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Un drame intense qui bouleverse : assistez à une audience sous tension, où chaque mot peut tout faire basculer

temps de lecture  5 minutes

Porté par la puissance de Myriem Akheddiou, On vous croit raconte le parcours d'une mère qui tente de faire entendre la voix de ses enfants face à un système judiciaire qui doute. Un huis clos haletant, à découvrir le 12 novembre au cinéma.

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 Combattre en silence

Alice (Myriem Akheddiou) se retrouve devant un juge et n'a pas le droit à l'erreur. Elle doit défendre ses enfants, dont la garde est remise en cause. Pourra-t-elle les protéger de leur père avant qu'il ne soit trop tard ?

La collaboration entre Charlotte Devillers, professionnelle de santé travaillant avec des victimes de violences sexuelles, et Arnaud Dufeys, cinéaste et producteur - récompensé à la Berlinale 2024 pour son court-métrage Un invincible été - a vu naître On vous croit. Ce premier long métrage des deux réalisateurs raconte l'histoire d'une mère qui, devant une juge, doit défendre ses enfants de leur propre père. Dans cette salle close, le spectateur partage avec elle chaque souffle et chaque silence, le temps d'une audition décisive. Les deux cinéastes signent ainsi un drame haletant sur la justice et le pouvoir de l'écoute, où Charlotte Devillers s'inspire de son parcours d'infirmière, mais aussi de femme et de mère, pour le nourrir.

Le travail de co-réalisation a permis de traiter ce sujet, particulièrement délicat, avec subtilité. "Pour être au plus juste, on avait besoin d'être deux, d'échanger beaucoup et de participer ensemble à des rencontres avec les victimes. Nous avons aussi assisté ensemble à des audiences et les discussions que nous avions à la sortie étaient très importantes pour étayer nos propos et envisager la mise en scène", expliquent les deux réalisateurs.

De cette collaboration est née une œuvre au plus près de la parole et de l'écoute, grâce à une immersion complète au sein d'une audition des deux parents. En découle un huis-clos intense, où chacun doit parler à son tour, où la tension s'installe, entre paroles des avocats et du père, jusqu'à ce que la mère puisse enfin s'exprimer. Cette attente, étouffante, devient le moteur émotionnel du film. En effet, les réalisateurs souhaitaient donner accès au combat intérieur d'Alice. Ils expliquent ainsi avoir "réfléchi à la mise en scène de la parole en faisant le choix de rester longuement sur des plans d'écoute, principalement en gros plan sur Alice qui subit la prise de paroles des autres sans pouvoir intervenir." La caméra se concentre alors sur ses réactions : le regard devient une réponse muette. Alice se retrouve contrainte à encaisser de multiples accusations, sans pouvoir rien dire.

Croisée à plusieurs reprises chez les frères Dardenne (Le jeune Ahmed, Deux jours, une nuit), Myriem Akheddiou livre une performance remarquable dans le rôle de cette mère étouffée, qui semble toujours prête à se noyer dans son silence. En effet, son cheminement intérieur est particulièrement intense : les réalisateurs souhaitaient "s'immerger au maximum dans le parcours émotionnel d'Alice, entre son sentiment initial de culpabilité et la réappropriation de son rôle de mère à la sortie de l'audience." Cette immersion passe par une mise en scène fixe, tendue, centrée sur l'écoute et l'observation, véritables fers de lance du projet.

Un huis clos haletant

On vous croit concentre 55 minutes de huis clos sous tension, filmées d'un seul souffle, à trois caméras, où le silence et les regards en disent autant que les mots. Plus qu'un film sur la parole, il s'agit d'une œuvre centrée sur l'écoute, qui explore les silences, les non-dits et la tension de chaque regard. L'intensité n'est que renforcée par le format carré de l'image, en 4/3, resserré sur les visages des comédiens, amplifiant l'impact de leurs réactions et émotions.

Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys expliquent ces choix : "Nous voulions que les acteurs soient le plus possible mis dans des conditions proches du réel. Lorsqu'une audience a lieu, il n'y a qu'une chance. Il s'agissait donc de laisser le jeu des acteurs se déployer librement et avec la plus grande intensité possible, au point d'oublier qu'ils jouaient et de réagir spontanément aux actions et réactions des autres, sans jamais savoir ce qui va survenir, comme dans la réalité." Ce parti pris renforce la frontière ténue entre fiction et réalité judiciaire. Pour les réalisateurs, il était crucial de montrer à quel point la répétition, la longueur ainsi que la multiplication des procédures pénales peuvent amplifier les traumatismes.

La douleur sourde se retrouve ainsi jusque dans le décor même du tribunal, où la transparence devient synonyme d'impersonnalité. Avec comme inspiration le Tribunal de Grande Instance de Paris, les cinéastes souhaitaient que leur projet soit en phase avec la volonté politique de créer des lieux de justice clairs, baignés de lumière, représentant la justice telle qu'elle devrait être vécue. Cependant, ici, le blanc clinique renvoie à la froideur d'un système qui se veut limpide mais reste impénétrable, comme dénué d'empathie.

Par ces choix de mise en scène, Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys parviennent néanmoins à donner l'illusion d'un cloisonnement de l'espace, en jouant sur les axes de caméra et l'utilisation d'objectifs serrés, afin d'illustrer le sentiment d'emprisonnement, comme si la salle d'audience devenait une cage. 

Acteurs et avocats : quand la fiction rencontre le réel

On vous croit propose une distribution hybride, mêlant des comédiens à de véritables experts judiciaires afin de brouiller les lignes entre fiction et réalité. En ce sens, les acteurs professionnels ont laissé libre court à leur jeu, tandis que les avocats ont préparé la scène comme dans leur pratique professionnelle quotidienne. Ce choix était une volonté des réalisateurs : "Nous savions que collaborer avec de vrais avocats nous permettrait de gagner en temps et en authenticité. Ils maîtrisaient déjà les thématiques et connaissaient mieux que nous les codes de la Justice et les mots juste à utiliser. Leur manière de s'exprimer, de poser leurs mots et leur posture font déjà partie d'eux, c'est intrinsèque à leur métier". 

Ce choix a permis de renforcer l'authenticité des interactions, offrant au long métrage l'ampleur d'une audition authentique. Les réalisateurs ont pu constater l'impact de cette méthode lors de séances de jeu en improvisation, où tous se rencontraient, "comme s'ils étaient dans le cas de prises de contact préliminaires qui pourraient avoir lieu avant une audience", précisent-ils. 

À l'inverse, pour créer une véritable distance, Myriem Akheddiou et Laurent Capelluto (le père) ne se sont pas préparés ensemble et ont très peu échangé. Ce contraste a permis de nourrir la tension dramatique et de rendre chaque confrontation plus authentique. Toute cette préparation a contribué à instaurer une atmosphère pesante, presque suffocante, d'un réalisme troublant. 

On vous croit met ainsi en scène la plus angoissante des questions : qui m'écoute, et qui me croit ? Un drame poignant dans lequel règne le pouvoir de l'écoute, à découvrir dès le 12 novembre au cinéma.  

publié le 10 novembre, Juliette Mansart, Allociné

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