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Les 4 Fantastiques : les 4 défis que le nouveau Marvel doit relever

temps de lecture  8 minutes

Après "Captain America - Brave New World" et "Thunderbolts*", "Les 4 Fantastiques" est le troisième et dernier film du MCU à sortir en 2025. Fort de son joli casting, il se présente avec quelques défis à relever.

© The Walt Disney Pictures

L'année ciné 2025 de Marvel Studios touche déjà à sa fin. Comme l'an passé (où il n'y avait que le seul Deadpool & Wolverine), c'est au mois de juillet que le MCU plie bagage avec un opus particulièrement attendu. À Captain America - Brave New World et Thunderbolts* succède en effet Les 4 Fantastiques et son casting qui compte autant d'étoiles, de Pedro Pascal à Vanessa Kirby en passant par Joseph Quinn, Ebon Moss-Bachrach, Julia Garner ou Ralph Ineson (mais pas John Malkovich, coupé au montage).

La tournée promotionnelle a été souriante et joyeuse, les couleurs des costumes de super-héros sont vives et l'ambiance rétro-futuriste inspirée des années 60 donne à l'ensemble un côté léger. Mais ce serait oublier qu'un dévoreur de planètes menace celle du quatuor, qu'une Surfeuse d'Argent est porteuse de message funestes et que le film de Matt Shakman (qui avait séduit grâce à son travail sur WandaVision) représente un enjeu de taille pour Marvel. La preuve par quatre.

Réussir un film sur Les 4 Fantastiques

Jusqu'en 2019, ce problème était celui de la Fox, qui détenait les droits des personnages aux même titre que ceux des X-Men et de Deadpool. Depuis, Disney a racheté le studio et ses propriétés, et c'est aujourd'hui à lui de résoudre cette énigme plus complexe qu'on ne le croit, car personne n'y est encore parvenu : comment bien adapter Les 4 Fantastiques au cinéma ? Tous les prédécesseurs de Matt Shakman s'y sont en effet cassés les dents.

Nous jetterons un voile pudique sur l'opus de 1994, produit à la va-vite et avec des moyens très limités par un Roger Corman désireux de conserver les droits qu'il possédait avant de tenter de le faire disparaître. Ce qui a presque réussi, car il n'a a connu aucune sortie officielle (notez bien l'importance de ce mot), en salles ou en vidéo à ce jour. Il faut donc avancer jusqu'en 2005 pour retrouver la première vraie adaptation du titre en prises de vues réelles, et celle-ci, jugée trop enfantine et dénuée de personnalité en plus d'avoir quelques tics de l'époque, ne convainc pas vraiment à l'heure des Spider-Man 2, X-Men 2 et autres Batman Begins.

Sortie deux ans plus tard, avec le Surfeur d'Argent comme recrue de luxe et un Galactus en forme de nuage géant, la suite fait un peu mieux mais ça n'est pas encore ça, et l'équipe réunie par Tim Story (Ioan Gruffudd, Jessica Alba, Chris Evans et Michael Chiklis) ne passera pas la troisième car, moins d'une décennie plus tard, la Fox confie un reboot à Josh Trank, révélé par le très étonnant Chronicle qui mêlait super-héros et found footage. Voulu plus sombre, dans la veine d'un Dark Knight, le film se heurte à plusieurs obstacles, dont les prises de bec entre le réalisateur et le producteur Simon Kinberg, qui reprend le projet en main et exclut le cinéaste du spin-off de Star Wars sur Boba Fett qu'il devait signer.

Charcutée au montage, cette version des 4 Fantastiques portée par Miles Teller, Kate Mara, Michael B. Jordan et Jamie Bell est un échec public et critique, qui voit ses bonnes intentions annihilées par un récit déséquilibré qui précipite sa seconde moitié, et c'est sans surprise qu'il ne sera jamais question d'une suite. Sur le papier, il paraît aisé pour cette nouvelle mouture de faire mieux que celles qui l'ont précédé... mais celles-ci ont prouvé qu'il n'était pas si facile que cela de s'emparer des premiers super-héros créés par Stan Lee et Jack Kirby, et la clé réside peut-être dans le défi suivant.

Proposer quelque chose de nouveau

Les 4 Fantastiques est donc le trente-septième long métrage du Marvel Cinematic Universe à sortir dans nos salles en l'espace de dix-sept ans, ce qui fait beaucoup et implique de savoir se renouveler, ce qui n'a pas toujours été la force du studio, lorsque ce dernier préférait exploiter une formule qui avait fait ses preuves plutôt que de prendre des risques. Mais ces 4 Fantastiques ont indéniablement quelque chose qui, au premier abord, les distingue du tout-venant dans le genre : un style, une patte.

Après avoir fait de WandaVision un immense hommage aux séries télévisées, Matt Shakman jette un nouveau coup d'oeil dans le rétro avec un opus qui reviendra aux sources du quatuor : en insistant sur la famille que les héros forment (nous y reviendrons) et en renouant avec l'ambiance de leurs débuts, eux qui sont nés en 1961 dans les comic books Marvel, pour un résultat rétro-futuriste qui rappelle le Tomorrowland de Brad Bird et séduit déjà sur le papier. Tout en nous emmenant dans une autre branche du multivers : la Terre-828 (celle que nous connaissons et sur laquelle se déroulent la plupart des aventures depuis Iron Man étant la 616).

Une astuce qui permet à la fois de se démarquer et d'expliquer, scénaristiquement parlant, l'absence des 4 Fantastiques lorsque les Avengers ont dû défendre la planète contre Thanos, en s'appuyant sur les possibilités offertes par le multivers pour créer un monde vraiment différent (ce que le dernier Doctor Strange ne parvenait pas vraiment à faire). Mais le long métrage ne sera pas qu'un film de chef décorateur, et il entend bien s'affirmer en mettant en scène une famille. Une vraie, pas comme Les Gardiens de la Galaxie ou les Thunderbolts.

"C'est ce à quoi j'ai été particulièrement sensible, ainsi qu'à l'histoire de cette famille", nous dit Pedro Pascal à ce sujet, en espérant que le long métrage aura sur le public l'impact que d'autres ont eu sur lui lorsqu'il était enfant. "J'aime cette idée d'inviter des gens au sein de l'expérience que représente le film qui a beaucoup de thèmes importants comme les relations entre les gens, l'humanité, l'engagement, l'unité, l'amour..." Les super pouvoirs seront bien sûr de mise et le spectacle se veut familial, mais ces super-héros semblent avoir un petit truc en plus à même se séduire et réconcilier Marvel avec quelques personnes.

Poursuivre l'embellie de Marvel

C'est un fait : le MCU a perdu de sa superbe depuis Avengers Endgame. Là où le studio était habitué à franchir le cap du milliard régulièrement, les dernières années ont été moins festives au box-office. Il ne faut évidemment pas négliger l'impact du Covid et le changement d'habitudes que la pandémie a entraîné, mais il y a autre chose : une lassitude, un manque d'indulgence face aux films qui ne semblent être là que parce qu'il en fallait un, un fil rouge qui a trop longtemps peiné à se dessiner pour parvenir à fédérer... Bref, la "superhero fatigue", comme on dit outre-Atlantique, malgré quelques succès qui, à l'exception des Gardiens de la Galaxie 3, reposaient surtout sur la promesse de caméos (Doctor Strange 2, Spider-Man No Way Home, Deadpool & Wolverine).

Mais quelque chose est en train de se passer cette année. Pas tant au box-office, où Marvel a engrangé à peine 800 millions de dollars avec ses deux films sortis jusqu'ici, mais dans le contenu. Précédé de rumeurs évoquant une production compliquée, Captain America - Brave New World en porte certes les stigmates avec le personnage joué par Giancarlo Esposito, rajouté pendant les reshoots, qui semble être là pour relier trois morceaux de scénario qui ont été tronqués, mais a eu droit à l'étiquette "pas si pire", qui signifie que le résultat était meilleur que ce que la majorité du public redoutait.

Puis Thunderbolts* est arrivé, et s'est présenté comme la très bonne surprise de cette année, en étant plus sombre, plus humain, plus émouvant même, sans avoir besoin de désamorcer chaque scène sérieuse par une blague hors de propos, et centré sur la question de la santé mentale. Pour beaucoup, l'un des meilleurs films Marvel de ces dernières années, qui rappelait ce que le studio était capable de faire pendant la Phase I de son univers partagé. Certes, le public n'a pas été au rendez-vous, car nombreux sont ceux qui ont vu dans l'opus réalisé par Jake Schreier du remplissage avec des seconds voire troisième couteaux.

Une deuxième vie en vidéo n'est cependant pas à exclure, mais le printemps a été marqué par un regain d'intérêt, également symbolisé par les 275 millions de personnes qui ont vu l'annonce, en ligne et en direct, du casting d'Avengers Doomsday. Dans ce contexte, les réactions positives que suscitent Les 4 Fantastiques peuvent permettre au MCU de regagner une place de choix dans le coeur de quelques spectateurs, pour devenir un succès public et critique qui ferait du bien à Kevin Feige et ses équipes en vue de l'avenir.

Paver la voie vers Avengers Doomsday

Le chemin aura été long et incertain pour y parvenir, mais nous y sommes bientôt : les nouvelles phases du Marvel Cinematic Universe culmineront bientôt avec Avengers Doomsday et Secret Wars. Dont les sorties ont certes été repoussées de sept mois, ce qui nous fait des arrivées en salles respectivement prévues le 16 décembre 2026 et le 15 décembre 2027. C'est loin, oui, mais le cap est fixé et les Vengeurs ont rendez-vous avec le célèbre Dr. Doom à qui Robert Downey Jr. prêtera ses traits grâce à la magie du multivers, puis sur une planète où différentes réalités alternatives (et les variants qui vont avec) entreront en collision.

De fait, et malgré le report qui fait que Spider-Man - Brand New Day sortira désormais entre les deux, en juillet 2026, Les 4 Fantastiques doit constituer une vraie passerelle vers Avengers Doomsday, et donner assez envie de voir le film de Joe et Anthony Russo (qui ont dirigé la scène post-générique de celui de Matt Shakman, comme ils l'avaient fait pour Thunderbolts*) pour que le temps qui nous sépare de sa sortie paraisse interminable. Pour y parvenir, la solution est assez simple : faire intervenir le grand méchant dans le récit.

Sur le papier, rien de bien difficile puisque Doom est lié, dans les comic books, à l'univers des 4 Fantastiques dont il a été proche avant de passer du côté obscur. Officiellement, l'antagoniste du film est Galactus (Ralph Ineson), avec sa messagère la Surfeuse d'Argent (Julia Garner), et Matt Shakman affime que Robert Downey Jr. ne sera pas dans son film. Ce qui peut vouloir dire qu'il apparaît après : au milieu ou à la fin des crédits par exemple. Outre le teasing, ce serait une manière de révéler un premier aperçu de son look, et d'attirer celles et ceux qui ne voudraient pas le découvrir via une fuite.

Si le récit des 4 Fantastiques paraît assez fermé sur lui-même, donc compréhensible par qui n'aurait pas suivi les derniers films et séries puisqu'il se déroulera dans une réalité alternative avant de se lier au reste de l'univers, de son ouverture sur l'avenir pourrait ainsi dépendre, non pas sa qualité globale, mais la capacité que Marvel aura de revenir au coeur des conversations dans les semaines et mois à venir. Les défis sont donc de taille, mais rien qui ne soit insurmontable pour un Homme Élastique, une Femme Invisible, une Torche Humain et une Chose à la force surhumaine.

Propos de Pedro Pascal recueillis par Maximilien Pierrette à Paris le 7 juillet 2025

publié le 23 juillet, Maximilien Pierrette, Allociné

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