"Une expérience horrible" : il y a 16 ans, ce "western" historique de Mel Gibson aurait dû être un film grandiose, mais le projet tourna au fiasco
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Dans un récent entretien, Joe Eszterhas, fameux scénariste d'Hollywood à qui l'on doit notamment le script de Basic Instinct, évoque sa collaboration avec Mel Gibson sur ce qui devait être un "Braveheart juif". Un souvenir bien douloureux...
© Paramount
Débutant sa carrière hollywoodienne en signant le script du film F.I.S.T. à la fin des années 70, Joe Eszterhas est l'un des plus fameux scénaristes, qui a connu son heure de gloire avec le scénario du sulfureux Basic Instinct de Paul Verhoeven. Une écriture réalisée activement sous drogues dures, comme d'autres excès et abus en tous genres.
Âgé désormais de 81 ans et la santé fragile, Joe Eszterhas a connu dans sa carrière des hauts vertigineux, et des bas du même acabit. Fuyant Hollywood, il est parti s'installer avec sa famille dans l'Ohio il y a 25 ans. C'est là qu'il a récemment et longuement reçu un journaliste du site IndieWire, balayant à ses côtés une carrière aussi passionnante et chaotique.
Le scénariste de Basic Instinct à la plume d'un "Braveheart juif"
Et le scénariste de s'épancher sur ce qui fut un véritable abcès de fixation dans sa carrière : sa collaboration avec Mel Gibson sur le script d'un film qui était alors présenté comme un "Braveheart juif", entre 2010 et 2012. Une période très compliquée aussi pour Gibson, gravement plombé depuis 2006 par ses multiples débordements antisémites et ses éruptions de violences, verbales et physiques, notamment conjugales. Ne tournant alors que très peu, il était devenu un paria à Hollywood.
Gibson souhaitait porter à l'écran la vie de Judas Maccabée, héros juif du IIe siècle av. J.-C. qui mena la révolte de son peuple contre la dynastie hellénistique des Séleucides qui dominait alors la Judée. Une histoire que Gibson qualifiait "d'extraordinaire", et qu'il envisageait "comme une sorte de western".
Gibson avait convaincu Eszterhas que ses intentions étaient sincères, et Eszterhas a vu dans l'histoire des Maccabées un récit si captivant qu'il s'était persuadé que Gibson jouait franc jeu avec lui. Eszterhas était si convaincu qu'il était même prêt à travailler gratuitement sur ce film.
Pour le scénariste, ce projet de film faisait aussi office, en quelque sorte, de rédemption personnelle, en tout cas familiale : fils de réfugiés hongrois, il avait appris en 1990 que son père avait été inculpé par la Justice américaine pour avoir été un fervent collaborateur hongrois du IIIe Reich, ayant notamment à son actif de nombreux écrits antisémites. Le choc fut si rude qu'il rompu toute relation avec son lui.
"Ce fut une expérience horrible"
Toujours est-il qu'Eszterhas semblait de moins en moins convaincu des bonnes intentions de Gibson sur ce film à mesure qu'il passait du temps en sa compagnie. Une expérience si folle en fait qu'il en a même écrit un récit vendu sur le livre électronique Amazon Kindle, et intitulé Heaven and Mel, dans lequel il relate les tirades violentes et intolérantes dont il dit avoir été témoin lorsqu'il travaillait avec Gibson. Le point de rupture fut un séjour passé avec sa famille aux côtés de Gibson, qui emmena tout le monde en vacances studieuses au Costa Rica.
"Il est devenu complètement fou la veille de notre départ, et si nous n'étions pas partis, nous aurions fini par devenir aussi fous que lui" commente Eszterhas au micro d'IndieWire. "Il courait partout en criant "Que Dieu aille se faire foutre" et toutes sortes de choses du genre. Mon fils de 15 ans a littéralement pris un couteau de boucher dans la cuisine et l'a gardé sous son oreiller pendant la nuit. Ce fut une expérience horrible".
"En 25 ans de carrière, je n'ai jamais vu un premier jet de scénario aussi peu à la hauteur"
Quelques temps plus tard, et en dépit de cette douloureuse expérience, Eszterhas rendra bien un script, qui sera rejeté par Gibson et par Warner Bros., qui devait produire le film.
Dépité, Eszterhas envoya alors une très longue lettre -rendue publique par le site The Wrap- au réalisateur dans laquelle il l'accusait d'avoir annulé le projet parce qu'il "déteste les juifs". "Je suis arrivé à la conclusion que tu refuses de faire ce film pour la plus horrible des raisons", écrivait le scénariste. "Je crois que tu as annoncé ce projet avec fracas dans l'espoir de faire taire les accusations d'antisémitisme qui ont plombé ta carrière", ajoutait-il. "Mais tu n'as jamais eu et n'a aucune intention de réaliser ce film."
Dans un communiqué publié sur le site Deadline, Gibson balayait ces accusations, expliquant que le projet avait été abandonné à cause du scénario qui n'était pas suffisamment bon. "Je veux vraiment faire ce film : c'est juste que ni moi, ni Warner Bros ne voulons de ton script. [...] En 25 ans de carrière, je n'ai jamais vu un premier jet de scénario aussi peu à la hauteur".
Le script de ce biopic / péplum consacré à Judas Maccabée reste depuis au fond d'un tiroir, et ne semble pas prêt d'en sortir. Quant à Gibson, il vient justement de repartir sur les récits bibliques en tournant un diptyque consacré à la résurrection du Christ, 22 ans après sa Passion du Christ, qui avait, déjà en son temps, suscité de vives controverses...
publié le 28 mai, Olivier Pallaruelo, Allociné