Dossier 137 : le nouveau thriller du réalisateur de La Nuit du 12 est-il adapté d'une histoire vraie ?
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Après le succès du polar "La Nuit du 12", le réalisateur Domink Moll est de retour avec "Dossier 137", qui suit une enquêtrice de l'IGPN, incarnée par Léa Drucker. Ce film choc est-il inspiré d'une histoire vraie ?
© Fanny De Gouville / Haut et Court
Trois ans après son excellent polar La Nuit du 12, récompensé par six César, le réalisateur Dominik Moll revient avec Dossier 137. Dans ce long métrage porté par Léa Drucker, qu'il coécrit avec son complice Gilles Marchand, il nous plonge au cœur d'une enquête de l'IGPN, la police des polices.
Le dossier 137 semble d'abord être une affaire de routine pour Stéphanie, enquêtrice à l'IGPN : une manifestation tendue, un jeune homme blessé par un tir de LBD, des circonstances à éclaircir pour établir une responsabilité. Mais un élément inattendu va troubler Stéphanie : pour elle, le dossier 137 devient bien plus qu'un simple numéro.
Également porté par Jonathan Turnbull, Mathilde Roehrich, Guslagie Malanda, Côme Peronnet et Solan Machado-Graner (frère de Milo Machado-Graner, vu dans Anatomie d'une chute), ce film choc et bouleversant soulève une question : est-il inspiré d'une histoire vraie ?
Avec Dossier 137, Dominik Moll explore de nouveau les zones grises du réel, là où justice et morale s'entremêlent. Interrogé lors du dernier Festival de Cannes, où le film était présenté en compétition, il nous confie : "Au départ, c'est surtout une curiosité envers cette institution qu'on connaît mal ou pas du tout. Personne n'y a jamais mis les pieds, à part les gens qui y travaillent. C'est une institution très décriée, à la fois détestée par les autres policiers et critiquée par certains médias qui leur reprochent d'être juge et partie et pensent que l'IGPN bâcle les enquêtes et protège la police.*"
Il ajoute dans le dossier de presse : "Ces tensions m'intéressaient et intuitivement je sentais qu'il y avait des pistes de fictions intéressantes."
Grâce au succès de La Nuit du 12, qui nous plongeait au cœur d'une enquête avec les brigades criminelles, le réalisateur a pu passer quelques jours au sein de l'IGPN. Il commente à notre micro : "Je pense que j'étais le premier extérieur au service à pouvoir faire ça. Sinon, je n'aurais pas pu faire le film. Il fallait vraiment que je puisse observer de mes yeux comment ça se passait d'assister à des auditions et surtout échanger avec les enquêtrices et les enquêteurs."
Une histoire inventée mais inspirée d'affaires réelles
Pour Dossier 137, le réalisateur s'est ainsi inspiré d'affaires réelles pour imaginer l'histoire du film. L'enquête autour de la blessure par un tir de LBD du jeune Guillaume lors des manifestations des Gilets jaunes est donc fictive.
Domink Moll précise toutefois dans le dossier de presse : "L'histoire racontée dans le film est inventée. Mais elle est nourrie de plusieurs affaires réelles, datant toutes de la même période, l'époque des premières manifestations de Gilets jaunes en décembre 2018. Je me suis documenté sur beaucoup de situations dramatiques impliquant des personnes blessées lors de ces manifestations.
Plusieurs nous ont inspirés, notamment celle d'une famille venue de la Sarthe pour la défense des services publics et dont le plus jeune a eu la main mutilée par une grenade de désencerclement. Comme pour la famille Girard dans le film, venir protester dans la capitale était aussi l'occasion d'une sortie familiale pour venir découvrir Paris.
Dans cette période qui a secoué la France et ébranlé le gouvernement, on a pu mesurer le clivage entre Paris et le reste du pays, le sentiment d'abandon des territoires et de déclassement d'une partie de la population, les inégalités criantes. Il me semblait que raconter une enquête sur une de ces affaires pourrait incarner presque physiquement ce qui, depuis des années, met toute la société en tension. Ces fractures ne concernent pas que la France. Sous des formes diverses, on voit bien qu'elles touchent bien d'autres pays."
Comment construire cette histoire ?
Après son immersion au sein de l'IGPN et la partie documentation, Dominik Moll a partagé ses recherches avec son coscénariste Gilles Marchand. Le duo - déjà à l'œuvre sur Harry, un ami qui vous veut du bien, Lemming, Des nouvelles de la planète Mars, Seules Les Bêtes et La Nuit du 12 - a donc débuté l'écriture du scénario.
"Nous avons tissé minutieusement une enquête avec son lot de tensions, de mystères, et de rebondissements. Très tôt nous avons décidé que le récit serait mené du point de vue de Stéphanie, une femme policière qui auditionne des policiers hommes mis en cause dans une affaire de violence. Cela créait immédiatement une tension singulière.
Le rapport de force qui s'installe dans le cadre très formel de ces face-à-face racontait déjà beaucoup. Dans les faits, il y a une proportion relativement élevée de femmes qui travaillent à l'IGPN, y compris dans la hiérarchie." précise le réalisateur avant d'ajouter : "Au-delà du suspens autour de la résolution de l'affaire, nous avons senti avec Gilles que l'enjeu du film tournerait autour de la question du point de vue. Ou plutôt du « biais » dans le point de vue.
Stéphanie et son équipe cherchent à découvrir ce qui s'est réellement passé ce soir-là. Elle recueille des témoignages, des informations, des vidéos... Elle rassemble les pièces du dossier, confronte des versions, s'efforce de reconstituer le puzzle. Elle se veut méthodique et impartiale. Mais dès le départ un détail la trouble, la victime vient de Saint-Dizier, la ville où elle est née et a grandi. Ce détail a priori anodin risque-t-il de changer son regard sur l'affaire ?"
Le résultat est un film brillant et passionnant, qui décortique chaque étape d'une enquête de l'IGPN - procès verbaux compris - tout en conservant l'humanité de ses personnages. Un film choc et bouleversant qui ne laissera personne indifférent. Dossier 137 est à découvrir au cinéma.
* Propos recueillis par Mégane Choquet le 16 mai 2025 à Cannes.
publié le 23 novembre, Laëtitia Forhan, Allociné