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"J'ai revu Juste la fin du monde le jour de sa mort" : Xavier Dolan nous parle de Nathalie Baye et de son possible retour

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Présent à Cannes pour recevoir le Humann Impact Prize 2026, Xavier Dolan a répondu quelques unes de nos questions, évoquant notamment la disparition de l'actrice Nathalie Baye qu'il a dirigé dans "Laurence Anyways" et "Juste la fin du monde".

© BERTRAND RINDOFF PETROFF / BESTIMAGE

Xavier Dolan est né au Festival de Cannes. En 2009, tout d'abord, avec le long métrage qui l'a révélé au monde entier, J'ai tué ma mère - auréolé de trois prix lors de la 41e édition de la Quinzaine des Cinéastes. Mais c'est en 2014, avec Mommy - Prix du Jury -, qu'il devient la voix de toute une génération de cinéphiles.

Cette année, l'acteur, scénariste et réalisateur québécois était présent à la Croisette pour voir des films mais aussi recevoir le Humann Impact Prize 2026 dans le cadre de la 11e Semaine du Cinéma Positif. Ce prix a pour objectif de récompenser des artistes dont l'œuvre et l'engagement contribuent à faire progresser la dignité humaine, la conscience collective et un changement culturel profond.

Pris par un emploi du temps très serré, soumis aux protocoles et autres imprévus du Festival, le cinéaste nous accordé quelques minutes pour parler de la portée politique de son cinéma, qui a toujours fait la part belle aux opprimés, mais aussi de la disparition de Nathalie Baye, actrice dans deux de ses films - Laurence Anyways en 2012 et Juste la fin du monde en 2016.

AlloCiné : Vos films, les histoires que vous choisissez de raconter, ont toujours rendu visibles celles et ceux que la société tentait d'oublier. D'où vient cette nécessité de les placer au cœur de vos récits ?

Xavier Dolan : Isabelle Adjani a dit quelque chose que j'ai compris bien plus tard dans ma vie. Elle disait que quand elle était petite, elle avait décidé de se porter à la défense des gens, des animaux, de tous celles et ceux qui étaient victimes des injustices. Elle a dit : "Dès l'âge de huit ans, j'en pouvais déjà plus."

Je le comprends parce qu'on vit dans un monde profondément injuste. Moi, ça m'est apparu beaucoup plus tard dans ma vie. Mais au moment d'écrire des films, peut-être que je me suis senti, moi aussi, oublié. Il n'y a pas vraiment de peut-être d'ailleurs. J'ai été oublié.

Et ce, à plusieurs reprises dans ma vie, et j'ai mis du temps pour que je comprenne comment guérir de ça. Je pense que faire des films sur des gens oubliés ou laissés pour compte, dans d'autres proportions que mon propre oubli ou abandon, a dû m'aider à guérir.

L'idée ou la possibilité de ne pas pouvoir refaire de films pour perpétuer la relation qui a été créée avec le public est lourde à porter. Vous représentez quelque chose d'important pour une certaine génération de cinéphiles et plus largement de jeunes. Vous recevez beaucoup de lettres, de messages sur Instagram. Votre discours à Cannes en 2014 pour Mommy est souvent repris par les étudiants dans leurs propres discours. Cette idée d'incarner un modèle pour des jeunes, le vivez-vous comme un poids ?

C'est pas lourd à porter. Et ça me fait extrêmement plaisir de comprendre et de réaliser que mon public, ou qu'un de mes publics, demeure perpétuellement jeune. Comme je l'avais constaté quand on avait sorti le livre de photos pour le 10e anniversaire de Mommy. Tu voyais les gens faire la file dans les MK2 ou à la FNAC, avec leurs livres. Et je réalisais qu'ils étaient encore jeunes.

Ce ne sont pas des gens qui ont vu Mommy à 15 ans et qui reviennent à 25. Non, il y avait une nouvelle jeunesse. C'est un magnifique cadeau, un magnifique témoignage d'une transmission, d'une passation, d'une postérité, aussi, de mes films. Beaucoup de films très bons, très beaux passent dans une certaine forme d'oubli.

Ce qui est lourd à porter, c'est l'idée ou la possibilité de ne pas pouvoir en refaire pour perpétuer la relation qui a été créée avec eux. Ça, c'est lourd. Je ne peux plus sortir 150 000 balles d'un compte d'enfant acteur que j'avais économisé. Je l'ai fait une fois.

Faire semblant d'acheter une maison pour aller chercher des fonds, des placements dans un an, mentir au gouvernement, tout activer, tourner avec des techniciens à 100 dollars par jour, demander de l'argent à ma famille...

Je ne peux pas revenir en arrière dans la manière dont je tournais mes films, dans les choix que je fais, dans l'attention que je porte aux détails, aux jeux des comédiens, à l'éclairage. Et je ne veux pas mal le faire et décevoir les gens. C'est trop important pour moi. Un film, c'est une promesse.

Êtes-vous confiant de pouvoir retourner prochainement ?

Ce n'est pas vraiment une question de confiance. Ce n'est pas ma confiance à moi. C'est la confiance d'un milieu envers moi, envers les artistes en général. Honnêtement, je ne sais pas si j'ai confiance, mais j'ai la foi. Je sais que je vais retourner. J'ignore quand et comment.

J'aimerais que vous parliez de Nathalie Baye [décédée le 17 avril 2026, ndlr]. Vous avez tourné deux fois avec elle.

Il faut trouver dans la mort des gens qu'on aime un certain réconfort même si c'est difficile. Dans mon cas, ça a été de voir à quel point les gens l'aimaient. Je n'en doutais pas, mais j'ignorais à quel point les gens l'aimaient.

J'ignorais à quel point ses collègues disaient que c'était une bonne copine, une personne droite. Je le ressentais dans la vie, mais de l'entendre, de le lire, je suppose en tout cas que ça a dû aider sa famille et sa fille à donner un sens, à essayer d'activer la vie à travers la mort.

J'ai revu Juste la fin du monde le jour de sa mort. J'ai revu Juste la fin du monde le jour de la mort de Gaspard également et je l'ai revu le soir de la mort de Nathalie. C'est le privilège de côtoyer des acteurs et des actrices. On peut toujours revenir vers eux.

Propos recueillis par Thomas Desroches, à Cannes, le 21 mai 2026

publié le 22 mai, Thomas Desroches, Allociné

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