Palme d'or 2025, Un simple accident est-il un bon film ? Voici les premiers avis spectateurs sur le nouveau Jafar Panahi !
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Un simple accident, le nouveau film de Jafar Panahi et Palme d'or de la 78ᵉ édition du Festival de Cannes, est désormais en salle. Le film a-t-il rencontré son public ? Quels sont les avis des premiers spectateurs ?
© Les Films Pelleas
Après avoir été incarcéré en juillet 2022 à l'âge de 62 ans par la justice iranienne pour propagande contre le régime, puis libéré en février 2023 à la suite d'une grève de la faim et de la soif, Jafar Panahi signe son grand retour en salle. Figure de la Nouvelle Vague iranienne et réalisateur internationalement reconnu, il a été récompensé cette année à Cannes par la Palme d'or pour son nouveau film Un simple accident. Avec cette Palme, il complète désormais son palmarès des trois plus hautes distinctions des grands festivals internationaux de cinéma, aux côtés du Lion d'or obtenu à la Mostra de Venise en 2000 pour Le Cercle et de l'Ours d'or décroché à la Berlinale en 2015 pour Taxi Téhéran.
Dans ce long-métrage qui se déroule dans l'Iran d'aujourd'hui, un homme croise par hasard celui qu'il croit être son ancien tortionnaire. Mais face à ce père de famille qui nie farouchement avoir été son bourreau, le doute s'installe.
Après cette consécration critique à Cannes, que disent désormais les spectateurs qui l'ont découvert à sa sortie en salle ?
Avec 262 notes et 97 critiques spectateurs Un simple accident a, à date, une note spectateurs moyenne de 4 sur 5. C'est pour le moment, le film le mieux noté de la filmographie du réalisateur.
Entre satire et gravité : une tragicomédie politique remarquée
Difficile de ne pas mentionner la dimension politique du film, ne serait-ce que lors de son tournage, tant on connaît les difficultés que Jafar Panahi a eues pour le réaliser. L'unanimité des spectateurs souligne ce point, et c'est ce geste fort de cinéaste que nombre d'entre eux saluent, en plus d'un scénario engagé et d'une mise en scène maîtrisée.
Themegao (5/5) : "Fidèle au cinéma iranien: incisif, dense, chargé d'émotions. Mais c'est surtout une œuvre d'art d'un courage politique fou, s'attaquant à la corruption institutionnalisée aux fondements du régime, et allant s'immiscer jusque dans les âmes. Le tout, sublimé par au moins 2 plans-séquences dignes d'une tragédie de Racine. Quand on sait les risques encourus, ça force le respect et ça décroche une Palme d'or."
Jipéhel (5/5) : "L'Iranien Jafar Panahi est à coup sûr un des cinéastes les plus primés dans le monde. Avec ses 102 minutes, il marque encore une fois, son engagement indéfectible pour la liberté d'expression et la justice sociale. Iran, de nos jours. Un homme croise par hasard celui qu'il croit être son ancien tortionnaire. Mais face à ce père de famille qui nie farouchement avoir été son bourreau, le doute s'installe. Doit-on punir et tuer ses bourreaux ? Et si oui, ne devient-on pas comme eux ? Voilà la question centrale de cet immense film, dont le réalisateur réussit la performance unique de remporter les plus hautes distinctions dans les principaux festivals de cinéma au monde, de Berlin à Cannes en passant par Venise et Locarno. Et c'est totalement justifié. Encore une fois, en s'appuyant sur un scénario en béton, il nous passionne, nous fait trembler - et parvient même à nous faire rire -, avec un portrait au vitriol de la société iranienne. Courageux, lucide, vertigineux... du très grand cinéma (...)"
RnS Cinematic Insights (4,5/5) : "Un cri politique, humain, urgent, venu d'Iran. Ce que Jafar Panahi réussit ici, c'est à parler de choses immenses : la répression, la violence de l'État, la corruption sans détours et sans jamais perdre de vue l'humain derrière tout ça. C'est dur, lucide, et bouleversant. (...) Il y a une tension qui ne lâche jamais. Dans les dialogues, dans les regards, dans le silence même. On sent la peur, le poids de l'histoire, la douleur qui colle à la peau. Et pourtant, au milieu de tout ça, l'humour noir vient s'infiltrer, avec intelligence, presque en douce. Ce mélange de satire et de tension donne une force énorme au message. (...)
Le cinéma, ce n'est pas juste du divertissement. C'est un acte de résistance, une mémoire vivante, une lame douce mais tranchante. Ce film m'a rappelé pourquoi j'aime tant le cinéma."
Capirex (4/5) : "Surprenant ! Jafar Panahi réalise là ce que l'on pourrait considérer comme un road trip drolatique mais aussi un véritable drame sur la torture ! Jafar Panahi parvient à construire un scénario en forme d'effet papillon puisque d'"Un simple accident" de la route va découler une quête de vengeance urgente et nécessaire pour les différents protagonistes !"
Direct-actu.fr du Club Allociné (4/5) : "Des personnages intenses, des scènes en huis-clos brutales. Un simple accident nous fracasse dans notre vision du bien et du mal ! Jafar Panahi ne filme pas seulement une histoire de vengeance ou de doute, il orchestre une plongée dans les cicatrices invisibles laissées par la guerre et l'oppression. Chaque geste, chaque silence, devient une fissure où s'engouffre le spectateur, incapable de se détacher du poids de cette confrontation. Le film impose une atmosphère suffocante, où l'impossible réconciliation entre victimes et bourreaux se dessine avec une lucidité implacable. La tension dramatique ne s'épuise jamais, jusqu'à transformer un simple fait divers en métaphore universelle : la mémoire collective n'oublie rien et l'Histoire, même enfouie, finit toujours par resurgir."
Un film verbeux qui flirte l'absurde
QuelquesFilms.fr (3,5/5) : "Porté par une inspiration moins métaphorique, plus "frontale", que dans ses précédentes réalisations, Jafar Panahi brode ici sur un canevas assez classique, dont le motif central rappelle ceux de La Jeune Fille et la Mort, de Roman Polanski, ou des Fantômes, de Jonathan Millet : un personnage, victime de tortures passées, pense avoir retrouvé son bourreau, entend se venger mais hésite faute de certitude sur l'identité de la personne. Le réalisateur, qui a tourné une nouvelle fois clandestinement, utilise ce motif et ses développements corolaires (traumas, justice personnelle, dilemme moral autour de l'inversion du rapport entre bourreau et victime) pour évoquer les horreurs du régime iranien et ses répercussions sur la population. Il donne à son sujet une tonalité étonnante - entre gravité douloureuse, rageuse, et traits d'humour ironiques ou absurdes - et conduit son récit comme il aime souvent le faire : à bord d'un véhicule (ici, un van). Il emprunte une voie qui mène au thriller, tout en prenant quelques chemins de traverse picaresques. Ce nouveau road-movie, circulaire dans son tracé, présente quelques redondances et séquences inégales, mais s'avère toujours intense et intelligent. Jusqu'à la scène finale, subtilement ouverte à interprétation."
Velocio du Club Allociné (3,5/5) : "Un film qui n'est probablement pas le tout meilleur de son réalisateur mais qui n'en est pas moins un film de grande qualité et qui, en mélangeant drame et humour, traite d'un sujet particulièrement important, celui de la vengeance : est-elle inévitable ? Sert-elle à quelque chose ou bien entraîne-t-elle inéluctablement un phénomène n'ayant jamais de fin ? Alors qu'il était en prison, de juillet 2022 à février 2023, puis après sa libération, Jafar Panahi s'est demandé à plusieurs reprises ce qui se passerait si, une fois remis en liberté, un des détenus qu'il côtoyait rencontrait un de ses bourreaux. Une interrogation qui s'est transformée en scénario, un scénario que Jafar Panahi a écrit avec l'aide de 3 amis, Nader Saïvar, Shadmehr Rastin et Mehdi Mahmoudian. Dans ce scénario, c'est à la suite d' «Un simple accident», une simple histoire de chien écrasé, que Vahid, modeste travailleur qui avait été envoyé en prison pour avoir réclamé qu'on lui paye son salaire, se retrouve en contact avec Eghbal dans lequel il est persuadé de reconnaître le tortionnaire éclopé qui lui a fait subir des tortures et des humiliations (...)"
Traversay1 du Club Allociné (3/5) : "On peut être passionné depuis bien longtemps par le cinéma iranien et saluer le courage de ses réalisateurs qui réussissent à tourner, même sous la contrainte ou sans autorisation, et trouver que Un simple accident n'avait pas l'étoffe d'une Palme d'or, si ce n'est politique, ce qui peut s'entendre. Jafar Panahi semble avoir voulu lâcher toute sa rage et celle du peuple iranien, comme s'il n'avait plus rien à perdre, dans une attaque en règle sans concession d'une dictature religieuse dont on attend toujours vainement la chute.
Pourquoi émettre des réserves, alors, dans ce scénario qui évoque la vengeance des humbles et des meurtris contre les laquais du régime, ceux qui torturent et sacrifient des vies ? Pour la mise en scène, surtout, car Panahi a été nettement plus inspiré par le passé, mais aussi pour son scénario, aux lourdes tendances démonstratives et qui réduit un peu ses personnages à des stéréotypes, dans une suite de scènes un tantinet redondantes tendant à démontrer que les bourreaux meurent aussi (...) "
Ismael du Club Allociné (2,5/5) : "(...) Ce qui est bien la preuve que l'on peut avoir de bonnes idées et ne pas réaliser pour autant un bon film. Car non, je n'ai vraiment pas accroché à cette Palme d'Or 2025 et ça n'a pas grand-chose à voir ni avec son propos ni avec son message. Simplement, je l'ai trouvé cinématographiquement assez pauvre, ou du moins assez mal construit, tout bêtement (...)"
Raphaël Sevaux (2/5) : "Décidément, tous les films remportant la Palme d'or m'ennuient profondément. D'un ennui mortel !!! "Les graines du figuier sauvage" était tellement mieux sur le sujet du régime iranien.
On sens que cette palme est politique, plus que les autres. Le film n'a rien de particulier, si ce n'est de tourner en gags absurdes un sujet important."
En conclusion
Les spectateurs oscillent entre admiration et réserve : si certains voient dans Un simple accident une fresque politique audacieuse, d'autres pointent sa lenteur et son excès de dialogues. Reste que pour tous, le film impose Panahi comme l'une des voix les plus libres et intrépides du cinéma contemporain.
Un simple accident est désormais diffusé en salles.
publié le 3 octobre, Gaëlle Robert, Allociné