Le réalisateur oscarisé de Conclave mise tout sur Colin Farrell dans son nouveau film Netflix
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Après "Conclave", Edward Berger revient avec "Ballad of a Small Player". Colin Farrell incarne un joueur criblé de dettes dans ce thriller psychologique, avec aussi Tilda Swinton.
© Netflix
Edward Berger continue sa série impressionnante d'adaptations littéraires avec Ballad of a Small Player, disponible aujourd'hui sur Netflix. Après son Oscar pour À l'Ouest, rien de nouveau et le succès de Conclave, le réalisateur allemand s'attaque au roman de Lawrence Osborne paru en 2014, adapté par Rowan Joffe (28 Semaines plus tard). Et pour porter ce thriller atmosphérique, il a fait appel à Colin Farrell, acteur en pleine renaissance après Les Banshees d'Inisherin et The Penguin.
Colin Farrell incarne Lord Doyle, un joueur de haut vol qui se terre à Macao, en Chine. Quand son passé et ses dettes commencent à le rattraper, Doyle rencontre une âme sœur qui pourrait bien détenir la clé de son salut.
"Lord Doyle est quelqu'un qui essaie d'échapper à son passé. Je ne pense pas qu'il ait vraiment idée à quel point son passé est ancré dans chaque cellule de son être", confie Farrell à Tudum. "Il est, comme la plupart des addicts, quelque peu narcissique, et ne peut voir le monde qu'à travers le prisme de ses propres besoins et de ses propres désirs."
Un personnage complexe et une distribution de prestige
C'est précisément cette complexité qui a séduit Berger. "Colin a un visage tellement expressif, une émotion tellement brute", remarque le réalisateur. "Dès le moment où vous rencontrez Doyle, vous remarquez qu'il porte un masque. Puis, à mesure que vous apprenez à connaître le personnage, ce masque s'effrite et vous découvrez son âme, passant d'une attitude prétentieuse et théâtrale au début à une grande sincérité et une grande authenticité à la fin."
Aux côtés de Farrell, on retrouve Fala Chen (The Undoing), Deannie Yip (Une vie simple), Alex Jennings (The Crown) et Tilda Swinton (Michael Clayton, Okja), une nouvelle fois déguisée. Cette dernière incarne Cynthia, une femme envoyée par les créanciers de Doyle pour recouvrir ses dettes.
"Elle est magique", s'enthousiasme Farrell. "J'ai travaillé avec elle sur l'un des premiers rôles parlants que j'ai jamais eu dans un film, le premier film réalisé par Tim Roth, The War Zone (1999). [...] Je me souviens très clairement avoir pensé qu'elle était une force avec laquelle il fallait compter. Elle est tellement directe, aimante, drôle, gentille et talentueuse. Nos chemins se sont croisés plusieurs fois au fil des ans, dont une fois à Cannes, où nous avons décidé que nous devions trouver quelque chose à faire ensemble."
Un tournage dans les casinos de Macao
Pour donner vie à ce thriller, Edward Berger a retrouvé deux de ses collaborateurs oscarisés pour À l'Ouest, rien de nouveau : le directeur de la photographie James Friend et le compositeur Volker Bertelmann. Le tournage s'est déroulé dans de vrais casinos de Macao, entre 1h et 4h du matin.
"Les prises de vue dans les salles du casino étaient très animées. C'était le chaos total", raconte Farrell à Tudum. "On pouvait entendre les gens gagner puis crier. Parfois, quand quelqu'un est en veine à une table et remporte plusieurs mains d'affilée, les gens commencent à se rassembler autour de cette table. Ceux qui ne jouent pas placent quelques jetons sur la table, juste à côté de la personne qui a la chance de son côté. La foule s'implique alors et l'ambiance peut devenir survoltée. Cela semblait très authentique."
L'acteur irlandais a d'ailleurs dû s'immerger dans l'univers du jeu, notamment le baccara. "Le baccara est un jeu vraiment simple. Il n'y a rien dedans. Il n'y a pas de poker face, pas de bluff. Vous recevez deux cartes, vous les retournez et la personne la plus proche de neuf, sans dépasser, est le gagnant", explique-t-il.
Une collaboration intense avec Edward Berger
Colin Farrell ne tarit pas d'éloges sur le réalisateur. "Edward a une énergie incroyable. Il a un moteur en lui et il a une équipe qui complète ça", confie-t-il à Tudum. "Ed est incroyablement intelligent. C'est un extraordinaire conteur visuel. Son cadrage et son choix de la façon dont la caméra bouge, sa perspective en tant que cinéaste est extraordinaire. Je dirais qu'Ed et James Friend, le directeur de la photographie, ont créé l'un des films les plus visuellement saisissants dont j'ai fait partie."
La pression était intense à Macao. "On a pu tourner dans les salles de casino de 1h à 4h du matin, mais on devait impérativement quitter les lieux avant 4h. En plus du planning de tournage très serré, cette production était donc soumise à une forte pression, mais Ed l'a gérée comme un champion.", ajoute l'acteur.
Un film aux tonalités opératiques
Pour Colin Farrell, le script de Rowan Joffe était "extraordinaire". "Sur le plan tonal, c'est bizarre. C'est drôle par moments. Je le trouve incroyablement déchirant aussi. Il explore des thèmes assez significatifs : la honte, le passé, l'ambition, la cupidité, la tristesse, et la capacité ou l'incapacité à ressentir et gérer ces choses", explique-t-il.
"Le tout ressemble à un opéra à bien des égards. Macao ressemble à un opéra lorsque Céline Dion résonne dans les haut-parleurs et que les fontaines sont en pleine effervescence. Les émotions sont à leur comble. La folie des casinos est à son paroxysme. Et les pertes sont extrêmes."
Ballad of a Small Player promet donc un voyage intense dans les méandres de l'addiction, une vraie fuite en avant portée par un Colin Farrell en état de grâce et le style affirmé d'Edward Berger.
Ballad of a Small Player d'Edward Berger, avec Colin Farrell, Tilda Swinton, Fala Chen. Disponible sur Netflix.
publié le 29 octobre, Emilie Semiramoth, Allociné