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Il y a 31 ans, tous les enfants des années 90 ont rêvé devant ce film ! Derrière la belle histoire, la star du long-métrage a connu une sombre destinée

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Tous les enfants des années 90 ont adoré suivre les aventures de l'orque Willy dans la trilogie "Sauvez Willy", une des plus incontournables de l'époque. Cependant, derrière la belle histoire du film se cache le destin tragique de l'épaulard Keiko.

© Warner

"L'histoire d'une amitié extraordinaire". Sur l'affiche de Sauvez Willy, on peut lire cette accroche, accompagnant le cliché désormais culte de l'orque bondissant par-dessus le héros, Jesse, pour retrouver sa liberté.

En 1994, le public français découvre cette histoire épique et émouvante, qui réunit 1,3 million de spectateurs en salles. À l'international, Sauvez Willy est un véritable triomphe critique et commercial, rapportant 153 millions de dollars de recettes pour un budget estimé à 20 millions.

Toutefois, derrière le vernis du succès se cache une réalité plus sombre et cruelle. L'orque Keiko, loin des projecteurs hollywoodiens, se morfond dans un bassin trop petit pour lui. Avant de devenir la star de la saga Sauvez Willy, qui comprendra 3 films, Keiko avait connu des années très difficiles.

Le destin tragique de Keiko

Née en Islande en 1976, cette orque mâle est capturée alors qu'elle n'est âgée que de 3 ans. Elle est ensuite vendue à l'aquarium de Hafnarfjörðul, ville située près de la capitale Reykjavik. Elle vivra là pendant 3 années avant d'être revendue au Marineland de Niagara Falls, au Canada. Nous sommes alors en 1982.

Keiko est maintenu en captivité à cet endroit, dans un bassin de petite taille, où le mâle ne peut pas se déplacer à sa convenance. Normalement, en milieu naturel, une orque de son âge peut parcourir plus de 200 km par jour. Inutile de dire que dans ce réservoir exigu et sans lumière naturelle, situé dans un entrepôt, l'animal dépérit petit à petit.

Il commence à développer des lésions de la peau et sa nageoire dorsale se courbe de façon inquiétante. Pour couronner le tout, Keiko a du mal avec les autres orques du Marineland, ces derniers n'hésitant pas à l'attaquer. 3 ans après son arrivée au Canada, il est donc revendu à nouveau, cette fois au parc d'attraction mexicain, nommé Reino Aventura.

Les affaires du futur Willy ne s'arrangent pas. Son bassin, prévu pour les dauphins, est encore une fois bien trop petit pour lui, et la température de l'eau est trop élevée pour une orque. Mais cela ne semble pas gêner les dirigeants du parc, qui vont presser Keiko comme un citron, l'obligeant à participer à 5 spectacles par jour.

Une star est née

En 1991, le destin de Keiko bascule ! Le studio Warner Bros recherche une orque pour son nouveau film familial, Sauvez Willy. L'histoire est la suivante : Comment Jesse, un jeune garçon instable, et Willy, une orque retenue captive dans le bassin délabré d'un parc d'attractions en ruine, vont nouer une amitié improbable et s'entraider pour échapper à un monde dur dominé par le cynisme.

Comme indiqué plus haut, le long-métrage, réalisé par Simon Wincer, rencontre un succès considérable. Pourtant, si le récit se termine de manière joyeuse pour Willy, ce n'est pas absolument pas le cas pour Keiko, contraint de vivre encore et toujours en captivité, dans un bassin trop petit pour lui.

Le triomphe du film a au moins le mérite d'attirer l'attention du public et des médias sur ses conditions de vie, et sur le sort des orques en général. En effet, la santé de Keiko se dégrade et si rien n'est fait, l'épaulard va mourir. À ce moment-là, le mâle ne peut retenir sa respiration sous l'eau que 3 petites minutes, contre 15 minutes pour un mammifère en bonne santé.

Il est donc urgent de sauver Keiko, dont les difficultés respiratoires sont très inquiétantes. En 1994, une association est créée pour faire changer les choses, la Free Willy-Keiko Foundation. Pour les défenseurs des animaux, l'orque doit être libérée et relâchée dans son milieu naturel.

Il faut sauver le soldat Keiko

La mobilisation va finir par porter ses fruits. Deux ans plus tard, Keiko est transféré aux Etats-Unis, au coeur de l'Oregon Coast Aquarium. Le mammifère jouit enfin d'un bassin à sa mesure, dont la taille est 4 fois supérieure à celui du Mexique. Les effets bénéfiques ne se font pas attendre. Les lésions sur sa peau s'en vont et il reprend du poids.

Un an après avoir repris du poil de la bête grâce aux soigneurs, Keiko est enfin prêt pour retrouver la vie sauvage dans les océans. Après un long voyage à bord d'un avion de l'US Air Force, spécialement conçu pour l'occasion, il est relâché du côté des îles Vestmann, dans son Islande natale. Nous sommes le 9 septembre 1998.

Keiko évolue d'abord dans une baie fermée, afin de l'aider à apprivoiser son milieu naturel et le ré-habituer à la vie sauvage. L'épaulard est ensuite libéré complètement, équipé d'une balise pour suivre ses déplacements. Malheureusement, celle-ci indique que l'animal ne parvient pas à s'adapter à d'autres groupes d'orques, et reste souvent à bonne distance.

La libération de Keiko

Trop accoutumé à la présence humaine, il ne cesse de rechercher la compagnie des hommes, inexorablement. On le retrouvera même en Norvège, à plus de 1 500 km de son habitat naturel, cherchant sans cesse la proximité des Humains.

En 2003, Keiko trouve la mort des suites d'une pneunomie. Il n'avait que 26 ans. Une orque normale peut normalement vivre entre 60 et 80 ans, et même jusqu'à 100 ans pour les femelles. 5 ans seulement après avoir pu jouir d'une liberté enfin retrouvée, le mammifère est décédé, laissant le public très triste.

Cependant, son héritage sera conséquent, non seulement à travers les 3 films Sauvez Willy, qui le rendront immortel, mais aussi pour le combat contre la captivité des cétacés. En France, les spectacles incluant une participation de spécimens de cétacés et les contacts directs entre les cétacés et le public, ont été interdits via une loi promulguée en 2021. Cette interdiction entrera en vigueur en décembre 2026.

publié le 6 août, Vincent Formica, Allociné

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