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Christian Clavier + 4 millions d'entrées : 42 ans après, cette comédie culte des années 80 ressort au cinéma pour un jour seulement... Pourquoi est-elle dédiée à Louis de Funès ?

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Pour la première fois depuis sa sortie en 1983, et pour la seule journée du 5 octobre, "Papy fait de la Résistance" est de retour au cinéma, dans une version restaurée. Mais savez-vous quel rôle Louis de Funès aurait dû jouer dans la comédie ?

© StudioCanal

Comme Les Bronzés et sa suite, ou Le Père Noël est une ordure, Papy fait de la Résistance entre dans la case des valeurs sûres télévisuelles du Splendid, que tout le monde connaît par coeur mais qui cartonnent quand même à chaque nouvelle rediffusion. Cette fois-ci, et pour la première fois depuis sa sortie en 1983 où elle avait attiré 4 104 082, c'est vers le grand écran qu'il faudra se tourner pour renouer avec la comédie de Jean-Marie Poiré, et pour un temps très limité : des séances uniques dans les quelques 300 cinémas qui projetteront le film, restauré en 4K, ce dimanche 5 octobre.

Comédie sur fond de Seconde Guerre Mondiale, dans laquelle une famille de musiciens voit son hôtel particulier réquisitionné par des Allemands tourmentés par un mystérieux "Super Résistant", le long métrage peut être vu, en schématisant, comme La Grande Vadrouille du Splendid, et ça n'est peut-être pas un hasard, car l'un des acteurs du classique de Gérard Oury aurait pu être au casting. Et pas n'importe lequel puisqu'il s'agit de Louis de Funès, à qui Papy fait de la Résistance est dédié.

Cette information, vous la connaissez peut-être déjà, car nous parlons d'un film sur lequel nous savons tout ou presque. Mais il y a longtemps eu deux sons de cloche distincts quant au rôle que le héros de Rabbi Jacob devait tenir : Papy, l'évidence, joué par Michel Galabru ; ou le Maréchal Von Apfelstrudel, demi-frère chanteur d'Hitler, à qui Jacques Villeret prête ses traits et sa voix, lorsqu'il s'agit de reprendre "Je n'ai pas changé" de Julio Iglesias dans une scène d'anthologie. Mais qui a donc raison dans cette histoire ?

Qui devait jouer Louis de Funès dans le film ?

"Il devait faire Papy", nous répond Jean-Marie Poiré. "Mais j'ai entendu plein d'histoires sur ce qu'on avait écrit et qui ne sont absolument pas vraies. Louis était très ami avec le producteur Christian Fechner, qui était son producteur attitré à l'époque, et il adorait le Splendid : il était allé voir toutes leurs pièces, qu'il trouvait formidables, et il avait beaucoup d'admiration pour eux car De Funès adorait la comédie et les acteurs de comédie, donc il allait voir toutes les pièces comiques à Paris. Il se passionnait pour le travail des autres acteurs, il les connaissait tous et leur trouvait beaucoup de talent."

"Moi j'avais un rapport très privilégié avec Louis, car j'avais été assistant sur deux films dans lesquels il jouait [Le Grand restaurant et Oscar, ndlr]. Nous avions une énorme complicité et il avait beaucoup d'affection pour moi. J'avais de l'admiration pour lui, sincèrement, et c'est peut-être pour cela qu'il avait beaucoup d'affection pour moi. J'aurais adoré travailler avec lui, surtout qu'il avait dit oui sans lire le scénario de Papy fait de la Résistance. Il voulait juste que ce ne soit pas trop long : quinze jours ou trois semaines, mais pas plus."

"Et il ne voulait pas qu'on lui écrive des scènes avec le De Funès pétaradant, criant, courant... Il venait de faire un infarctus, il avait peur et il voulait un rôle plus posé, plus en phase avec son âge. Donc on avait pensé à Papy, mais on n'a pratiquement rien écrit : on a vaguement parlé de deux ou trois trucs, mais il est mort tout de suite [le 27 janvier 1983, ndlr]. Et ça a été désastreux parce que Christian Fechner trouvait que Clavier et Lamotte [auteurs de la pièce originale et co-scénaristes de son adaptation cinéma, ndlr] n'étaient pas assez importants par rapport à ce budget, pas assez bankable, donc il voulait des tas de stars."

"On a alors demandé à Michel Serrault de jouer, non pas Papy, mais le rôle finalement tenu par Jacques Villeret, qu'il n'a pas compris et pas trouvé drôle. Ce qui est marrant de la part d'un homme aussi amusant et fantaisiste, mais je crois qu'il pensait aussi qu'il ne saurait pas le faire. Mais je respecte beaucoup les comédiens, et leurs refus notamment. Je ne dis pas que ça me fait plaisir mais je pense que, souvent, quand ils refusent, c'est qu'ils ne s'en sentent pas capables, qu'ils ne voient pas ce qu'ils peuvent apporter. Ils n'arrivent pas à s'intégrer au personnage."

"Louis de Funès adorait la comédie et les acteurs de comédie"

"Michel Serrault m'avait dit : 'Mais il chante Julio Iglesias, ce n'est pas drôle', et il le maintenait quand je lui expliquais (rires) Donc je lui ai répondu que je pourrais lui donner raison, sauf que dans la pièce Roland Giraud chantait 'Vous les femmes', et ça déclenchait les plus gros rires du spectacle, donc je ne pouvais pas lui dire que ça n'était pas drôle. Ni l'emmener voir le résultat car elle ne se jouait plus à ce moment-là. Mais les pièces ont cet avantage : elles permettent de savoir ce qui marche. Jamais on ne peut imaginer le cinéma des Marx Brothers s'ils n'avaient pas tourné avec leur show dans toute l'Amérique avant. C'était tellement gonflé, bizarre, absurde, incompréhensible même parfois, que s'ils n'avaient pas vu que ça faisait rire, aucun producteur n'aurait dit oui."

À défaut de Michel Serrault, c'est Jacques Villeret qui s'est emparé du rôle, dans une comédie historique peu avare en action, qui regroupe plusieurs familles d'humoristes, puisque le Splendid y croise Jean Yanne, tandis que Michel Galabru, Jacqueline Maillan ou Jean-Claude Brialy y réalisent un joli passage de flambeau avec la jeune génération, comme Louis de Funès aurait dû le faire dans ce film que l'on se plaît à voir et revoir, en imaginant ce qu'auraient pu être ses scènes aux côtés de Christian Clavier, souvent vu comme son héritier.

Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Paris le 26 septembre 2025

publié le 4 octobre, Maximilien Pierrette, Allociné

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