Divertissements

Ni Batman, ni Parasite... Vous allez enfin pouvoir rattraper ce film de science-fiction inclassable avec Robert Pattinson !

temps de lecture  3 minutes

Un seul Robert Pattinson, ça ne vous suffisait pas ? Le réalisateur Bong Joon-Ho a exaucé vos prières dans "Mickey 17", le film de science-fiction le plus inclassable de l'année. Vous avez de la chance, il est diffusé sur Canal+ le 7 novembre.

© Warner Bros.

De quoi ça parle ?

A une époque où la conquête spatiale est devenue possible, une entreprise est engagée pour implanter l'espèce humaine sur une planète de glace. Le coût et les risques liés à l'opération étant démesurés, l'entreprise a mis au point une méthode radicale : engager des ouvriers "consommables" pour les tâches dangereuses, et les cloner s'ils meurent. Encore et encore.

Un système parfaitement huilé qu'un grain de sable nommé Mickey va pourtant dérégler quand, après une négligence, un Mickey 18 va être imprimé avant même la mort de Mickey 17. Une erreur qui implique que l'une des deux versions doit être sacrifiée...

Un projet coup de coeur

En 2022, le réalisateur Bong Joon-Ho marche sur l'eau. Auréolé du succès critique et public international de Parasite, les grands studios américains se bousculent pour financer son prochain projet. Mais contre toute attente, c'est avec le manuscrit d'un roman pas encore publié, Mickey 7 d'Edward Ashton, qu'il pénètre dans les bureaux de la Warner.

Bong Joon-Ho est tombé amoureux de cette ébauche de roman (assez différente de la version finale), et c'est décidé : cette histoire sera son prochain scénario. Très bien, répond la Warner, faisons comme ça. Robert Pattinson accepte immédiatement le rôle principal, le roman (achevé) sort en librairie et l'auteur est très heureux, le tournage peut commencer avec un budget confortable de 120 millions...

Et le film est un échec au box-office. Une conclusion amère mais pas si surprenante, tant Mickey 17 est un projet désarçonnant même pour les habitués du réalisateur.

Humour noir et Box-office

En s'emparant du concept d'Edward Ashton, il y a fort à parier que Bong Joon-Ho avait déjà en tête le principal ingrédient qu'il allait faire de Mickey 17 un projet de science-fiction inclassable : l'humour. Il est en effet plutôt rare de voir un film de "vaisseaux spatiaux" proposer à ses spectateurs un scénario de pure comédie, d'autant plus lorsque son ressort comique principal est : la mort violente et répétée de son personnage principal. Pas vraiment une histoire pour toute la famille...

Pire (ou encore mieux, c'est selon) Mickey 17 est un film qui se permet de caricaturer des personnalités politiques bien réelles. Même si l'équipe s'en est défendue, difficile de ne pas voir dans le personnage de Mark Ruffalo l'écho pas forcément discret d'un président américain à moumoute. Pas certain que le combo "rire de la mort" + "fable politique" soit le plus pertinent pour conquérir le box office...

De la grande science-fiction ?

Si l'humour est complètement subjectif (et qu'on trouve personnellement le film très drôle), la vraie force de Mickey 17 réside dans son univers dystopique de science-fiction. Un monde où le travail a été tellement déshumanisé que la mort de l'ouvrier n'est même plus un sujet pour l'entreprise, et où le nom de famille n'est plus (littéralement) qu'un numéro. La vision d'un futur capitaliste dictatorial qui n'est pas sans rappeler celui de Blade Runner ou Alien.

A ceci prêt que, loin de sombrer dans le pessimisme, Bong Joon-Ho trouve par l'humour (on y revient) une perspective de lutte et de ré-enchantement. La naïveté du personnage de Mickey, sujet permanent de moqueries des autres passagers, est ce qui, paradoxalement, va lui permettre de se révolter : parce qu'il est naïf, il ignore le danger. Parce qu'il en rit, alors alors il n'a plus peur.

La science-fiction a toujours été un genre qui sert à évoquer, métaphoriquement, le présent. Loin de la dépression générale, Bong Joon-Ho propose avec Mickey 17 un contre-discours qui invite à lutter par la joie, par le rire, en faisant l'éloge d'une naïveté qui permet d'ignorer l'impossible. Un message rare (et donc précieux) dans le cinéma de science-fiction américain : qui ne pouvait venir que d'un réalisateur coréen.

Mickey 17 est à retrouver sur Canal+ à partir du 7 novembre.

publié le 7 novembre, Clément Schmidt, Allociné

Liens commerciaux