Les Échos du passé est-il un bon film ? Que pensent les spectateurs du prix du jury au Festival de Cannes ?
temps de lecture 5 minutes
Le nouveau film de Mascha Schilinski, Les Échos du passé, a rencontré un succès critique à Cannes 2025. Désormais sorti en salles, qu'en pensent les spectateurs ? Voici leurs avis.
© Copyright Fabian Gamper - Studio Zentral
Grand vainqueur du Prix du Jury au Festival de Cannes 2025, Les Échos du passé marque le retour de Mascha Schilinski derrière la caméra, neuf ans après Dark Blue Girl (2017).
Co-écrit avec Louise Peter, ce drame historique suit le destin de quatre femmes en Allemagne, de la veille de la Première Guerre mondiale jusqu'aux années 2020. Le film s'appuie sur un casting majoritairement féminin réunissant Hannah Heckt, Lea Drinda, Lena Urzendowsky et Laeni Geiseler, offrant un portrait puissant et intime de plusieurs générations.
Quatre jeunes filles à quatre époques différentes. Alma, Erika, Angelika et Lenka passent leur adolescence dans la même ferme, au nord de l'Allemagne. Alors que la maison se transforme au fil du siècle, les échos du passé résonnent entre ses murs. Malgré les années qui les séparent, leurs vies semblent se répondre.
Qu'ont pensé les spectateurs de cette fresque historique, récompensée à Cannes ? Sur AlloCiné, le film obtient actuellement une moyenne de 3,4 sur 5, basée sur 42 notes et 20 critiques.
Une mise en scène fascinante
Le nouveau film de Mascha Schilinski séduit par la maîtrise de sa mise en scène, jugée sublime. Si la narration peut paraître floue, certains y voient un véritable geste esthétique, où l'image et le récit se combinent pour créer une atmosphère hypnotique et fascinante.
Camille M (5/5) : "Quel merveilleux film. Je suis éblouie par le talent de la réalisatrice. La mise en scène est prodigieuse. La narration, peu commune, détonne. Un chef-d'œuvre."
Cécile Paduch (5/5) : "Aussi diffus, désordonné, étrange et morbide qu'un souvenir lointain, qu'une pensée parasite ou qu'un cauchemar. Un film très esthétisé, dans l'image comme dans le son, qui défie les codes de la narration, met mal à l'aise, et joue avec notre expérience du vrai et celle de nos pensées les plus sombres. J'ai beaucoup aimé ce film parce que je l'ai laissé m'absorber en échappant à toute possibilité de structure purement rationnelle ou de maîtrise. Je crois que la réalisatrice parvient à mettre à l'écran avec brio une forme visuelle de ce qu'on pourrait appeler "les fantômes du passé"."
Chris G (4,5/5) : "Impressionnante maîtrise formelle pour enchevêtrer intelligemment les époques dans une mise en scène austère mais marquante."
Direct-actu.fr du Club Allociné (4/5) : "(...) Le film frappe par sa beauté étrange et sa capacité à mettre mal à l'aise. Il y a une fascination diffuse pour la mort, la souffrance et le corps, jamais spectaculaire, toujours intériorisée. La photographie surprend, la caméra flotte, observe, semble parfois détachée des personnages tout en restant au plus près d'eux. La construction en miroir, fondée sur la répétition et la variation, installe une sensation presque hypnotique. Chaque époque imprime sa marque, sans jamais effacer totalement la précédente. (...)"
TwinPeaks2003 (4/5) : "(...) Premier choc, premier coup de cœur de cette compétition cannoise version 2025 avec Sound of Falling ! Niveau mise en scène, c'est extraordinaire : nous sommes dans la confession, dans le secret à chaque instant. Des plans-séquences de folie aussi. Ce qui est aussi méga impressionnant, c'est le travail sur le son, d'une angoisse terrible. Tout cela lié à la bonne idée du grain à l'image, qui permet de crypter parfois certains moments de vie des personnages, ou plutôt de leurs cauchemars. (...)"
Un récit trop âpre
Le film a autant fasciné les spectateurs conquis qu'il a attiré les critiques de ses détracteurs. La majorité des reproches portent sur la complexité de son récit, jugé trop hermétique, certains allant jusqu'à le considérer comme un simple exercice esthétique.
Shawn777 du Club Allociné (3,5/5) : "Mais à travers ces diverses générations et même si le film dure plus de deux heures, on a du mal à accorder assez de temps à chacune. D'autant plus que l'on met pas mal de temps à rentrer dans l'intrigue, le temps de comprendre toute cette imbrication ; l'histoire nous perdant, enfin m'ayant du moins perdu, à de nombreuses reprises, d'autant plus que rien n'est linéaire, c'est-à-dire que le film opère constamment des sauts dans le temps, accordant plus ou moins de temps à chaque époque."
Naughty Doc (3/5) : "(...) Derrière le vernis de coming-of-age stories se répondant à travers les années, la réalisatrice tisse une construction étonnante où les récits se télescopent sur 2h30, dans une ambiance spectrale donnant toute la saveur au film. Un parfum funeste et funèbre domine donc, gouverné par une facture visuelle réellement texturée et léchée. Dommage cependant qu'en termes de tenue narrative ou d'emphase ce soit régulièrement inégal : il y avait de l'élagage à faire. Mais en l'état, une proposition singulière !"
Traversay1 du Club Allociné (3/5) : "(...) Rien n'est limpide dans le film. Oubliant cela, Les Échos du passé est avant tout une expérience cinématographique extrême, qui fait davantage appel aux sens qu'à l'intelligence et qui se caractérise par une expérimentation ininterrompue, tant sur le plan visuel que sonore.
Autant dire qu'il faut voir le film avec toutes ses écoutilles ouvertes dans un exercice aux portes de l'abstraction, mais qui possède aussi ses aspects ludiques. Une alternative existe : quitter la projection au bout d'une heure, faute de repères clairs, ou rester jusqu'au bout, en prenant les scènes les unes après les autres, sans l'assurance d'arriver au but, en ayant maîtrisé tous les tenants et aboutissants."
PL06 (2,5/5) : "Mais ce bel exercice de style m'a paru assez vain. Déroutant par la déconstruction temporelle de la narration, malaisant par la répétition des violences ou déviances sexuelles, macabre par l'obsession de mort qui habite les murs de cette maison. Il faut se laisser porter... mais à quel prix, et au risque de se perdre en cours de projection !"
Velocio du Club Allociné (1/5) : "Un film prétentieux et incompréhensible. Seule peut y trouver du plaisir sa réalisatrice, Mascha Schilinski, qui est arrivée à infliger pendant 150 minutes un tel pensum aux spectateurs et spectatrices qui, sans doute attiré(e)s par le sujet du film, a priori très intéressant - le poids du patriarcat sur quatre générations de femmes dans une même ferme du nord de l'Allemagne - ont jugé bon de franchir la porte d'un cinéma pour aller le voir."
En résumé
Beaucoup de spectateurs saluent la maîtrise visuelle, la richesse des images et l'atmosphère hypnotique, tandis que d'autres sont déroutés par la complexité narrative et les sauts constants dans le temps. Certains y voient un exercice esthétique fascinant, d'autres jugent le récit trop hermétique ou inégal. Une œuvre audacieuse qui séduit avant tout les amateurs de cinéma expérimental et contemplatif.
Les Échos du passé est actuellement en salles.
publié le 9 janvier, Gaëlle Robert, Allociné