Marcel et Monsieur Pagnol : qui sont les voix françaises du nouveau film du réalisateur des Triplettes de Belleville ?
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Mais qui double Marcel Pagnol dans le film d'animation que lui consacre Sylvain Chomet ("Les Triplettes de Belleville") ? Si vous vous posez la question, sachez que vous l'avez déjà vu et entendu à plus d'une reprise.
© Wild Bunch
Il y a quelque chose entre Laurent Lafitte et la littérature française en ce moment : non content d'avoir participé au succès monstre du Comte de Monte Cristo, sous les traits du vil Gérard de Villefort, l'acteur a en effet incarné Molière au cinéma, et prête sa voix à Jean-Jacques Sempé, père du Petit Nicolas, dans le très joli long métrage sorti en 2022. Et c'est encore dans le domaine de l'animation qu'il persiste et signe, puisque c'est lui qui interprète Marcel Pagnol dans le film que lui consacre Sylvain Chomet (L'Illusionniste, Les Triplettes de Belleville).
Avec l'accent marseillais, au début, lorsque le personnage est encore dans son Sud natal. Puis sans, quand il le perd une fois arrivé et installé à Paris. "Laurent s'est imposé car il a le talent de se faire oublier quand il fait du doublage", raconte Sylvain Chomet dans le dossier de presse, pour expliquer ce choix. "On ne le reconnaît pas. C'est extraordinaire ! Depuis qu'il a enregistré Pagnol, je ne peux pas imaginer mon personnage sans cette voix-là. On l'a fait travailler dans l'ordre chronologique, de 27 à 61 ans. C'était un véritable challenge pour lui. Il devait jouer un personnage qui vieillit, et qui perd aussi son accent. Quand Marcel arrive à Paris, il a un fort accent marseillais, l'accent de son enfance, qu'il perd, même s'il en reste toujours un petit quelque chose. Cerise sur le gâteau, Laurent parle très bien l'anglais, ce qui tombait à pic puisque Marcel était professeur d'anglais."
"Marseille fait tellement partie de son identité que je ne me voyais pas incarner ça"
"Au départ, je voulais dire non", avoue de son côté Laurent Lafitte. "Pagnol, c'est la Provence, Marseille. Et moi, je suis parisien. Marseille fait tellement partie de son identité que je ne me voyais pas incarner ça. Et ne serait-ce que d'un point de vue technique, l'accent, c'est vraiment casse-gueule. Mais quand j'ai appelé le producteur pour décliner la proposition, je n'ai pas réussi à dire non ! Je me suis laissé guider par les images du projet, que je trouvais superbes. Pour l'accent, j'ai quand même voulu voir avant si ça pouvait marcher. On m'a rassuré en me disant que Pagnol l'avait perdu à la fin de sa vie, qu'il l'avait peu lors de sa période parisienne. Il fallait qu'on soit précis là-dessus, que l'on dose l'accent. Et il me fallait quelqu'un, un Marseillais, pour m'encadrer."
À ses côtés, pendant une partie du récit, Géraldine Pailhas prête sa voix à Augustine Pagnol, mère de Marcel que l'on peur voir devant la caméra d'Yves Robert dans le dyptique La Gloire de mon père / Le Château de ma mère (jouée par Nathalie Roussel), ou dans l'adaptation du Temps des secrets réalisée par Christophe Barratier en 2022, où elle était incarnée par Mélanie Doutey. Et si vous voyez, dans le générique, un certain Vincent Fernandel, il s'agit bien du petit-fils de la star de La Fille du puisatier... mais ça n'est pas lui qui le double. En effet, les personnages de Raimu et Fernandel ont en commun, dans le long métrage, l'humoriste Thierry Garcia, qui leur prête sa voix avec un brio certain.
Enfin, sachez que si SCH donne de la voix dans Marcel et Monsieur Pagnol, ça n'est "que" pour les besoins de la chanson du générique de fin, "Train Mistral", dont vous pouvez voir le clip ci-dessus. Et l'association entre le rappeur et l'écrivain est en réalité beaucoup plus évidente qu'on ne le pense : "C'est un grand fan de Pagnol", raconte Sylvain Chomet.
"Il était très heureux de faire la chanson du générique. Il a apporté sa touche. Ses paroles me touchent beaucoup. C'est très personnel. Il partage avec Pagnol sa ville de naissance, Aubagne. Il vit aujourd'hui à Paris et a dû quitter, comme Marcel Pagnol, son sud natal. Ça nous ramène au Marseille d'aujourd'hui, à 2025. Pagnol aurait été content que le film ne se termine pas en 1974 avec sa mort, mais qu'il se poursuive dans le temps, car il adorait la modernité."
publié le 15 octobre, Maximilien Pierrette, Allociné