Divertissements

"L'un des derniers westerns avec de vraies scènes" : il y a 27 ans, Spielberg annonçait que ce grand film à succès des années 90 allait marquer la fin d'une époque dans l'Histoire du cinéma

temps de lecture  3 minutes

Quand Spielberg a senti la fin du cinéma "à l'ancienne" avec "Le Masque de Zorro", juste avant la révolution des effets numériques : voici les propos d'un réalisateur visionnaire.

© Amblin Entertainment

Il y a des cinéastes qui ne se contentent pas de suivre l'évolution du cinéma : ils la devinent avant qu'elle ne se produise, comme Steven Spielberg par exemple. En 1998, lors du tournage du Masque de Zorro, le réalisateur visionnaire n'était pas aux commandes du film mais son rôle en tant que producteur exécutif a été marqué par une prise de conscience importante : les effets spéciaux numériques étaient sur le point de bouleverser à jamais le monde du cinéma.

Déjà 5 ans plus tôt, avec Jurassic Park (1993), Spielberg avait ouvert la voie à une nouvelle ère en combinant brillamment animatroniques et images générées par ordinateur. Mais au moment du tournage de Zorro, il pressentait que cette révolution allait s'intensifier, reléguant de plus en plus les effets pratiques - cascades, combats réels et décors tangibles - au second plan.

Zorro : un tournant discret mais symbolique

Le 17 juillet 1998, Le Masque de Zorro, réalisé par Martin Campbell, sortait dans les salles. Ce film d'aventure, porté par Antonio Banderas, Catherine Zeta-Jones et Anthony Hopkins, fut un succès mondial, rapportant plus de 250 millions de dollars. Mais au-delà de ses chiffres et de son charme old-school, il représentait, aux yeux de Steven Spielberg, le chant du cygne d'un certain type de cinéma.

Dans une interview accordée à Yahoo, Antonio Banderas a partagé bien des années plus tard une discussion marquante qu'il avait eue avec Spielberg pendant le tournage.

"Steven Spielberg m'a dit un jour, pendant le tournage : 'Ce sera probablement l'un des derniers westerns tournés comme les westerns étaient tournés à l'époque, avec de vraies scènes avec de vrais chevaux, où tout est réel, de vrais combats à l'épée, pas d'images de synthèse.' Il ne s'agissait que d'effets pratiques."

Et Spielberg aurait ajouté : "Mais les choses vont changer. Elles vont changer et elles vont vite changer. Tu devrais donc être fier de ce film."

Fier, ça Antonio Banderas l'est vraiment et comprend encore plus aujourd'hui l'importance des mots du cinéaste : "Je suis probablement encore plus maintenant qu'à l'époque où je le faisais. Je ne sais pas si j'étais absolument conscient, quand je tournais Zorro, que cela allait avoir un impact. L'impact qu'il a eu, surtout après 25 ans... C'était un très beau film d'aventure avec beaucoup d'ingrédients qui le faisaient briller d'une très belle manière. Je n'en garde que de bons souvenirs."

Une suite dans un monde déjà transformé

En 2005, La Légende de Zorro sort sur les écrans, réunissant à nouveau l'équipe originale. Pourtant, le contexte n'était plus le même. En 7 ans, le cinéma avait profondément changé. Le public aussi. Les attentes n'étaient plus les mêmes, et l'omniprésence des effets numériques était désormais la norme.

Ainsi, ce que Steven Spielberg avait anticipé s'est confirmé : le cinéma s'est peu à peu éloigné du réel pour s'immerger dans des mondes entièrement fabriqués. Si des réalisateurs comme lui, Martin Scorsese ou encore James Cameron expriment régulièrement leur vision sur l'évolution de l'industrie, c'est parce qu'ils en perçoivent les tendances de fond, parfois bien avant tout le monde.

Le Masque de Zorro, au-delà d'un simple divertissement, restera donc aussi dans les mémoires comme l'un des derniers films "d'aventure à l'ancienne". Une sorte d'adieu discret à une époque révolue... que Spielberg avait saluée avant qu'elle ne le soit.

Le Masque de Zorro et La Légende de Zorro sont à (re)découvrir en streaming sur Netflix.

publié le 9 août, Aude Mackau, Allociné

Liens commerciaux