"Il ne m'a plus jamais parlé" : Gérard Lanvin raconte comment il a tenté d'écoeurer Luc Besson sur la préparation de ce film qui deviendra culte
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Dans un entretien fleuve du magazine trimestriel Schnock, Gérard Lanvin balaye avec générosité sa carrière. Et raconte une savoureuse anecdote : son travail de préparation pour jouer dans "Le Grand Bleu" de Luc Besson, avant de tout lâcher...
© Jean-Marc Lhomer / Bestimage
Voilà près de cinquante ans que Gérard Lanvin promène sa silhouette à l'écran, depuis ses débuts dans L'aile ou la cuisse. Regard ténébreux, présence rugueuse et complexe, il a incarné dans les années 80 la nouvelle virilité du cinéma français.
Auréolé de deux César, celui du Meilleur acteur en 1995 pour Le Fils préféré et celui du Meilleur Second rôle en 2001 pour sa formidable composition dans Le Goût des autres, Gérard Lanvin est aussi réputé pour être un franc-tireur dans la profession. Ce qui lui a valu, durant sa carrière, quelques inimités de la part de confrères acteurs et / ou réalisateurs.
"Le cinéma m'a mis tricard plusieurs fois. Je ne suis pas une grande gueule, mais je dis ce que je pense et je n'ai pas honte à dire ce que je pense" confie l'intéressé dans un entretien fleuve de 17 pages dans le toujours formidable magazine trimestriel Schnock, dont le dossier est consacré au film Mes meilleurs copains où il figure au casting.
Lanvin raconte ainsi une savoureuse anecdote à propos du film Le Grand Bleu de Luc Besson. Peu le savent, mais l'acteur s'est préparé plusieurs mois pour le film, avant de jeter l'éponge. Ce qui ne sera évidemment pas du goût du cinéaste...
"Je me vendais mal exprès pour le dégoûter"
"La costumière des frères Pétard avait parlé de moi à Luc Besson, qui a voulu me rencontrer pour me parler du film de sa vie : Le Grand Bleu. J'étais à l'écoute, client de ce qu'il avait fait et voulait faire. Avant moi, il avait rencontré Mickey Rourke et Christophe Lambert. On commence à travailler sur le scénario, et très vite je me suis posé des questions. J'avais des projets avec Fechner [NDR : le producteur Christian Fechner], et Besson me demandait d'être prêt dans six mois avec une connaissance poussée de l'anglais, je devais être capable de nager avec les dauphins, et de faire de la plongée en apnée à 40m de profondeur.
Je lui ai demandé de réfléchir alors qu'on était déjà sur les costumes. Selon moi, il se gourait complètement. Je ne me sentais pas capable d'assumer le rôle. Comme je ne suis pas un voyou du genre à dire oui, signer un contrat et, le jour où il faut plonger, dire non en sachant qu'ils sont obligés de vous payer, j'ai tenté d'écoeurer Besson.
A l'impossible, nul n'est tenu
On a essayé des combinaisons dans lesquelles je ne ressemblais à rien. Je me vendais mal exprès pour le dégoûter. J'ai un aigle tatoué sur le bras. Il voulait le cacher avec un t-shirt à manches longues, histoire que je fasse encore plus con ! Si j'acceptais tout ce qu'il me demandait, j'étais obligé de le faire dans des conditions dangereuses.
Besson voulait tourner en pleine mer, et non dans une piscine comme je le pensais. Le tournage allait se faire sur un an. Par rapport à d'autres projets, je me trouvais bloqué. Je suis parti à Ibiza dans un club de plongée. Là, je demande à un professeur si je peux être capable de plonger en apnée à 40m avant 5 mois. Le moniteur me regarde et me dit : "Pourquoi voulez-vous mourir ?" C'était impossible ! En me pinçant le nez dans une baignoire, je restais une minute ! J'ai abandonné. Depuis, il ne m'a plus jamais parlé".
Ce sera bien entendu Jean-Marc Barr qui tiendra ce rôle culte dans un film qui l'est tout autant devenu.
publié le 23 juillet, Olivier Pallaruelo, Allociné