"J'en ai fini" : en pleine sortie de Frankenstein, Guillermo Del Toro fait des révélations sur la suite de sa carrière de réalisateur
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"Frankenstein", disponible sur Netflix depuis le 7 novembre, est l'aboutissement d'un rêve d'enfant pour Guillermo Del Toro. Rencontre avec un cinéaste qui a toujours pensé que les monstres étaient les vrais héros de nos mythes populaires.
© Netflix
Allociné : Au cours de votre carrière, vous avez créé et filmé de nombreux monstres aux designs puissants et très étudiés. Pouvez-vous nous parler de votre version, très personnelle, de la créature de Frankenstein ?
Guillermo Del Toro : Le design ce n'est pas juste la beauté. Le design est fait à dessein, il raconte l'histoire. Nous avons conçu celui de la créature de Frankenstein pour refléter l'idée d'une âme nouvellement forgée, une sorte de nouveau-né, presque translucide, pâle, en marbre. Un personnage qui est ensuite abîmé, blessé et presque détruit par le monde. [...] Ici, nous racontons l'histoire d'un homme primitif. Adam, né dans un monde de péché. Une sorte de figure de Jésus.
Allociné : Vous parlez de nouveau-né et d'innocence à propos de la créature. Difficile de ne pas faire le lien avec le Frankenstein original, qui a été une pierre angulaire de votre propre enfance. Ce projet doit être très personnel pour vous.
Guillermo Del Toro : Vous savez, ce film est tiré de ma vie. En lisant le livre, j'ai vu l'autobiographie de Mary Shelley entre les lignes. Vous comprenez ? Et je me suis dit, eh bien, je vais essayer de mettre autant de biographie, critique et sincère. Je parlerai de moi et de mon père, de moi et de mes enfants, et de comment on peut demander pardon et recevoir celui des autres. Je rendrai cette histoire aussi biographique qu'elle l'a fait.
Je pensais que j'étais un excellent père. Et puis mes enfants m'ont dit "non" Allociné : Y a-t-il d'autres grands monstres classiques avec lesquels vous pourriez avoir la même démarche si intime, si personnelle ?
Guillermo Del Toro : Non, pas autant que Frankenstein. J'ai déjà fait ceux avec lesquels j'ai le lien le plus fort. La Créature du Lagon Noir et Frankenstein. J'adore Le Bossu de Notre-Dame, et Le Fantôme de l'Opéra, mais c'est une approche différente, et je pense que j'en ai fini avec ce style de film. Il ne me reste plus rien. [...] Ce projet m'a pris tant d'années pour en arriver là. Je vais prendre une autre voie. Je ne sais pas exactement laquelle, mais j'ai déjà deux projets en tête. The Buried Giant, le très grand roman de Kazuo Ishiguro adapté en stop motion et un film policier avec Oscar Isaac appelé The Fury.
Allociné : Votre film précédent était Pinocchio alors, qu'en est-il des films pour enfants ? Peut-être est-ce quelque chose qui vous intéresse ?
Guillermo Del Toro : Non, je vais faire des films pour des personnes plus âgées. [...] J'ai déjà parlé de mon enfance à travers Le Labyrinthe de Pan, à travers L'Échine du Diable, à travers Hellboy, à travers Frankenstein et Pinocchio. Je suis désormais plus intéressé par ma vieillesse. J'ai eu 61 ans hier. Donc je désire parler de la dernière partie de la vie, parce que j'y suis. [...] Je pense qu'un film qui parle de cela d'une façon brillante c'est Les Vestiges du jour. Encore une fois, adapté de Kazuo Ishiguro. Ishiguro se spécialise dans les regrets. Et j'y suis. Je suis un "fan" des regrets.
Allociné : Vous avez des regrets ?
Guillermo Del Toro : Oui, mais ce n'est pas le regret de quelque chose que vous n'auriez pas dû faire. C'est la douleur que vous avez causée, les chemins non empruntés, vous savez, vous y pensez. [...] Je pensais que j'étais un excellent père. Et puis mes enfants m'ont dit, "non, tu as fait ceci, et tu as fait cela, et tu n'étais pas là...". Vous devez y penser et vous pouvez soit le nier, soit l'accepter et dire "je suis désolé". Et j'ai choisi de demander pardon.
Allociné : Ces regrets sont-ils présents dans votre film Frankenstein ?
Guillermo Del Toro : Je pense justement que le message de Frankenstein est l'acceptation et le pardon. Il y a peut-être aussi des regrets là-dedans, j'ai une grosse tendance aux regrets, mais pour moi c'est l'acceptation et le pardon. Quand la créature dit, "peut-être que maintenant nous pouvons tous les deux être humains", c'est une très bonne manière de résumer où j'en suis aujourd'hui.
Frankenstein est disponible sur Netflix.
Propos recueillis par Clément Schmidt à Paris le 11 octobre 2025
publié le 8 novembre, Clément Schmidt, Allociné