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L'Étranger : François Ozon adapte Albert Camus, et c'est l'un des plus grands films de la fin d'année !

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Chef-d'œuvre incontournable de la littérature française signé Albert Camus, L'Étranger s'offre une nouvelle adaptation cinématographique, réalisée par François Ozon. En salle le 29 octobre, le film s'avère l'un des meilleurs de cette fin d'année.

© Gaumont Distribution

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Une adaptation cinématographique à la hauteur de l'œuvre d'Albert Camus

Alger, 1938. Meursault, un jeune homme d'une trentaine d'années, modeste employé, enterre sa mère sans manifester la moindre émotion. Le lendemain, il entame une liaison avec Marie, une collègue de bureau. Puis il reprend sa vie de tous les jours. Mais son voisin, Raymond Sintès, vient perturber son quotidien en l'entraînant dans des histoires louches jusqu'à un drame sur une plage, sous un soleil de plomb...

Considéré comme le plus grand roman du XXe siècle selon un classement établi par une consultation populaire en 1999, traduit dans plus de soixante langues et aujourd'hui décortiqué dans tous les collèges et lycées de France, L'Étranger est l'une des œuvres les plus complexes à adapter à l'écran. Si le grand Luchino Visconti s'est bien essayé à l'exercice, répudiant ensuite lui-même son adaptation, le roman d'Albert Camus n'a pas connu de version cinématographique depuis près de soixante ans.

Début 2025, le cinéaste François Ozon annonce cependant travailler à une nouvelle adaptation de L'Étranger. Un pari risqué, cristallisant beaucoup d'enjeux étant donné l'historique cinématographique de l'œuvre, d'autant que ce nouveau long-métrage est particulièrement attendu par le public. Or, les premiers retours sont unanimes : présenté à la Mostra de Venise, L'Étranger fait l'objet d'une longue standing-ovation et récolte les avis (très) positifs de rédactions telles que Télérama ou Le Figaro. En salle le 29 octobre, cette version s'annonce donc comme un défi relevé pour François Ozon, dont la réussite tient à son talent de cinéaste, mais aussi à l'implication de ses comédiens et à la qualité de leurs dialogues.

Une mise en scène sublime, par l'un des grands noms du cinéma français contemporain

Après Huit femmes, Grâce à Dieu et Mon Crime, François Ozon signe avec son adaptation de L'Étranger son vingt-quatrième long-métrage. Récompensé au Festival international de Berlin, cumulant pas moins de seize nominations aux César et au Festival de Cannes, le cinéaste s'est taillé depuis le début des années 2000 une place de choix dans le paysage du cinéma français. Si le défi d'une adaptation de L'Étranger s'annonçait de taille, la présence de François Ozon à la réalisation laissait présager le meilleur. Pari tenu, puisque ce nouveau long-métrage s'avère une véritable réussite.

Tirant le meilleur parti d'un des meilleurs jeux de noir et blanc de ces dernières années, François Ozon parvient à créer une véritable œuvre visuelle, presque plastique, où le spectateur est amené à errer aux côtés de l'énigmatique Meursault. Le poids du soleil écrasant, les parfums d'Alger et le répit d'une ombre peuvent être ressentis par une procuration absolue, tandis que le montage du film, contemplatif sans être lent, épouse subtilement l'errance psychologique de son personnage principal. Comme arraché au temps mais ancré dans l'espace, L'Étranger d'Ozon est une œuvre chimérique, presque irréelle, où les frontières entre réalité et délire sont constamment brouillées, permettant au cinéaste de donner vie à des images qui, longtemps encore après la fin de la projection, hantent l'esprit du spectateur par le mysticisme qui les habite.

Pourtant, oscillant habilement entre les genres - du drame au huis clos judiciaire en passant par le film noir -, L'Étranger évite les écueils dans lesquels son adaptation menaçait de tomber, refusant l'absolu d'une narration trop littérale (et littéraire) autant qu'un trop-plein d'égarement dont l'anti-temporalité aurait pu déboussoler.

Des dialogues ciselés au service d'une distribution prometteuse

Tirant parti de son matériau d'origine, L'Étranger brille par la qualité de ses dialogues, aussi subtils que percutants. Ainsi, chaque réplique, chaque mot formulé sert précisément la caractérisation de celui qui l'énonce, permet de cerner plus distinctement la silhouette de son personnage dans un paysage incertain, où chacun semble brumeux dans ses intentions. Pour autant, refusant une sur-écriture de ses dialogues, François Ozon parvient à tirer de ses comédiens un parler populaire et cohérent, fait de gouaille typique, délivré tantôt avec nonchalance, tantôt avec une rage déconcertante.

C'est que les jeunes interprètes - nouvelle génération surdouée et brillamment dirigée - semblent tous habités par leur personnage. Benjamin Voisin, récompensé d'un César du meilleur espoir masculin pour son rôle dans Illusions Perdues, parvient à réaliser l'exploit d'incarner, de devenir un Meursault crédible, alors que le personnage même est caractérisé par son manque de motivations, par son apathie. À ses côtés, Rebecca Marder et Pierre Lottin livrent eux aussi une prestation plus que convaincante, ancrée dans le temps du récit, tandis que Swann Arlaud - triplement récompensé aux César pour Petit Paysan, Anatomie d'une chute et Grâce à Dieu, sa première collaboration avec François Ozon - brille lors d'un échange inoubliable et passionnant sur la vie, la mort et la foi face à Benjamin Voisin, paroxysme de la lente évolution de son personnage.

Véritable réussite, l'adaptation de L'Étranger d'Albert Camus par François Ozon, avec Benjamin Voisin, Rebecca Marder, Pierre Lottin et Swann Arlaud est à découvrir dès le 29 octobre au cinéma.

publié le 28 octobre, Isaac Barbat, Allociné

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