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"Ce mec n'est pas mon père" : il y a 17 ans, Clint Eastwood s'est disputé avec ce réalisateur culte

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Quand deux géants du cinéma s'affrontent, il faut parfois un troisième pour calmer le jeu... Découvrez comment Steven Spielberg a joué les médiateurs entre Clint Eastwood et Spike Lee !

© JUAN RICO / FAME PICTURES / BESTIMAGE

En 2008, une querelle inattendue a opposé deux géants du cinéma : Clint Eastwood et Spike Lee. La tension était telle qu'il a fallu l'intervention d'un troisième réalisateur emblématique, Steven Spielberg, pour calmer le jeu.

Tout a commencé lors du Festival de Cannes, pendant la promotion de Miracle à Santa-Anna de Spike Lee. Le réalisateur y a critiqué Clint Eastwood pour ses films Mémoires de nos pères et Lettres d'Iwo Jima, en soulignant l'absence totale d'acteurs noirs à l'écran. Lee déclarait alors que ce choix semblait injustifiable, et qu'il aurait été possible pour Eastwood de rectifier le tir, surtout après qu'on lui ait signalé cette omission (via SlashFilm et Reuters).

"Clint Eastwood a fait deux films sur Iwo Jima pour plus de quatre heures au total et il n'y avait aucun acteur Noir à l'écran. Si vous les journalistes aviez des c****les, vous lui demanderiez pourquoi. J'ignore complètement pourquoi il a fait ça, mais je sais que ça lui a été signalé et qu'il aurait pu corriger le tir. Ce n'est pas comme s'il ne savait pas."

Dans son propre film, Miracle à Santa-Anna, Lee mettait en avant une escouade de soldats noirs américains dans un village toscan encerclé par l'armée allemande en 1944.

La réponse de Eastwood

Suite à ses commentaires, un journaliste a relayé ses propos à Eastwood. La réponse du vétéran hollywoodien, publiée dans The Guardian, n'a pas manqué de piquant. Il a expliqué que l'histoire racontée dans Mémoires de nos pères se concentrait sur la fameuse photo du lever de drapeau à Iwo Jima, où les troupes noires n'étaient pas présentes. Ajouter un acteur afro-américain aurait été, selon lui, une déformation de la réalité historique. Eastwood ajoutait également, avec un certain agacement, que dans Bird, un film presque entièrement consacré à des personnages noirs, il avait engagé majoritairement des acteurs afro-américains.

Voici ses propos :

"Lorsque j'ai fait Bird, il s'est plaint : 'Pourquoi un type Blanc ferait ça ?' Parce que je suis le seul type qui l'ait fait, voilà pourquoi. Il aurait pu le faire avant, il a choisi de faire autre chose.' Et sur La Mémoire de nos pères en particulier : 'L'histoire du film est Flag of Our Fathers, celle de la fameuse image du lever de drapeau et [les troupes noires] n'y ont pas participé. Si je prends les devants et inclus un acteur Afro-Américain sur cette image, les gens vont me dire : 'Ce type a perdu les pédales, ça n'est pas la vérité.' (...) Et quand je fais un film qui est à 90% noir, comme Bird, j'engage 90% de Noirs. Ce type devrait juste la fermer."

Spike Lee surenchérit

Spike Lee, de son côté, n'a pas caché son indignation face à ce commentaire. Il a rappelé que la Seconde Guerre mondiale avait mobilisé des millions d'Afro-Américains, souvent oubliés par Hollywood, et qu'un simple "Ce type devrait juste la fermer" ne pouvait suffire à balayer cette réalité.

"Ce mec n'est pas mon père, et nous ne sommes pas sur une plantation. C'est un grand réalisateur. Il fait ses films, moi les miens (...) mais un commentaire comme 'Ce type devrait juste la fermer', allons bon. On dirait un vieil homme en colère. Je n'invente rien, je connais l'histoire, je l'ai étudiée. Et je connais l'histoire de Hollywood et son omission du million d'Afro-Américains hommes et femmes ayant contribué à la Seconde Guerre mondiale. Il n'y avait pas que des John Wayne, mon gars.'"

Spielberg en renfort

La tension monta rapidement jusqu'à ce que Steven Spielberg intervienne. Ami de Spike Lee et producteur de Mémoires de nos pères et Lettres d'Iwo Jima, le réalisateur de E.T. joua les médiateurs pour rétablir le dialogue entre les deux cinéastes. Les détails de son intervention restent privés, mais le livre American Rebel: The Life of Clint Eastwood de Marc Eliot confirme que c'est grâce à Spielberg que le conflit s'est apaisé. Depuis, ni Eastwood ni Lee n'ont reparlé publiquement de cette altercation.

Ainsi, même dans le monde des légendes du cinéma, il arrive que seule l'intervention d'un tiers de confiance puisse désamorcer une dispute... et Spielberg, une fois de plus, a su remplir ce rôle avec brio.

Mémoires de nos pères et Lettres d'Iwo Jima sont disponibles en VOD, tout comme Bird. Pour ce qui est de Miracle à Santa-Anna de Spike Lee, il va falloir se tourner vers les éditions Blu-ray et DVD du film.

publié le 8 novembre, Aude Mackau, Allociné

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