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Deux pianos : François Civil, Nadia Tereszkiewicz et Charlotte Rampling réunis dans le nouveau film poignant d'Arnaud Desplechin

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En salle cette semaine, le nouveau film du réalisateur césarisé Arnaud Desplechin accorde sa tonalité pour proposer une histoire d'amour moderne, mélodieuse et tragique, portée par deux comédiens au diapason : François Civil et Nadia Tereszkiewicz.

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Une interprétation virtuose

Mathias Vogler (François Civil) rentre en France après un long exil. La mentore de sa jeunesse, Elena (Charlotte Rampling), souhaite qu'il donne une série de concerts au piano à ses côtés à l'Auditorium de Lyon. Mais dès son retour, une rencontre avec un enfant qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau plonge Mathias dans une frénésie qui menace de le faire sombrer... et le mènera à Claude (Nadia Tereszkiewicz), son amour de jeunesse.

Récompensé aux César pour Trois souvenirs de ma jeunesse, également nommé pour des œuvres telles que Rois & Reine, Un conte de Noël ou encore Roubaix, une lumière, l'immense Arnaud Desplechin fait son retour dans les salles obscures cette semaine avec un nouveau long-métrages, Deux pianos.

Le titre, déjà, évoque une récurrence de la filmographie du cinéaste : la dualité narrative d'un même film, qui semble comme divisé en deux arches bien distinctes. D'un côté, Mathias, pianiste émérite de retour à Lyon après des années d'absence, figure fantomatique en constant décalage. De l'autre, Claude, une jeune femme recluse dans un mariage où elle ne trouve plus sa place.

Sorties, news, interviews... Retrouvez toute l'actualité des films Indés Pour interpréter ces deux personnages désincarnés, Arnaud Desplechin a fait le choix de comédiens populaires et reconnus, qu'il saisit à contrepied, malgré leur indéniable magnétisme : François Civil et Nadia Tereszkiewicz. Tous deux habitués aux premiers rôles, ces jeunes prodiges se sont illustrés ces dernières années dans des compositions fortes, en personnages mémorables, voire puissants : Bac Nord, Les Amandiers, Rosalie, L'Amour Ouf... Autant de rôles "moteurs", refusant la passivité. Un point qui caractérise paradoxalement leur personnage dans Deux pianos.

"Quand j'ai rencontré François Civil, je lui ai confié une inquiétude et me suis même excusé de lui proposer ce rôle passif, raconte le cinéaste. Quoi, le propre de l'acteur, c'est de faire des actions, c'est agir ! Et François est venu tout balayer : « Aucun souci, c'est un paradoxe très simple à régler : à partir du moment où cet homme choisit d'être passif, puisque c'est un choix, c'est une action ! Il fait l'action d'aimer. » [...] Dès le premier jour d'essais caméra, alors que nous avions profité du moment pour tourner des scènes muettes, François m'a ébloui [...] Le temps semblait se distendre, et tout était tellement incarné ! Il savait déjà tout du rôle. Tout au long du tournage, nous avons été portés par son incarnation."

Sous la simplicité apparente, une œuvre résolument composite

Pourtant, dans leur apparent parallélisme, l'histoire de Mathis et Claude se rejoint en un point charnière, en la personne d'un enfant. Simon, le fils de Claude et de son mari Pierre, ressemble comme deux gouttes d'eau à Mathys, plus jeune. L'existence de Simon va donc non seulement rassembler Mathys et Claude, mais aussi servir de révélateur de leur vie passée.

Bercé de romantisme, Deux pianos se révèle ainsi une histoire d'amour impossible, empêchée, jouant ainsi dans un registre tragico-romantique particulièrement classique. Pourtant, Arnaud Desplechin apporte à son nouveau long métrage une modernité bienvenue dans les revirements qu'il tire de sa situation initiale : loin de s'en tenir au malheur de ses deux personnages, le cinéaste saisit leurs dilemmes à bras le corps pour interroger de nombreux sujets de société, de l'adultère regretté à la filiation ambigüe.

Œuvre riche et complexe, Deux pianos regorge donc d'éléments d'ancrage propres à la filmographie de son réalisateur : le dédoublement de la narration sur deux arches d'apparence distinctes rappelera Rois et Reine, le poids d'une filiation trouble les ressorts dramatiques d'Un conte de Noël, la place donnée aux relations brisées la trame de Frère et Sœur...

Multipliant les références, Deux pianos se révèle donc une œuvre multiple, patchwork, à la manière d'un recueil de nouvelles connectées. Arnaud Desplechin confirme : l'intrigue du long-métrage lui est initialement apparue comme deux projets différents, finalement liés autour de mêmes enjeux, d'une même relation brisée, que la maestria du cinéaste mais aussi de ses interprètes parvient à rassembler. À l'image de la vie, les parcours se croisent, s'éloignent parfois, quitte à mieux se retrouver.

Deux pianos, nouveau film d'Arnaud Desplechin porté par François Civil, Nadia Tereszkiewicz et Charlotte Rampling, est à découvrir en salle dès maintenant.

publié le 15 octobre, Isaac Barbat, Allociné

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