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"Ce serait déplacé de me plaindre" : Judith Godrèche revient à Cannes avec Mémoire de fille adapté d'Annie Ernaux

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Devenue l'une des figures du #MeToo français, Judith Godrèche est de retour au Festival de Cannes cette année pour présenter son nouveau long métrage en tant que réalisatrice, "Mémoire de fille". Nous l'avons rencontrée à Cannes.

© Bestimage

Judith Godrèche de retour à Cannes ! L'actrice et réalisatrice est venue présenter son second long métrage, Mémoire de fille, après Toutes les filles pleurent (2010). Judith Godrèche a également réalisé le court métrage Moi aussi (2024) et la série Icon of French Cinema pour Arte (2023). Il s'agit de l'adaptation du roman du même nom, signé Annie Ernaux.

Le film prend pour point de départ une dédicace d'Annie Ernaux, 70 ans, en Normandie. Elle replonge dans les souvenirs de l'été de ses 17 ans, en 1958. Cet été-là, elle quitte sa bourgade natale pour être monitrice en colonie de vacances. Dès la première fête, le moniteur chef, entreprend de la dépuceler. Le trouvant beau, elle le laisse faire, comme malgré elle... Son corps devient pour elle un lieu étranger, une offrande à sacrifier.

La première photo du film

Judith Godrèche était venue il y a deux ans pour présenter un court métrage, Moi aussi, un court métrage qui met à l'honneur celles et ceux qui sortent du silence. Un titre qui fait écho au slogan et symbole des violences sexuelles faites aux femmes.

AlloCiné : Après votre court-métrage Moi aussi en 2024, il s'agit de votre premier projet au long cours depuis Icon of French Cinema. Beaucoup de choses se sont passées depuis ce tournage. Qu'est-ce que cela a changé en vous, dans votre manière de penser et de réaliser un projet ? Étiez-vous différente sur le tournage de Mémoire de fille ?

Judith Godrèche : Oui, je pense que je suis différente. J'essaie de toujours me poser des questions et de ne pas me laisser emporter par le stress du plateau. C'est d'autant plus important que je travaillais avec beaucoup de jeunes interprètes - la quasi-totalité des acteurs de mon film ont 20 ans. Même s'il y a des comédiennes d'expérience comme Valérie Dréville ou Guslagie Malanda, il y a cette troupe de jeunes actrices que je voulais absolument sécuriser et valoriser constamment à travers mon regard.

Je refusais qu'elles se disent : "J'ai le troisième rôle, j'ai le cinquième rôle..." Cette hiérarchisation est complexe. Le cinéma entretient un rapport très aristocratique avec l'importance des gens sur un plateau. On dit souvent que c'est un travail collectif, ce qui peut sonner un peu cliché quand on sait qu'au fond, le système reste très hiérarchique. C'est d'ailleurs pour cela qu'il était primordial pour moi de venir ici, au Festival de Cannes, avec mes techniciennes et mes techniciens, pour que nous vivions cela ensemble. D'ordinaire, à Cannes, on se retrouve seule sur les marches. Moi, j'ai envie de partager ce moment avec tout le monde. C'est une manière de démocratiser le statut de l'auteur tout-puissant tel qu'on le conçoit en France.

Judith Godrèche applaudie à la suite de la projection de son court métrage "Moi aussi" :

Mille personnes se sont jointes à elle pour tourner ce court métrage. Judith Godrèche met en scène sa propre fille, Tessa Bathélemy, déambuler toute de blanc vêtue au milieu d'une foule de femmes dans une rue parisienne.

Quel effet cela fait-il de revenir à Cannes ? Quel regard portez-vous sur le milieu du cinéma aujourd'hui ? Pensez-vous que les choses bougent réellement ? On imagine que ce retour hautement symbolique s'accompagne de nombreuses réflexions.

Honnêtement, je ne me pose pas trop de questions en ce moment, car je vis l'instant présent et tout va très vite. Nous partageons ces moments en équipe, avec mes actrices.

Après, il existe évidemment toujours ce désir d'appartenir à un milieu, de trouver sa place et de savoir laquelle on occupe - un thème que l'on retrouve d'ailleurs dans le film. Parfois, je me dis que ma place est un peu singulière, puisque j'incarne désormais un combat. Par moments, j'aimerais ne pas avoir à le porter, être simplement la réalisatrice ou l'actrice, sans me trimballer avec cette cape qui est parfois lourde à porter. Mais c'est ainsi. Ce serait déplacé de me plaindre. Je ne sais pas si je porte un regard global sur le milieu du cinéma, je vis surtout le moment présent.

La 79e édition du Festival de Cannes se déroule jusqu'à demain, samedi 23 mai 2026.

publié le 22 mai, Brigitte Baronnet, Allociné

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