Un appel à l'aide bouleversant, qui a ému et révolté le monde entier
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Récompensé du Lion d'argent pour le Grand prix du jury à la Mostra de Venise, La Voix de Hind Rajab a ému le monde entier. Récit documenté de l'assassinat d'une enfant palestinienne, ce cri du cœur est à voir (et entendre) en salle le 26 novembre.
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Une voix aussi frêle que forte, devenue symbole d'innocence
29 janvier 2024. Les bénévoles du Croissant-Rouge reçoivent un appel d'urgence. Une fillette de six ans est piégée dans une voiture sous les tirs à Gaza et implore qu'on vienne la secourir. Tout en essayant de la garder en ligne, ils font tout leur possible pour lui envoyer une ambulance. Elle s'appelait Hind Rajab.
Présenté à la dernière édition de la Mostra de Venise, où il fut récompensé du Lion d'argent pour le Grand prix du jury, La Voix de Hind Rajab a fait l'unanimité par la force de son récit d'innocence et la dureté de son réalisme. Sous les applaudissements soutenus du public, les producteurs Joaquin Phoenix et Rooney Mara se sont montrés particulièrement émus. Pourtant, malgré les grands noms apposés à sa production, La Voix de Hind Rajab n'a rien d'un projet hollywoodien. Réalisé par la brillante cinéaste tunisienne Kaouther Ben Hania, récompensée au Festival de Cannes et aux César pour son documentaire Les Filles d'Olfa, ce septième long-métrage se place dans un juste milieu entre fiction et documentaire.
Car l'histoire de la petite Hind Rajab, tragiquement abattue par l'armée israélienne en janvier 2024, est bien réelle. Kaouther Ben Hania, par le biais d'enregistrements récupérés auprès du mouvement humanitaire du Croissant-Rouge, s'évertue à retracer, presque en temps réel, les dernières heures de la petite fille et ses échanges avec les sauveteurs. La voix de l'enfant, authentique, résonne donc tout au long du film comme un artefact inoubliable de son existence innocente.
Ainsi, dans un jeu de miroir en parfaite reproduction de la réalité, les comédiens se sont évertués à reproduire le comportement des véritables sauveteurs jusque dans les moindres détails : vêtements, attitudes, placement... Mais leurs réactions, elles, sont bien authentiques. "Les comédiens ne faisaient pas que dire leurs répliques, ils revivaient un événement réel, explique Kaouther Ben Hania. Pendant le tournage, chacun répétait, presque mot pour mot, ce qu'avait dit à Hind la personne dont il ou elle tenait le rôle. Dans leur casque audio, ils entendaient la voix réelle de Hind, extraite de l'enregistrement original. Tous les acteurs (et la plupart des figurants) sont palestiniens et ce projet avait une portée immense à leurs yeux. Ils n'interprétaient pas seulement une histoire : ils étaient dépositaires de quelque chose qui les touchait d'un point de vue personnel, historique, politique. Ce n'était pas une abstraction. C'était réel, proche, immédiat."
Pourtant, la cinéaste assume pleinement la portée émotionnelle de son long-métrage, souvent rejetée par refus de sensationnalisme dans ce genre de cas. Au contraire, elle la cultive comme un facteur important, refusant ainsi que son œuvre soit qualifiée comme purement documentaire. "Même avec un accès quasi impossible à Gaza, il y a eu des enquêtes publiées dans les médias. Mais je pense que le cinéma offre autre chose, explique-t-elle. Il ne fait pas acte de reportage, mais de mémoire. Il ne débat pas, il vous fait ressentir."
Ainsi, le matériel filmique et la réalité, parfois filmée au téléphone, sont constamment placés côte à côte, jusqu'à se chevaucher dans les dernières minutes du long-métrage pour finalement se confondre tout à fait. Les acteurs cèdent leur place aux véritables bénévoles pour rappeler qu'au-delà de l'émotion pure provoquée par le récit tragique, le destin de Hind Rajab est bien réel et définitif.
Des humains impuissants face à un implacable engrenage administratif
Si le devoir de mémoire servi par La Voix de Hind Rajab permet d'immortaliser le destin tragique de la protagoniste éponyme, mais aussi des dizaines de milliers de victimes palestiniennes, il met aussi en lumière l'activité continue des services de secours, notamment de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Ces derniers, souvent palestiniens eux-mêmes, font preuve d'un professionnalisme irréprochable mais sont également, bien sûr, profondément touchés par la situation.
Dans ce registre, Motaz Malhees et Saja Kilani dévoilent à l'écran une émotion authentique face à la souffrance de leur peuple - les deux comédiens étant eux-mêmes palestiniens - tandis qu'Amer Hlehel, dans le rôle du coordinateur des opérations, incarne un visage différent du bénévolat : faisant mine de ne pas laisser déborder ses sentiments, ce dernier tente par tous les moyens d'apporter une solution logique et sûre à la détresse de la petite Hind Rajab, sans mettre ses propres collègues en danger.
En cela, le long-métrage de Kaouther Ben Hania soulève un point qui pourrait sembler anecdotique, mais qui révèle en réalité toute la complexité d'un tel sujet : impossible de voler au secours de l'enfant sans respecter des dizaines de procédures de sécurité, sans passer des dizaines de coups de fil, quitte à ce que les garanties mises en place ne soient, au final, pas même respectées par les forces du Tsahal.
Particulièrement frustrante pour les bénévoles, la soumission à cet engrenage administratif interroge sur les véritables moyens dont disposent les ONG sur le terrain. Neutres et dévouées, celles-ci se battent pourtant chaque jour pour sauver des milliers de vies. En novembre 2025, plus de 69 000 Palestiniens - dont au moins 20 000 enfants - ont été tués par les forces israéliennes, mais aussi 252 journalistes et plus de 1 800 professionnels de santé et défenseurs des droits civiques.
Cri d'alerte bouleversant et nécessaire sur la situation en Palestine, La Voix de Hind Rajab est à découvrir au cinéma dès le 26 novembre.
publié le 25 novembre, Isaac Barbat, Allociné