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Noté 4,3 sur 5, c'est l'un des plus grands films de guerre jamais réalisés... Et cette scène est "d'une force incroyable" pour cet expert

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Reporter de guerre, auteur et réalisateur, auréolé du Prix Albert Londres pour sa couverture de la guerre civile en Libye, Alfred de Montesquiou commente une des scènes les plus fortes d'un chef-d'oeuvre du film de guerre : Requiem pour un massacre.

© Drop-Out Cinema eG

Journaliste, auteur et réalisateur, lauréat du Prix Renaudot pour son livre Le Crépuscule des hommes consacré au procès de Nuremberg et adapté en documentaire, Alfred de Montesquiou a longtemps été reporter de guerre, couvrant notamment le génocide au Darfour, les conflits en Afghanistan, en Irak, au Liban, à Gaza et en Libye pour l'Associated Press et pour Paris Match. En 2012, il avait reçu le très prestigieux Prix Albert Londres, pour sa couverture de la guerre civile libyenne de 2011.

Venu longuement parler du film Nuremberg, sorti dans nos salles fin janvier, un sujet qu'il connait évidemment bien, il a aussi décrypté pour nous des scènes de films de guerre que nous avons soumise à son oeil expert.

Parmi elle, une séquence d'un chef-d'oeuvre du genre : Requiem pour un massacre, sorti en 1985 et réalisé par le cinéaste russe Elem Klimov. Un film hallucinant, hors norme, plongeant les spectateurs dans les horreurs de la guerre à travers le regard et le parcours d'un adolescent confronté à la barbarie nazie. Un film choc devenu culte.

"C'est une scène d'une force incroyable"

La séquence en question est celle où le jeune Aleksei Kravchenko est contraint de prendre la pose avec ses bourreaux dans un simulacre d'exécution, tandis que la population du village a été massacrée dans l'église, en proie aux flammes.

Le commentaire de l'extrait se trouve à 14''45 de l'entretien..

"C'est une scène incroyable, une des plus puissantes que je connaisse pour montrer ce qu'est un crime de guerre. La folie de l'armée qui est en train de la commettre, le mépris de ce qu'est l'être humain. [...] Le film est un peu long, il a quelque chose de désarçonnant pour nous. Il se veut à la fois documentaire, pour dénoncer les crimes de Barbarossa [NDR : le nom donné l'invasion allemande de l'URSS, déclenchée en juin 1941], et en même temps il a des côtés un peu surréalistes, oniriques et cauchemardesques. Il est daté par certains côtés, dur à appréhender pour le public actuel.

Pour autant, cette séquence est d'une force incroyable. Ce qui est intéressant pour Requiem pour un massacre, c'est qu'on n'est pas dans le cinéma documentaire. Cette séquence est très réaliste. Il y a eu des centaines de villages rasés et exterminés, juifs et non juifs, en Biélorussie et en Ukraine. Et les conditions du massacre sont très bien montrées" commente Alfred de Montesquiou.

Les nazis déportèrent en Biélorussie quelques 380.000 personnes en travaux forcés, tuant des centaines de milliers de civils. Plus de 600 villages furent totalement rasés et leurs populations massacrées. En tout, 2.230.000 personnes, un quart de la population, furent tuées en Biélorussie pendant les trois années d'occupation allemande, dont 600.000 à 800.000 parmi les Juifs des Ghettos de Biélorussie pendant la Seconde Guerre mondiale.

Il ajoute : "ce qui nous intéresse, ce ne sont pas tellement les conditions, on n'est pas dans le soldat Ryan. On n'est pas dans une espèce de vérisme cinématographique. On est non pas dans le véridique, mais plutôt dans la vérité. La vérité des sentiments humains, des enjeux moraux, de l'abjection morale, d'un crime de guerre en train d'être commis. De la complaisance des soldats pris dans leurs gestes lorsque l'enfant est pris en photo.

Ca montre ce que peux faire le cinéma : [...] montrer les sentiments qui ont été en jeu : l'abjection, la violence, le mépris de l'être humain, l'ivresse, la bêtise d'un groupe d'hommes qui sont entraînés dans cette spirale du crime de guerre. Ce qui est assez glaçant, c'est que j'ai vu des scènes très proches avec des soudanais contre des populations de leur propre pays, avec les Fours et les Zaghawa au Darfour, qui est un génocide que j'ai couvert". Si vous n'avez jamais vu cet extraordinaire film, il est disponible en VOD, ainsi qu'en DVD / Blu-ray.

publié le 3 mars, Olivier Pallaruelo, Allociné

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