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"S'il y a un film que je pourrais regretter c'est celui-là" : Alice Belaïdi revient sur les clichés qui la suivent depuis ses débuts

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Prochainement à l'affiche des "Bad Guys 2", Alice Belaïdi évoque les étiquettes qui collent à la peau et revient sur son parcours, ses combats et les injustices auxquelles elle a été confrontée. Des confidences, glanées dans divers entretiens.

© JACOVIDES-MOREAU / BESTIMAGE

Alice Belaïdi est à l'affiche dès le 30 juillet prochain du film DreamWorks Les Bad Guys 2, dans lequel elle prête de nouveau sa voix à Diane Foxington. Dans cette suite, les anciens voyous se sont rangés et tentent de se faire une place dans la société. Mais difficile, quand on a été l'un des plus gros braqueurs, de se voir offrir une seconde chance. Lorsque de nouveaux casses sont commis, tout le monde accuse les Bad Guys. Ces derniers vont alors tenter de trouver les véritables responsables.

Tout comme le premier opus, le long-métrage de Pierre Perifel aborde les thèmes des apparences, des étiquettes qu'on colle aux gens et de la rédemption. Un sujet sur lequel Alice Belaïdi s'est beaucoup confié lors de différentes prises de parole.

Le racisme ordinaire

À l'occasion de la sortie du film, la comédienne nous a en effet confié avoir souffert de l'étiquette qu'on lui avait collée à ses débuts : "Je pense qu'on projette toujours une image sur toi qui n'est pas forcément la bonne. Moi, j'ai essayé quand même de me dépatouiller pas mal de certaines images.

En France, quand tu es maghrébine, c'est un peu difficile parfois... On a vraiment tendance à projeter sur toi une image bien précise. Mais c'est la vie. Il y a toujours un truc qui ne va pas mais je crois qu'il faut vivre avec et il faut s'entourer de gens qui vont te prendre tel que tu es avec tes différences."

L'actrice française, tête d'affiche d'Un P'tit truc en plus d'Artus, plus gros succès du cinéma français en 2024, avait également évoqué ces mêmes préjugés au micro d'Alexandre Mars pour son podcast PAUSE en mai 2024. Elle révélait alors avoir souffert de racisme ordinaire. L'auteur vient de reposter la vidéo sur ses pages YouTube et Instagram.

"Les Kaira est l'un de mes premiers films, et vraiment s'il y a un film que je pourrais regretter c'est celui-là, parce qu'à ce moment-là j'étais une gamine, je n'avais pas conscience de ce que j'allais renvoyer comme image, à savoir : jouer l'Arabe de service.

Très vite, mon agent m'a guidée et m'a aiguillée sur ces sujets-là, et la seule Arabe que j'ai rejouée après ça, c'est dans Le Bureau des Légendes. Et pour moi, ça avait du sens. Il n'y a rien de manichéen dans cette série. Là, on y va fort quoi.

S'il y a un film que je pourrais regretter c'est celui-là Mais ensuite j'ai reçu des tonnes de scripts... 'Voilà ce que tu vas jouer : l'Arabe qui se fait couper les vivres par son frère qui tient la maison', enfin, des trucs... Et je me suis dit : 'Mais comment ils ont retrouvé ça ?' Moi, je n'ai jamais de grand frère qui tenait la maison, je n'ai pas beaucoup de copines qui ont des grands frères qui tiennent la maison, je ne sais pas d'où ça vous vient ce truc-là. Mais bon, moi, mon père, c'était le seul mec à la maison, je peux vous dire que vraiment, ce n'est pas lui qui coupait quoi que ce soit."

Le mouvement MeToo en France

Engagée depuis des années, Alice Belaïdi s'est également exprimée au micro d'Alexandre Mars, sur la place des femmes dans le cinéma. La comédienne a évoqué alors les écarts de salaires entre acteurs et actrices, ainsi que les différences de traitement sur les plateaux.

Il y a quelques jours, un extrait de cet entretien a été posté sur l'Instagram du podcast Pause : on y voit la comédienne aborder également le sujet des agressions sexuelles quand le journaliste l'interroge sur l'affaire Weinstein, s'étonnant qu'en France, les carrières des femmes qui dénoncent un prédateur puissent être mises en danger, citant en exemple Judith Godrèche.

Alice Belaïdi répond alors : "Il m'est arrivé des trucs dingues... Je me suis déjà fait agresser sexuellement par un acteur. Et ensuite, je me suis fait renvoyer du film parce que j'avais osé dire non. Non, on ne tient pas son sexe comme ça devant moi, on ne me le colle pas sur la cuisse sans me demander mon avis. Résultat : je me suis fait virer parce que, tu comprends, "c'est quand même une casse-couille".

Il y a plein de prédateurs. Et derrière on passe encore pour des menteuses, pour des hystériques. Quand une production ou un réalisateur ne veut pas te soutenir, tu ne peux rien faire. Heureusement, mon agent et mon attaché de presse m'ont crue.

Quand une production ou un réalisateur ne veut pas te soutenir, tu ne peux rien faire. J'ai dénoncé cette personne à l'époque, j'ai parlé à la production, à tout le monde. Mais pas au grand public. Parce que le tribunal populaire, c'est violent aussi. Au final il a fait son film, qui a été un four. Personne n'est allé le voir. C'était peut-être une forme de justice divine."

En 2019, à l'occasion de la sortie de la comédie Budapest, l'actrice révélait déjà cette affaire dans les colonnes de Technikart, précisant que le milieu était plus ouvert à la discussion depuis l'affaire Weinstein :

"Il s'est passé des choses depuis l'affaire Weinstein. Déjà les rôles changent, les scripts changent, notamment dans le registre de la comédie française où il y a toujours eu un petit fond de misogynie. Les scripts que je reçois désormais sont complètement différents de ce point de vue-là. Et il va falloir aussi que les mecs s'habituent à devenir plus souvent des seconds rôles (rires).

Par ailleurs, moi qui ai déjà eu une altercation avec un acteur du genre prédateur, et bien des gens de l'industrie, des producteurs notamment, m'ont appelé pour que je leur parle plus précisément de ce type. Ça les intéresse désormais de savoir à quel profil de mecs ils risquent d'avoir à faire alors qu'avant personne ne voulait le savoir.

C'est vrai que dans le milieu on n'a pas cherché à alerter la presse, on a plutôt fait ça entre nous. Je ne trouve pas ça agréable du tout de balancer en public tous les gros pervers du cinéma français, par contre je veux bien que le métier soit au courant et qu'on gère leur cas entre nous."

Alice Belaïdi poursuit : "C'est peut-être un truc culturel, une manière de faire à la française. Mais l'essentiel, c'est que sur les plateaux moi j'ai senti le changement de regard des mecs. Avant, les réflexions lourdingues fusaient très vite, maintenant le type qui parle mal, on se débrouille tous pour qu'il se sente vite très merdeux.

C'est pas laver son linge sale en famille ça, c'est faire preuve d'esprit de corps. Et ce qui est fabuleux c'est que la plupart du temps c'est les mecs qui t'aident dans ce combat-là. À mes yeux, MeToo a clairement mis un frein à la guerre des sexes."

publié le 23 juillet, Laëtitia Forhan, Allociné

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