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"J'aime beaucoup ce que je ne comprends pas" : la méthode unique d'Alexandre Astier sur Kaamelott 2

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Kaamelott - Deuxième Volet [partie 1] est enfin en salles. Entre tournage international et scènes épiques, Alexandre Astier nous révèle sa méthode de travail unique, entre improvisation et maîtrise absolue.

© SND

Quatre ans après le succès du premier film, Kaamelott revient au cinéma avec un deuxième volet encore plus ambitieux. À la tête de cette fresque médiévale toujours aussi singulière, Alexandre Astier repousse les limites avec un film en deux parties d'une grande envergure. 

Dans cet opus, les Dieux sont en colère contre Arthur ! Après la destruction de Kaamelott, son refus obstiné de tuer Lancelot précipite le Royaume de Logres à sa perte. Il réunit ses Chevaliers, novices téméraires et vétérans désabusés, autour de la Nouvelle Table Ronde et les envoie prouver leur valeur aux quatre coins du Monde, des Marais Orcaniens aux terres glacées du Dragon Opalescent.

Un film tourné comme une série de moyens métrages

Tourné dans 3 pays, en 100 jours avec 78 acteurs, Kaamelott - Deuxième Volet s'impose comme l'un des projets français les plus ambitieux de ces dernières années. Un pari colossal qu'Astier a abordé comme une série de moyens métrages plutôt que comme un film de 5 heures, puisque rappelons le, les deux parties ont été tournées simultanément. Le réalisateur confie à notre micro :

"L'articulation particulière de ce film où des équipes d'aventuriers partent dans des endroits très différents pour y effectuer des quêtes, j'ai plutôt eu l'impression de tourner une série de moyens métrages, parce que j'avais l'épisode des glaces, l'épisode des sous-sols, l'épisode de la mer, l'épisode des îles, des bateaux...

Et ça permet aussi de ne pas considérer que c'est un monstre, mais que c'est plutôt plusieurs petits monstres, ce qui est beaucoup plus digeste déjà. Et puis qui permet de se repérer, pas que moi, toutes les équipes artistiques qui sont là pour créer des choses, quand ils créent dans ce domaine-là pour eux, ou plutôt dans ce domaine-là pour eux, dans leur tête ils savent que dans une semaine, on change de phase, on change d'endroit, on change d'acteurs, on change d'équipe."

Alexandre Astier poursuit en prenant comme exemple une séquence tournée avec Virginie Ledoyen, qui reprend le rôle de la demi-sœur d'Arthur, Anna de Tintagel, incarnée auparavant dans la série par Anouk Grinberg.

Je n'ai pas eu l'impression d'avoir un monstre dans les mains "Par exemple, quand Virginie est venue nous rejoindre en Dordogne, il y avait ses trois belles-sœurs, qui sont un peu calqués sur Dracula qui vit lui aussi avec trois vampires chez lui. Il y avait notre ami Thomas VDB et puis nos espions, que sont Guillaume Gallienne, Clovis Cornillac et Redouane Bougheraba.

En dirigeant cette équipe-là, je n'ai pas eu l'impression d'avoir un monstre dans les mains, j'ai une jolie équipe de comédiens avec lesquels on fait des situations simples, un repas, une bagarre, bon ce n'est jamais bien simple les bagarres mais bon vous avez compris."

Dans cet opus, les chevaliers de la nouvelle table ronde d'Arthur Pendragon partent dans des quêtes aux quatre coins du monde. Ce qui a nécessité un tournage dans plusieurs lieux avec différentes équipes afin d'être plus souple.

En France, des scènes du film ont été tournées en Dordogne, en Auvergne et en Nouvelle Aquitaine. Les séquences se déroulant en "Méditerranée" ont été tournées à Malte, tandis que les jeunes Ariane Astier, Thomas Neyret, Jeanne Astier et Hugo Leman sont envoyés en Islande sur les traces d'un dragon, c'est sur ces terres gelées qu'ils vont rencontrer Linh-Dan Pham.

L'écriture des répliques

Côté méthode de travail, Alexandre Astier nous confie écrire les lignes de textes de ses personnages à la mesure de ses acteurs afin que ces derniers soient à l'aise.

"Déjà je ne tombe pas toujours juste. Et puis je pense que je m'inspire surtout du langage de l'acteur. C'est plutôt en l'écoutant. Sachant qu'il ne faut pas non plus rentrer dans un cliché...

C'est délicat, quand tu as Christian Clavier par exemple, il nous a tellement coloré la tête avec ses répliques de tous les films qu'on aime bien, que tu te dis "bon, il ne faut quand même pas que je refasse le même truc, il ne faut pas que je lui refasse un clicheton de lui-même". Mais bon, en essayant de l'amener quelque part où il n'est pas encore allé, dans un registre un petit peu modifié tout en se servant de tout ce qu'on a entendu de cet acteur qu'on aime bien, on trouve un truc qui lui va pas trop mal, j'espère."

Et voici justement un extrait avec Christian Clavier

La méthode Astier

Le cinéaste n'a rien changé à sa façon de faire depuis les débuts de la série comme nous le confiait Audrey Fleurot il y a peu. Les comédiens n'ont pas accès au scénario et découvrent leurs scènes le matin même du tournage.

Anne Girouard, qui interprète la Reine Guenièvre depuis les débuts, déclare à notre micro : "On a toujours eu la surprise du texte le matin. On sait qu'on tourne le lendemain et c'est déjà pas mal.

Mais par exemple pour ce film, nous sommes partis un mois à Malte. On était là tout le mois et puis la veille on nous disait qu'on allait tourner. Le jour même on nous prépare, on nous fait des belles coiffures, on met des beaux costumes et puis à un moment, il y a un assistant qui arrive et qui nous amène notre "jour à jour" avec nos textes et on le découvre à ce moment-là. Donc effectivement, c'est très tardivement, ce n'est pas comme ça du tout sur les autres films. Sachant qu'en plus on n'a pas lu le scénario avant... Alexandre m'avait raconté l'histoire mais je n'ai rien lu."

Jean-Christophe Hembert qui prête ses traits à l'inénarrable Karadoc ajoute: "Moi je trouve ça plutôt stimulant. Alors oui, ça demande une grande gymnastique le matin et une montée de stress, mais en fait, ça veut dire que même si Alexandre a écrit le texte avant, je sais que la veille, il va remettre une couche, il va relire le soir, la nuit..."

Il poursuit : "D'ailleurs dans la série, souvent les épisodes qui ont le plus marché, ce sont les épisodes qu'il a écrits le plus tard dans la nuit, quand il était complètement désinhibé de fatigue. Il en rajoute toujours une couche au dernier moment. Ce qui fait que les textes, c'est un peu comme s'ils sortaient du four. Ce n'est pas un texte qui a été écrit il y a 3 ans, le temps du financement, des choses comme ça et qui fait que on le ressort du frigo le jour du tournage. Non. C'est tout chaud quoi.

C'est aussi ça qui participe au style de jeu de Kaamelott. C'est une gymnastique qui est complexe mais à force, on est un peu entraînés à ça. Mais je trouve que c'est plutôt stimulant et c'est aussi à mon avis ça qui participe au style de jeu de Kaamelott. Parce qu'il y a on a un côté immédiat. On n'a pas 8 ans pour réfléchir sur nos personnages, ça sort, il faut que ça sonne et il y a une petite urgence qui amène un truc un peu frais."

Alexandre Astier, control-freak ?

Des témoignages qui prouvent une nouvelle fois qu'Alexandre Astier aime peaufiner ses textes et avoir le contrôle sur sa création. A la fois créateur, scénariste, dialoguiste, réalisateur, producteur et compositeur, l'interprète du Roi Arthur ne laisse rien au hasard. Si bien qu'on lui a demandé comment il parvenait à trouver l'équilibre entre le contrôle et le lâcher-prise sur un projet si ambitieux.

"Ça ne s'organise pas le lâcher-prise, ça vous surprend, sinon ce n'est pas un lâcher-prise. Mais je ne sais pas si je le considère comme ça. J'aime beaucoup ce que je ne comprends pas. J'adore ce que je ne sais pas. C'est une drogue. Quand je ne sais pas quelque chose, dans un film par exemple où est-ce qu'on va... Bon, je ne le dis pas trop parce que ça fait flipper un peu autour. Si le réalisateur dit qu'il ne sait pas ce qu'il veut alors le reste... Non je le garde pour moi.

Mais cette sensation de rentrer dans une journée de tournage un peu à l'inconnu, parce qu'on ne sait pas si ça va être bleu, rouge, orange ou rose, et puis on verra parce qu'au bout d'un moment on n'est pas surpuissants, il vaut mieux laisser faire les choses.

J'aime beaucoup ce que je ne comprends pas Évidemment, laisser faire les acteurs, laisser faire la météo, laisser faire le lieu, laisser faire l'humeur du moment... Si on n'est pas disponible à ce qui se passe et qu'on ressort un truc du frigo parce qu'on l'a voulu comme ça et qu'il faut que ce soit comme ça et que par autorité et serrage de vis vous forcez les trucs à être... vous ne faites pas votre boulot.

C'est un boulot de metteur en scène, c'est un boulot de compréhension et de ressenti de ce qui se passe là. Et puis il y a des acteurs avec lesquels vous pouvez vous le permettre... Avec Guillaume Gallienne, avec Isabelle Adjani avec qui j'ai eu la chance de travailler,.. Si vous leur dites "c'est comme ça pas autrement", vous les perdez.

Je préfère qu'on discute un petit peu, comment ça va, comment on le sent. Oui oui d'accord, il y a un costume, oui il y a un texte machin, bon... Et on fait ça en dilettante. C'est mieux. Et puis on laisse venir, on se place dans le truc, plutôt que de venir le rapporter à nous comme ça par le col."

Une philosophie de tournage à l'image de Kaamelott : maîtrisé dans le fond, mais toujours porté par la liberté du moment. Kaamelott : Deuxième volet [partie 1] est à découvrir au cinéma.

publié le 22 octobre, Laëtitia Forhan, Allociné

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