L'Etranger : voici le changement majeur entre le livre et le film de François Ozon... et ce n'est pas un détail
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Pour son 24e film, François Ozon adapte un monument de la littérature française. En s'emparant de "L'Etranger", il propose une relecture fidèle à l'exception d'un changement important.
© Carole Bethuel - FOZ - GAUMONT - FRANCE 2 CINEMA
Attention, l'article suivant révèle un élément important du film.
Devant L'Etranger de François Ozon, les spectateurs et spectatrices familiers avec le roman d'Albert Camus découvrent un film fidèle à l'œuvre originale, respectant à la fois son essence, la chronologie des événements et même quelques répliques.
Néanmoins, le réalisateur fait le choix de ne pas reprendre le célèbre incipit de l'ouvrage - "Aujourd'hui, maman est morte". Il opte, à la place, pour une phrase percutante et politique : "J'ai tué un Arabe." Dans son film, François Ozon remet au centre de l'histoire la présence de l'Arabe et va même jusqu'à introduire sa sœur, pourtant absente du livre.
Le personnage, interprété par l'actrice Hajar Bouzaouit, échange quelques mots avec Marie (Rebecca Marder) à la fin du procès. Ce changement important, le réalisateur l'explique à AlloCiné de la façon suivante :
"Pour faire une adaptation moderne, je me devais de prendre en compte tous les éléments qui se sont passés depuis 1942, année de la sortie du livre. Il y a eu la guerre d'Algérie, l'indépendance et il y a aussi toutes les analyses qui ont été faites du livre, aussi bien philosophiques et littéraires."
"Faire entendre une voix arabe"
François Ozon poursuit : "Pour moi, c'était impossible de faire abstraction de tout ça. Il fallait l'intégrer dans le film. Donc très vite, j'ai eu besoin de contextualiser l'histoire et dans mon développement des personnages, notamment dans le personnage de la sœur, faire entendre une voix arabe."
"Aujourd'hui, quand on lit le livre, ce qui nous frappe particulièrement, c'est l'invisibilisation de l'Arabe, ajoute-t-il. Alors évidemment, quand Camus écrit ça en 1942, c'est absolument pas un geste raciste. C'est un geste plus descriptif. Il l'appelle l'Arabe comme il l'appellerait l'Italien, comme dans un code d'un polar de l'époque. Mais aujourd'hui, il était important de donner un nom et puis une voix aux Arabes dans l'histoire."
Dans la dernière séquence du film, François Ozon donne même un nom à celui qui était simplement nommé "l'Arabe" dans le livre : Moussa Hamdani.
Propos recueillis par Thomas Desroches, à Paris, le 9 octobre 2025
L'Etranger, actuellement au cinéma
publié le 2 novembre, Thomas Desroches, Allociné