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"Russell Crowe est fabuleux dedans" : noté 4 sur 5, ce chef-d'oeuvre est le film préféré d'Owen Wilson, et ce n'est pas Gladiator !

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Tout le monde a un film favori, et les stars hollywoodiennes adorent s'épancher dessus. Démonstration avec l'acteur devenu indissociable de l'univers fantasmatique de Wes Anderson : Owen Wilson. Qui vénère un chef-d'oeuvre signé Michael Mann !

© Backgrid USA / Bestimage

Parmi les questions auxquelles les stars répondent volontiers figure celle de leurs films favoris. Et on ne parle pas ici de leurs films favoris au sein de leurs propres filmographies respectives. Un ou des films coups de coeur pour des raisons évidemment très diverses : des oeuvres qui ont été des révélations pour elles; parce qu'elles ont marqué leur enfance, parce qu'elles ont eu une influence importante dans leurs carrières...

Voilà déjà 30 ans que la silhouette d'Owen Wilson s'est tranquillement installée dans le paysage hollywoodien. Souvent inséparable de son sidekick Ben Stiller, Owen Wilson est aussi un véritable totem de l'univers loufoque et décalé de Wes Anderson. Et pour cause : les deux se sont rencontrés durant leurs études, et avaient signés tous les deux un court métrage promis à devenir un premier film très remarqué : Bottle Rocket.

"Russell Crowe est fabuleux dedans"

La journaliste Cindy Pearlman, qui travaillait pour le New York Times et le Chicago Sun-Times, l'avait sondé pour connaître son film préféré; témoignage recueilli dans un ouvrage publié en 2007, You Gotta See This.

Wilson a deux films de chevet. Punch Drunk Love, de Paul Thomas Anderson, qui est effectivement une petite merveille, dans laquelle Adam Sandler trouve rien de moins qu'un des meilleurs rôles de sa carrière, très (trop) souvent placée sous le signe de la pure comédie. Un rôle mémorable que l'on place soigneusement aux côtés d'une autre pépite de sa filmographie, Uncut Gems.

L'autre oeuvre est un très grand film, trop peu cité d'ailleurs : Révélations de Michael Mann, sorti il y a 26 ans. "Je trouve ça vraiment émouvant. Russell est un peu comme un père ordinaire. Il y a cette scène où il sort en courant de la maison, trébuche et tombe. J'ai trouvé le film vraiment émouvant, et je pense que Russell Crowe est fabuleux dedans".

Un lanceur d'alerte menacé de mort

L'histoire ? Celle de Lowell Bergman, d'abord. Célèbre journaliste d'investigation et producteur de l'emission "60 minutes", il reçoit un jour un dossier envoyé par un employé anonyme du fabriquant de cigarettes Philip Morris. Y sont décrits les méfaits de la nicotine et la dépendance qu'elle crée.

Bergman contacte Jeffrey Wigand, un scientifique travaillant au Département "Recherche & Développement" de Brown & Williamson, le troisième fabricant de cigarettes des Etats-Unis. Ses investigations lui ont permis de découvrir que les fabricants adjoignaient aux cigarettes des substances, comme l'ammoniac ou la coumarine, pour décupler les effets de la nicotine et accroître l'accoutumance du fumeur...

Quatre ans après avoir marqué d'une pierre blanche le polar avec son chef-d'oeuvre Heat, Michael Mann est encore au sommet de son art, dans un film en partie inspiré par un fameux article paru dans Vanity Fair, The Man Who Knew Too Much, publié en mai 1996. Porté à bout de bras par un fabuleux duo, Al Pacino et Russell Crowe -magnifique lanceur d'alerte-, Révélations est un film fleuve passionnant, tendu à craquer et haletant, toujours soucieux de coller au plus près des faits retentissants qu'il expose.

Dès le mois de mai 1994, le Mississippi fut le premier Etat américain à porter plainte contre les fabricants de tabac pour le remboursement de ses frais médicaux. En 1998, un accord fut signé entre 46 Etats et les cigarettiers (le Tobacco Master Settlement Agreement), qui furent contraints de verser 206 milliards $ sur vingt-cinq ans, pour le dédommagement des dépenses de santé.

En mars 2000, très peu de temps après la sortie du film, un tribunal de San Francisco condamna Philip Morris et R.J. Reynolds à verser 20 millions $ à une cancéreuse qui avait commencé à fumer après 1969, date des premières mises en garde sur les paquets. Quatre mois après, un tribunal de Miami a condamné Philip Morris, R.J. Reynolds, Brown and Williamson, Lorillard et Liggett à payer une amende record de près de 145 milliards $.

Le courage de Disney

On l'oublie très facilement, mais cet extraordinaire film a été produit par la filiale de Disney, Touchstone Pictures. Au regard de son sujet ô combien explosif et des potentielles pressions exercées par des lobbies extraordinairement puissants, c'est peu dire que c'était un acte courageux de faire ce film, comme l'avait d'ailleurs rappelé Michael Mann en 2024.

"Le directeur juridique de Disney et moi-même avons travaillé pour corroborer absolument chaque élément du scénario. Lorsque nous avons écrit le scénario, nous l'avons écrit avec le standard de corroboration que Lowell Bergman applique à tout ce qu'il fait, ce qui signifie qu'il n'accepterait jamais quelque chose comme étant véridique à moins de l'avoir corroboré environ trois fois. [...] Eric Roth et moi nous sommes disciplinés de la même manière [...]. Pas de licence dramatique".

Ces précautions n'ont pas empêché les lobbies incriminés dans le film de se pencher justement sur Révélations... "Il y avait une certaine nervosité - il y avait une lettre de menace. Les opérations cinématographiques sont relativement poreuses, et je ne voulais pas que notre salle de montage ou quoi que ce soit que nous fassions le soit. Nous avions donc une sécurité assez élaborée avant de pouvoir entrer dans ces salles de montage et dans notre bureau" racontait Mann.

J'avais un gars qui venait de prendre sa retraite - il a mis en place la sécurité de l'ambassade américaine à Moscou - et il a travaillé sur toute la structure physique de notre montage. Et puis j'ai découvert plus tard que quelqu'un avait infiltré ce que nous faisions. L'un des cabinets d'avocats dont nous parlons dans le film, qui est basé à Kansas City, a embauché quelqu'un qui est venu travailler comme transcripteur pour faire beaucoup de dictées..."

On se désole qu'un tel film ne soit, dans nos contrées, jamais sorti en Blu-ray... Pour voir Révélations, il faut donc se tourner soit vers la VOD, soit vers son DVD sorti il y a 25 ans.

publié le 12 novembre, Olivier Pallaruelo, Allociné

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