"Il va être difficile à arrêter" : il y a 44 ans, Steven Spielberg croyait que ce jeune réalisateur allait devenir l'un des plus grands du cinéma américain, mais il en a été autrement
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Pour le réalisateur Steven Spielberg, un metteur en scène des années 70 aurait pu être l'un des plus grands de sa génération si on lui en avait laissé la possibilité.
© Photo Press Service / BESTIMAGE
Parmi la jeune génération des réalisateurs américains du début des années 70, Steven Spielberg avait repéré le potentiel d'un cinéaste, celui de Michael Cimino. Oscarisé à deux reprises pour Voyage au bout de l'enfer en 1978, sa carrière ne s'est jamais remise de l'échec colossal de son western La Porte du paradis.
Pourtant, il aurait pu devenir l'un des plus grands réalisateurs du 7ème Art à en croire cette interview de 1982 donnée par le réalisateur de E.T. à Rolling Stone et récemment retrouvée par Far Out :
Un réalisateur mis au ban
"Je pense que l'attaque virulente que subit le réalisateur est plus intéressante à analyser que le cataclysme de La Porte du paradis, qui est l'un des films les plus soigneusement réalisés de tous les temps."
Comme le souligne Steven Spielberg, Cimino avait subi des attaques lui reprochant que l'échec de son film ait mené à la ruine du studio indépendant United Artists, fondé en en 1919 par Charlie Chaplin, D. W. Griffith, Mary Pickford et Douglas Fairbanks. Suite au catastrophique box-office de La Porte du paradis, Transamerica, qui comptait finir de racheter "UA", lâche l'affaire. United Artists se retrouve en faillite, racheté dès 1981 par la M.G.M..
Considéré comme ayant conduit à la fermeture de l'un des plus anciens studios de cinéma américain, Michael Cimino est mis au ban de Hollywood, qui ne veut plus entendre parler de lui. Et c'est bien dommage selon Spielberg, qui voyait en lui le nouveau David Lean :
"Michael a une chance d'être David Lean"
"Personne ne s'est plaint que La Guerre des abîmes ait coûté 30 millions, et tout le monde attaque Cimino car son film a coûté la même somme. (...) J'aurais aimé que Cimino ait été laissé tranquille, car de tous les jeunes qui sont arrivés, Michael a une chance d'être David Lean. Michael a un talent de showman en lui qui ne sait pas encore où il en est. Et une fois qu'il se trouvera une histoire qui parle au grand public, il sera difficile à arrêter."
Encore une fois, le parallèle de Spielberg est juste. La Guerre des abîmes a coûté 30 millions et en a rapporté 7 au box-office. La Porte a un budget estimé entre 32 et 40 millions et en a rapporté 3,5. Nous sommes globalement sur le même niveau de fiasco et pourtant, après La Guerre des abîmes, le réalisateur Jerry Jameson est retourné à la télévision, sa formation première, tourner téléfilm sur téléfilm.
Cimino, lui, a été ostracisé par les studios, et peinera à monter ses projets suivants. La MGM lui refera confiance en 1985 pour L'Année du dragon et en 1990 pour Desperate Hours. La Fox le suivra encore pour Le Sicilien (1987) avec Christopher Lambert et Terence Stamp. Aucun ne sera le succès escompté qui aurait pu relancer sa carrière. Après le méconnu Sunchaser avec Woody Harrelson, Jon Seda et Anne Bancroft sorti en 1996, Cimino ne tournera plus.
Il s'éteindra 20 ans plus tard, le 2 juillet 2016, non sans avoir connu la reconnaissance de La Porte du paradis comme l'une des plus belles fresques du cinéma américain.
publié le 28 janvier, Corentin Palanchini, Allociné