne de George III que vécurent et se querellèrent les personnages susmentionnés ; bons ou mauvais, beaux ou laids, riches ou pauvres, ils sont tous égaux désormais."

C'est sous le règne de George III que vécurent et se querellèrent les personnages susmentionnés ; bons ou mauvais, beaux ou laids, riches ou pauvres, ils sont tous égaux désormais.

Egaux face au trépas

Cette phrase, placardée comme une épitaphe, de façon froide et détachée, vient nous rappeler une vérité universelle : quelle que soit leur condition ou leur conduite, tous les hommes et les femmes sont unis par la mort. À la fin, celle-ci nous rendra tous égaux. On vous le concède, cette citation finit de nous achever après 3 heures de film.

Fidèle à son style, Kubrick termine son oeuvre en adoptant une distance volontairement désinvolte par rapport au récit qu'il vient de nous conter. Cette sorte d'ironie est typique du regard du metteur scène sur ses personnages. Il ne les juge pas, mais les montre dans toute leur fragilité et vanité.

Ainsi, le réalisateur nous incite à méditer sur les conflits humains, assénant avec un sourd fracas une vérité fatale : les ambitions sociales, les passions et tragédies humaines, s'effaceront face à la mort.

Le bûcher des vanités

Cela résonne évidemment comme une réflexion sur la vanité des ambitions humaines, thème central du film. L'ascension sociale de Barry, bâtie sur la séduction, la manipulation et la violence, se révèle finalement vaine et sans valeur.

Enfin, en plaçant sur le même plan les riches et les pauvres, les beaux et les laids, les bons ou les mauvais, la citation peut aussi être lue comme une critique de l'obsession de l'ascension sociale.

Elle relativise les hiérarchies et les privilèges, en rappelant que tous les Hommes, y compris ceux qui croyaient triompher, finiront dans l'anonymat d'un passé révolu. En ces temps modernes troublés, elle est donc d'une particulière pertinence.

Si vous souhaitez (re)voir ce chef-d'oeuvre qu'est Barry Lyndon, rendez-vous sur la plateforme HBO Max !

publié le 5 août, Vincent Formica, Allociné

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