"Je ne pouvais pas en croire mes yeux" : il y a 32 ans, Steven Spielberg n'a pas compris tout de suite qu'il était face à l'une des plus grandes révolutions du cinéma
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Au début des années 90, en travaillant sur son célèbre "Jurassic Park", Steven Spielberg ne s'attendait pas à être aussi impressionné la première fois qu'il a découvert les dinosaures en images de synthèse.
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Assis à l'arrière de la Jeep aux couleurs du Jurassic Park, au beau milieu d'une plaine verdoyante, le professeur Alan Grant scrute nonchalamment l'horizon. Soudain, son regard se fige. Ses lèvres restent momentanément suspendues. D'une main fébrile, il retire son chapeau, se redresse, enlève ses lunettes de soleil, et braque deux yeux exorbités vers le gigantesque brachiosaure qui lui fait face.
"C'est... C'est un dinosaure", parvient-il à peine à articuler.
"Prouve-moi que c'est possible"
On peut imaginer que Steven Spielberg a dû avoir à peu près la même réaction, durant la production de Jurassic Park, lorsqu'il a découvert les premières créatures de son film numériquement animées par les équipes de Dennis Muren.
En effet, avant de découvrir de quoi étaient désormais capables les ordinateurs, le réalisateur des Dents de la Mer avait initialement pensé confier l'animation de ses dinosaures à Phil Tippett, spécialiste de la stop-motion qui aurait donc animé les monstres "à l'ancienne", image par image.
"Je ne savais absolument pas que ce nouveau procédé - le CGI - fonctionnait", raconte ainsi Steven Spielberg dans le documentaire Making The Dinosaurs.
"J'avais simplement bombardé Dennis Murren de questions au sujet de la créature d'eau dans Abyss de James Cameron. Cela m'avait vraiment impressionné, et tout avait été fait par ordinateur. Ensuite, Cameron a fait un bond de géant avec Terminator [2], et cela a mené Dennis Muren à me faire une suggestion et à me demander si j'avais pensé à les laisser réaliser la plupart des gros dinosaures, de la tête à la queue, par ordinateur. Ma première réaction a été de lui dire : 'Prouve-moi que c'est possible.'"
Grâce au talent de ses équipes (et notamment celui du visionnaire Steve Williams, dont nous vous racontons l'histoire en détails ici), Dennis Muren a donc été en mesure de proposer à Steven Spielberg une spectaculaire démonstration de ce à quoi pouvait ressembler un dinosaure entièrement animé en CGI. La réaction du réalisateur en découvrant le résultat ? Assez semblable à celle de Alan Grant dans le film, donc.
"Je ne pouvais pas en croire mes yeux"
"Je n'avais jamais vu des mouvements aussi fluides, à part dans des documentaires de National Geographic", explique-t-il.
"(...) Je n'étais pas totalement convaincu avant d'avoir vu un dinosaure recouvert de chair, à l'extérieur, à la lumière du jour. Nous nous sommes donc retrouvés en train de contempler notre futur sur un écran de télévision. C'était tellement authentique que je ne pouvais pas en croire mes yeux. Je me suis tourné vers Phil , il m'a regardé et il m'a dit : 'Je crois que [mon métier est] éteint.'"
Un constat cynique que Spielberg a d'ailleurs décidé d'intégrer textuellement dans son film, lors d'un petit dialogue entre Sam Neill et Jeff Goldblum.
Quant à Phil Tippett, même s'il a malgré tout continué à oeuvrer sur le projet Jurassic Park en tant que consultant des effets spéciaux, la plupart de ses maquettes en stop motion ont été remplacées par les créatures entièrement numériques que l'on connaît.
(Re)découvrez la bande-annonce de "Jurassic Park"...
publié le 30 août, Thomas Imbert, Allociné