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La Ligne verte : comment Bruce Willis a imposé Michael Clarke Duncan dans le rôle du colosse John Coffey

temps de lecture  4 minutes

Dans "La Ligne verte", le regretté Michael Clarke Duncan trouvait le rôle de sa vie. Celui de John Coffey, doux géant condamné à la peine capitale sur une cruelle injustice. S'il a pu incarner ce merveilleux rôle, c'est grâce à Bruce Willis.

© Warner Bros.

Après avoir frappé très fort avec Les Evadés en 1994, une des meilleures adaptations d'une oeuvre de Stephen King et caracolant régulièrement en tête de tous les classements, Frank Darabont enchaîne en 1999 avec l'adaptation cinématographique d'un autre roman du maître de l'horreur, devenu depuis son ami, La Ligne verte, dont l'action se déroule également dans une prison.

L'histoire est racontée à travers les yeux de Paul Edgecomb (Tom Hanks), gardien de prison dans le couloir de la mort à l'époque de la Grande Dépression. Mais c'est surtout et au bout du compte l'histoire émouvante de John Coffey.

Un Afro-américain à la carrure de colosse, envoyé dans le couloir de la mort après avoir été accusé, à tort, d'avoir violé et tué deux jeunes filles blanches. Intrigué par cet homme candide et timide aux dons magiques, Edgecomb va tisser avec lui des liens très forts...

Là encore, Darabont a fait mouche. La durée du film (3h10 au compteur quand même !) ne l'a pas empêché d'être porté sur les cimes par les spectateurs. L'oeuvre figure d'ailleurs parmi les mieux notées par vous dans les adaptations de King, avec une exceptionnelle moyenne de 4,6 sur 5.

Si le film a laissé un souvenir mémorable, c'est en grande partie grâce au charisme de son interprète principal, le bien regretté Michael Clarke Duncan, frappé d'une crise cardiaque en 2012 alors qu'il n'avait que 54 ans.

Ce natif de Chicago, ancien garde du corps et même ancien employé d'une compagnie de gaz de sa ville, a connu un parcours peu conventionnel pour devenir acteur, ce qui rend sa trop courte carrière d'autant plus impressionnante et intéressante. Il faut dire qu'il était difficile de ne pas le remarquer, avec ses 150 kg sur la bascule et sa carrure de colosse.

"Je vais appeler Frank Darabont et lui dire que j'ai trouvé John Coffey"

Pour incarner ce qui deviendra le rôle de sa vie, Duncan a reçu un coup de pouce décisif de Bruce Willis. Les deux avaient en effet travaillé ensemble sur le film Armageddon de Michael Bay, et sont devenus amis. Grand fan de Stephen King, Bruce Willis a appris, lorsqu'il tournait le film de Bay, que l'adaptation de La Ligne verte était sur les rails. A l'époque, Willis était une méga star du box office. Duncan, lui, était encore un acteur en devenir.

C'est Duncan lui-même qui porte à Bruce Willis le crédit de l'avoir mis sur les rails pour incarner le rôle de sa vie, comme il l'expliquait dans le documentaire Walking The Mile :

"C'est Bruce Willis qui m'a parlé pour la première fois de La Ligne verte. Il m'a dit : "Michael, ils vont faire un film sur un type qui s'appelle John Coffey". Il m'a dit : "Je vais appeler Frank Darabont et lui dire que j'ai trouvé John Coffey".

"La compassion que Michael a trouvée en John Coffey repose sur l'amour qu'il porte à sa mère"

A l'image de son personnage de doux géant dans La Ligne verte, Michael Clarke Duncan l'était aussi dans la vie. C'est ce que rappelait le coach d'acteur Larry Moss, qui a travaillé avec lui sur le film, dans un podcast, The Call Back. Moss racontait ainsi comment il avait aidé l'acteur à se préparer pour son rôle, en puisant dans ses émotions :

"La compassion que Michael a trouvée en John Coffey repose sur l'amour qu'il porte à sa mère et sur ce qu'elle a sacrifié pour élever ses enfants sans père. Lorsqu'il s'est connecté à l'amour de sa mère, tout le rôle s'est ouvert parce que John Coffey est une figure christique. Je lui ai dit qu'il devait porter toute la douleur du monde dans ses yeux.

Une fois qu'il a commencé à parler des sacrifices faits par sa mère, sa gratitude, son amour et sa compassion pour elle étaient si profonds que lorsqu'il a passé les essais... J'ai été invitée aux essais, ils ont testé trois acteurs pour le rôle et ils ont chacun joué trois scènes quatre fois. Il y avait donc deux heures d'essais. [...]

Lors de la deuxième prise de la deuxième scène, ils se sont rapprochés des yeux de Michael, et c'est là que ça s'est passé. Il avait trouvé un lien avec la compassion et cela avait changé sa vie. La compassion qu'il a apportée à John Coffey a changé sa vie. C'était par amour et compassion pour sa mère".

Franck Darabont ne dira pas vraiment autre chose à l'issue de ces essais : "Le test à l'écran de Michael était extraordinaire. Mais pas autant que la performance qu'il a réalisé jour après jour sur le plateau. Cette essence qui fait partie de Michael Clarke Duncan, quelque part en lui se trouve John Coffey".

Lorsque Michael Clarke Duncan décèdera en 2012, Bruce Willis aura ces mots : "Michael Duncan était un grand acteur, un grand être humain et un ami très cher. Big Mike me manquera énormément". Un hommage d'autant plus émouvant à vrai dire lorsqu'on songe que Willis a été contraint de mettre fin à sa carrière en 2022 pour raison de santé; et que celle-ci s'est beaucoup dégradée depuis.

publié le 10 juillet, Olivier Pallaruelo, Allociné

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