Running Man avec... Gérard Lanvin ? Sorti il y a 42 ans, ce film de science-fiction français raconte la même histoire mais n'a rien à voir avec Stephen King
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Sorti le 19 novembre dans nos salles, le "Running Man" d'Edgar Wright est la seconde adaptation du roman homonyme de Stephen King après celle de 1987. Et ce même si un film avec Gérard Lanvin semble en être aussi inspiré.
© TF1 Films Production
Le 26 janvier 1983, un an tout juste après la sortie d'Espion, lève-toi, son précédent long métrage qui avait attiré 1 302 777 spectateurs, le public français découvre le nouvel opus d'Yves Boisset (Dupont Lajoie, Canicule) : Le Prix du danger. Cinéaste engagé désireux de pointer du doigt les dérives et inégalités de la société par le biais du divertissement, il s'attaque cette fois-ci à la télévision et nous plonge dans futur proche où un homme devient la star d'une émission dans laquelle il s'agit d'atteindre un lieu secret tout en évitant les tueurs lancés à ses trousses, mais réalise que les dés sont visiblement pipés.
Vu d'aujourd'hui, Le Prix du danger a l'odeur et la saveur de Running Man, avec Gérard Lanvin dans la peau du candidat né sous la plume d'un certain Richard Bachman (en réalité Stephen King) dans son roman paru un an avant la sortie du long métrage d'Yves Boisset. Mais ça n'a rien à voir. Officiellement. Car le film de 1983 s'inspire en réalité de la nouvelle "The Prize of Peril" signée Robert Scheckley en 1958, dont le récit sur fond de chasse à l'homme (schéma déjà présent dans "La Septième victime" quelques années plus tôt) évoque notamment la question de la légalisation de l'assistance au suicide, qui n'était pas autant d'actualité qu'aujourd'hui.
Devant la caméra d'Yves Boisset, le Jim Raeder original devient François Jacquemard, joué par Gérard Lanvin (qui a remplacé Patrick Dewaere, tête d'affiche initiale qui s'est désistée au profit d'Edith et Marcel de Claude Lelouch) quand le présentateur Frédéric Mallaire a les traits de Michel Piccoli. Et beaucoup y voient des similitudes, dans le point de départ déjà, avec le film Running Man, réalisé en 1987 par Paul Michael Glaser (le Starsky de la télévision américaine) avec Arnold Schwarzenegger dans le rôle principal, d'après le roman homonyme de Stephen King paru en 1982 aux États-Unis. Un an avant la sortie du Prix du danger, qui s'est retrouvé au coeur d'une accusation de plagiat.
"Si vous avez les moyens de faire un procès à la Fox et à Schwarzenegger, allez-y"
Mais ne nous méprenons pas : le long métrage d'Yves Boisset n'a rien à voir avec le livre de l'auteur de Carrie, sorti en 1987 en France et qui n'avait d'ailleurs pas encore révélé être celui qui se cachait derrière le pseudonyme de Richard Bachman au moment du tournage. Et l'accusation porte justement sur Running Man, que le réalisateur français juge beaucoup trop proche de son propre film, ce qui n'était visiblement pas une vue de l'esprit du metteur en scène : "Ben ça, c'est indiscutable, mais on ne va pas se fâcher avec Schwarzenegger pour vos beaux yeux", lui avait répondu Alain Sussfeld alors qu'il était patron d'UGC et distributeur du film de Paul Michael Glaser dans l'Hexagone, comme le racontait le cinéaste à l'INA. "Si vous voulez faire un procès, faites un procès, si vous avez les moyens de faire un procès à la Fox et à Schwarzenegger, allez-y !"
Dont acte : Yves Boisset s'en remet au Tribunal de Grande Instance de Paris en octobre 1988, et obtiendra gain de cause... dix années plus tard, au terme d'une affaire pleine de rebondissements à l'issue de laquelle il gagne à peine de quoi couvrir les frais de justice, alors que Running Man est bien reconnu comme un plagiait du Prix du Danger. Cela fait ainsi de lui la troisième adaptation de la nouvelle Robert Scheckley (la première, le film allemand Le Jeu des millions, est sortie en 1970) même s'il reste officiellement inspiré du roman de Richard Bachman / Stephen King dans ses crédits, malgré l'aveu d'Arnold Schwarzenegger qui reconnaît son manque de fidélité envers le matériau d'origine.
Des exploitations en vidéo et à la télévision impactées
Selon Le Point, qui est récemment revenu sur ce procès, cela a finalement nui à la seconde vie des deux films, dont les diverses exploitations en vidéo et à la télévision ont été bloquées. Aujourd'hui, alors qu'Edgar Wright et Glen Powell sont venus réparer les torts faits il y a un peu moins de quatre décennies, Le Prix du danger est disponible en France dans des éditions DVD et Blu-Ray sorties en avril 2024 (et actuellement visible sur la plateforme Mubi), alors que Running Man ne se trouve qu'en import, malgré une réédition en 4k datant de février 2023.
publié le 28 novembre, Maximilien Pierrette, Allociné