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Depuis 85 ans, ce discours de cinéma à la puissance inégalée résonne encore chez des millions de spectateurs

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Diffusé ce soir sur France 5, cet immense long-métrage est l'un des plus grands classiques du grand écran. 85 ans plus tard, son discours final touche encore en plein coeur les spectateurs.

© Charles Chaplin Productions

En 1940, au début de la Seconde Guerre mondiale, Charlie Chaplin nous offrait un véritable monument du 7ème art : Le Dictateur. Le génial réalisateur et comédien, égérie du cinéma burlesque, s'affranchit des codes du genre pour mieux les détourner, et signer ainsi un grand classique intemporel.

Et si le film marque autant les esprits depuis 85 ans, c'est aussi en partie grâce à son discours final, d'une rare puissance. Déclamé avec brio par un Charlie Chaplin au sommet de son art, il délivre un message universel de paix, d'amour et de tolérance, qui touche en plein coeur.

Même si le récit s'inscrit dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale, il reste encore d'actualité aujourd'hui, dans un monde secoué par les conflits armés et les tensions géopolitiques. Il est donc encore plus salvateur de retenir les mots de Charlie Chaplin, de se les approprier, et surtout de les transmettre.

Pour le plaisir, voici son célèbre discours retranscrit ci-dessous :

"Je suis désolé, mais je ne veux pas être empereur, ce n'est pas mon affaire. Je ne veux ni conquérir, ni diriger personne. Je voudrais aider tout le monde dans la mesure du possible, juifs, chrétiens, païens, blancs et noirs. Nous voudrions tous nous aider, les êtres humains sont ainsi. Nous voulons donner le bonheur à notre prochain, pas le malheur.

Nous ne voulons pas haïr ni humilier personne. Dans ce monde, chacun de nous a sa place et notre terre est bien assez riche, elle peut nourrir tous les êtres humains. Nous pouvons tous avoir une vie belle et libre mais nous l'avons oublié.

L'envie a empoisonné l'esprit des hommes, a barricadé le monde avec la haine, nous a fait sombrer dans la misère et les effusions de sang. Nous avons développé la vitesse pour nous enfermer en nous-mêmes. Les machines qui nous apportent l'abondance nous laissent dans l'insatisfaction. Notre savoir nous a fait devenir cyniques, nous sommes inhumains à force d'intelligence.

Nous pensons beaucoup trop et ne ressentons pas assez. Nous sommes trop mécanisés, et nous manquons d'humanité. Nous sommes trop cultivés, et nous manquons de tendresse et de gentillesse. Sans ces qualités humaines, la vie n'est plus que violence et tout est perdu. Les avions, la radio nous ont rapprochés les uns des autres, ces inventions ne trouveront leur vrai sens que dans la bonté de l'être humain, que dans la fraternité, l'amitié et l'unité de tous les hommes.

En ce moment même, ma voix atteint des millions de gens à travers le monde, des millions d'hommes, de femmes, d'enfants désespérés, victimes d'un système qui torture les faibles et emprisonne des innocents. Je dis à tous ceux qui m'entendent : Ne désespérez pas ! Le malheur qui est sur nous n'est que le produit éphémère de l'avidité, de l'amertume de ceux qui ont peur des progrès qu'accomplit l'Humanité.

Mais la haine finira par disparaître et les dictateurs mourront, et le pouvoir qu'ils avaient pris aux peuples va retourner aux peuples. Et tant que les hommes mourront, la liberté ne pourra pas périr. Soldats, ne vous donnez pas à ces brutes, ceux qui vous méprisent et font de vous des esclaves, enrégimentent votre vie et vous disent ce qu'il faut faire, penser et ressentir, qui vous dirigent, vous manoeuvrent, se servent de vous comme chair à canons et vous traitent comme du bétail.

Ne donnez pas votre vie à ces êtres inhumains, ces hommes-machines avec une machine à la place de la tête et une machine dans le coeur. Vous n'êtes pas des machines ! Vous n'êtes pas des esclaves ! Vous êtes des hommes, des hommes avec tout l'amour du monde dans le coeur. Vous n'avez pas de haine, seuls ceux qui manquent d'amour et les inhumains haïssent. Soldats ! ne vous battez pas pour l'esclavage, mais pour la liberté !

Il est écrit dans l'Evangile selon Saint Luc : "Le Royaume de Dieu est dans l'être humain, pas dans un seul humain ni dans un groupe d'humain, mais dans tous les humains, en vous, vous le peuple qui avez le pouvoir : le pouvoir de créer les machines, le pouvoir de créer le bonheur. Vous, le peuple, en avez le pouvoir : le pouvoir de rendre la vie belle et libre, le pouvoir de faire de cette vie une merveilleuse aventure.

Alors au nom même de la Démocratie, utilisons ce pouvoir. Il faut tous nous unir, il faut nous battre pour un monde nouveau, décent et humain qui donnera à chacun l'occasion de travailler, qui apportera un avenir à la jeunesse et à la vieillesse la sécurité. Ces brutes vous ont promis toutes ces choses pour que vous leur donniez le pouvoir... ils mentaient. Ils ne tiennent pas leurs promesses ! Jamais ils ne le feront.

Les dictateurs s'affranchissent en prenant le pouvoir mais réduisent en esclavage le peuple. Alors, il faut nous battre pour accomplir cette promesse ! Il faut nous battre pour libérer le monde, pour abolir les frontières et les barrières raciales, pour en finir avec l'avidité, la haine et l'intolérance.

Il faut nous battre pour construire un monde de raison, un monde où la science et le progrès mèneront tous les hommes vers le bonheur de tous. Soldats, au nom de la Démocratie, unissons-nous tous !"

On ne se lasse pas de ce discours visionnaire, dont la portée continue de résonner avec force aujourd'hui. À noter que la version française est assurée par le génial Roger Carel, légendaire comédien de doublage.

Par ailleurs, en 1997, le film a été inscrit au prestigieux National Film Registry pour être préservé à la Bibliothèque du Congrès américain, distinction réservée aux oeuvres présentant un intérêt "culturel, historique ou esthétique" majeur. Un hommage pleinement mérité pour l'un des monuments incontestés du 7ème art.

publié le 14 novembre, Vincent Formica, Allociné

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