"Le plus sensible que j'aie connu" : pour cette immense star, Jean Gabin était "l'homme d'une vie"
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Retour sur l'histoire d'amour passionnelle entre Jean Gabin et l'une des plus grandes stars hollywoodiennes, Marlene Dietrich, et les raisons de leur rupture.
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Courant février 1941, Jean Gabin, acteur célèbre en France notamment pour Le Quai des brumes ou Pépé le Moko s'embarque pour les Etats-Unis, fuyant la France occupée.
Il arrive à New York où il retrouve Michèle Morgan et Jean Sablon, et rencontre Ginger Rogers. Il se rend rapidement à Hollywood, puisque le magnat Darryl Zanuck l'attend pour signer un contrat de travail pour son studio, la Twentieth Century Fox.
Apprendre l'anglais... et travailler en Amérique
Pendant qu'il entretient son Français en parlant aux autres expatriés du moment - dont son fidèle ami le réalisateur Julien Duvivier - il commence à se débrouiller en anglais, mais pas suffisamment pour tourner le premier film qu'on lui a attribué. Il s'agit du polar La Péniche de l'amour, que prépare le metteur en scène Archie Mayo, et dans lequel il doit donner la réplique à Ida Lupino et Thomas Mitchell. En attendant, Gabin fait des rencontres.
Après une brève idylle avec Ginger Rogers, il croise à New York l'actrice Marlene Dietrich. Ces deux-là se sont déjà côtoyés à des soirées en France quelques années auparavant mais ne se connaissent pas vraiment. L'actrice d'origine prussienne arrivée à Hollywood après le succès de L'Ange bleu est l'une des plus grandes stars américaines de l'époque.
Marlene est mariée
Elle a beau être officiellement mariée à Rudolf Sieber, tous les deux vivent séparément. Elevée par une gouvernante française, Dietrich et Gabin parlent la même langue, et très vite, une relation amoureuse naît entre les deux acteurs. Ils resteront ensemble sur une période de six ans. Cité dans Gabin par André Brunelin, le comédien Marcel Dalio dira à propos de leur couple :
"Gabin et Marlene vivaient à Hollywood comme à Provins ou à Orléans. Jean n'aimait pas beaucoup sortir. Marlene en revanche, aurait volontiers montré son Jean et sa belle gueule d'aristocrate des faubourgs."
Hasard des carrières, et comme si le destin avait depuis longtemps prévu quelque chose pour eux, lorsque Hollywood avait lancé en 1936 Désir, un remake américain de Adieu les beaux jours (1933), Jean Gabin qui y tenait le rôle principal avait été remplacé par Gary Cooper et Brigitte Helm par une certaine... Marlene Dietrich.
Marlene et Gabin, même combat !
Gabin ne tournera que deux films à Hollywood : La Péniche de l'amour et L'Imposteur, réalisé par son comparse Duvivier pour la Universal. Dès le tournage de ce dernier terminé, il s'engage dans les Forces navales Françaises Libres comme second-maître. Il occupera ce poste jusqu'à la fin de la guerre.
De son côté, Marlene Dietrich a rejoint la Women's Auxiliary Air Force, et au hasard des affectations, elle croise Gabin à Alger. Puis, ils doivent se reséparer. Arrivée en France la première, elle est chargée par son compagnon de retrouver sa famille. Lorsque Gabin débarque en France, leur vie commune reprend, mais tout a changé. Chacun a des aventures qui écornent leur relation.
Un film ensemble
Ils essayent de trouver un film ensemble. Gabin réactive son carnet d'adresse et Jacques Prévert comme Marcel Carné - qui ont connu un succès immense avec Les Enfants du paradis, proposent à Gabin et Dietrich de jouer dans Les Portes de la nuit. Mais Jean est tatillon sur les dialogues, souhaite prendre part au scénario, tandis que Marlene se montre difficile sur le thème du film. Finalement, le film se fera sans eux, et ils partent tourner Martin Roumagnac.
Réalisé par Georges Lacombe, il raconte l'histoire d'une femme tiraillée entre le choix d'un mariage d'argent avec un consul (Marcel Herrand) ou d'un mariage d'amour avec le patron d'une entreprise de maçonnerie (Gabin). Premier film français de Gabin à sortir depuis 1941, il devait lancer la carrière de Marlene Dietrich dans l'Hexagone, mais il est considéré comme un échec, arrivant seulement 41ème dans le box-office de l'année 1946 malgré ses plus de 2 millions d'entrées.
La fin de l'amour
Pour des raisons financières, Marlene doit pourtant travailler, et vite. Elle repart aux Etats-Unis tourner Les Anneaux d'or avec Ray Milland, et Gabin va seul faire Miroir de Raymond Lamy (1947).
Ils se verront encore quelque temps, Marlene faisant le voyage vers la France (jamais l'inverse). Puis Gabin lui demandera de rester avec lui en France. Elle refusera, surtout par besoin de travailler et espérant que cela ne signifierait pas la fin de leur histoire. Elle avait tort. Gabin ne parviendra pas à annuler cet ultimatum disproportionné malgré les supplications de sa compagne. Les ponts seront coupés.
En 1984, Marlene Dietrich écrira de Gabin dans ses mémoires : "Sa façade de dur à cuire et son attitude virile étaient complètement artificielles. C'était l'homme le plus sensible que j'aie connu : un petit bébé mourant d'envie de se nicher dans le giron de sa mère, d'être aimé, bercé, dorloté, telle est l'image que je conserve de lui. (...) C'était l'homme - le super homme - l'homme d'une vie."
publié le 30 novembre, Corentin Palanchini, Allociné