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Ni Conan le barbare, ni le Seigneur des Anneaux : 42 ans après sa sortie, ce classique des années 80 reste un des 10 meilleurs films d'Heroic Fantasy à voir dans sa vie

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Le genre de la Fantasy est encombré de productions obscures et bisseuses, souvent nées dans le sillage du succès de Conan le Barbare. Parmi les oeuvres qui ont su rester mémorables figure "Dar l'invincible", sorti en 1983.

© Ecta Productions

Le genre de la Fantasy est largement encombré de productions bisseuses voire franchement Z, dont nombre d'entre elles furent mises en chantier dans le sillage de Conan le barbare, qui donna un sérieux coup de fouet à un genre jugé jusque-là totalement négligeable. Dans cette masse de productions, quelques unes ont effectivement réussi à tirer leur épingle du jeu pour rester suffisamment mémorables. Parmi elles : Dar l'invincible, sorti en 1983 chez nous et réalisé par Don Coscarelli.

Le courage d'un aigle, la force d'un tigre, et le pouvoir d'un dieu

Après avoir signé un film d'épouvante remarqué (et qui deviendra culte), Phantasm, Coscarelli avait de plus grosses ambitions pour son film suivant. Il jette alors son dévolu sur un roman de Science-Fiction baptisé The Beast Master. Mélangeant l'approche d'un John Carter d'Edgar Rice Burrough à celui de Flash Gordon, ce roman est écrit par un certain Andre Norton, qui se révèle en réalité être une auteure prolifique du nom de Alice Mary Norton.

Mais faire un film de science-fiction coûte cher, trop pour le réalisateur, qui transpose intelligemment des éléments du récit initial dans une période plus ou ou moins bien définie. Une sorte d'âge du bronze fantasmé, auquel se greffe de la mythologie.

"Finalement, Dar l'invincible tient davantage du péplum mythologique, un genre que j'adore, particulièrement les Hercule incarné par Steve Reeves, ou la saga des Maciste" raconte le réalisateur. "Ces films racontent souvent des histoires où un solide gaillard, un guerrier solitaire, rallie le camp des oppressés contre les oppresseurs. Dar en est aussi là, avec un héros dont le village a été attaqué par des barbares.

Nous nous sommes aussi souvenus des films japonais de samouraï, à l"héroïsme et un sens de l'honneur de leurs personnages. Je dois aussi avouer que nous avons emprunté aux productions animalières Walt Disney leur humour et les émotions qu'elles véhiculent". *(1)

L'histoire est celle de Dar, fils du roi destiné à détruire le tyran des forces du mal d'après sa prophétesse. Marqué à la naissance avant d'être sacrifié, il est sauvé par un homme qui le ramène dans son petit village et l'élève comme son fils. Adulte, son petit village ainsi que sa famille adoptive sont détruits par l'armée du tyran.

Seul survivant, il part à l'aventure dans le but de se venger, et devient un combattant qui rencontrera sur son chemin des alliés parmi lesquels des animaux (furets, aigle, panthère) avec qui il communique grâce à son don, la télépathie.

"Dès que les contrats ont été signés, le conflit avec le producteur s'est rapidement développé"

Trouver les fonds pour financer Dar l'invincible s'est révélé être un chemin de croix pour Don Coscarelli. "Je n'aurai jamais pensé que ce serait si difficile. Parce qu'il n'existait pas encore un festival comme Sundance qui facilitait les rendez-vous entre professionnels, nous sommes allés à leur rencontre. De plus, les studios procédaient à l'ancienne : ils ne recherchaient pas dans les rangs des jeunes qui en étaient à leurs débuts : ils travaillaient essentiellement avec les vétérans, les gens qu'ils connaissaient. Une autre époque..." se souvient le réalisateur.

Il parviendra quand même à réunir 9 millions de dollars, qu'il veillera à dépenser du mieux possible pour rendre soigné et crédible l'univers de son film. De là une préproduction particulièrement longue. Jusqu'au choix des talents travaillant sur le film. Il s'offre quand même les services du chef opérateur fétiche de Stanley Kubrick, John Alcott, à qui l'on doit la photographie d'Orange mécanique, Barry Lyndon et Shining.

Dans la peau de Dar se glisse Marc Singer, un acteur de formation classique alignant déjà sur son CV une trentaine de rôles, la plupart à la télévision. Physique et sportif, il semble coller parfaitement pour le rôle, dans lequel il s'implique vraiment.

Si ce n'est que l'acteur ne cessera durant le tournage de régulièrement saborder l'autorité du réalisateur, qui entretiendra avec lui des relations tendues. Sans compter une pression d'enfer exercée par le producteur du film, Sylvio Tabet, qui alla jusqu'à menacer de renvoyer le réalisateur ou même le chef opérateur. "Dès que les contrats ont été signés, le conflit avec le producteur s'est rapidement développé" rappelle Coscarelli. "Nous avons connu énormément de soucis et désaccords avec lui".

Alors qu'il fut mis en chantier avant Conan le barbare, Dar l'invincible souffrira pourtant de la comparaison avec le chef-d'oeuvre de John Milius, sorti quelques semaines avant lui. Au point de se faire taxer d'opportuniste, voire carrément de plagiat, ce qui est on ne peut plus faux.

Ses résultats au box office seront bien différents : Conan rapporta 80 millions de dollars (et même 300 millions $ supplémentaires grâce à son immense succès en VHS locative), tandis que Dar l'invincible ne rapporta que 14 millions $ avec son exploitation en salle. Il gagnera toutefois son aura de film culte grâce à la VHS.

Si le film de Coscarelli n'est pas un chef-d'oeuvre, ne serait-ce par exemple que pour le manque évident de charisme de l'acteur (n'est quand même par Schwarzenegger qui veut...) et certains effets vraiment cheap / kitsch, Dar l'invincible reste un film extrêmement sympathique. Et c'est aussi l'occasion d'admirer la plastique de Tanya Roberts dans le rôle de Kiri; un rôle qui lui portera chance puisqu'il lui permettra d'être engagée trois ans plus tard sur le tournage du James Bond Dangereusement vôtre.

* (1) Toutes les citations sont extraites de l'excellent livret "Au fil de l'épée : voyage en grande barbarie", rédigé par Marc Toullec et accompagnant la merveilleuse édition 4K du film chez ESC.

publié le 8 septembre, Olivier Pallaruelo, Allociné

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