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Une plongée haletante et passionnante dans les arcanes du pouvoir russe portée par Paul Dano et Jude Law

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Au cinéma le 21 janvier, Le Mage du Kremlin est l'une des sorties cinématographiques les plus attendues du début d'année. Portée par Paul Dano et Jude Law, cette fresque historique et politique sur la Russie s'avère aussi passionnante qu'haletante.

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Une fresque politique dense et documentée

Russie, dans les années 1990. L'URSS s'effondre. Dans le tumulte d'un pays en reconstruction, un jeune homme à l'intelligence redoutable, Vadim Baranov, trace sa voie. D'abord artiste puis producteur de télé-réalité, il devient le conseiller officieux d'un ancien agent du KGB promis à un pouvoir absolu, le futur « Tsar » Vladimir Poutine.

Plongé au cœur du système, Baranov devient un rouage central de la nouvelle Russie, façonnant les discours, les images, les perceptions. Mais une présence échappe à son contrôle : Ksenia (Alicia Vikander), femme libre et insaisissable, incarne une échappée possible, loin des logiques d'influence et de domination.

Quinze ans plus tard, après s'être retiré dans le silence, Baranov accepte de parler. Ce qu'il révèle alors brouille les frontières entre réalité et fiction, conviction et stratégie.

Présenté en compétition officielle lors de la 82e édition de la Mostra de Venise en août dernier, Le Mage du Kremlin est le dernier long-métrage du cinéaste français Olivier Assayas, adulé pour des films tels que Désordre (primé à la Mostra de Venise en 1986), Sils Maria ou encore Cuban Network. Librement inspiré de l'ouvrage éponyme de l'écrivain Giuliano da Empoli, Grand prix du roman de l'Académie française et finaliste du prix Goncourt en 2022, Le Mage du Kremlin est notamment parvenu à conserver toute la force de son matériau d'origine grâce à la collaboration d'Olivier Assayas, à la construction du scénario, avec l'écrivain Emmanuel Carrère. De cette collaboration prometteuse est née une fresque ancrée dans l'Histoire, dans la réalité politique d'une nation contrastée.

Sorties, news, interviews... Retrouvez toute l'actualité des films Indés Figurant parmi les nouveautés les plus attendues par la communauté AlloCiné mais aussi par les cinéphiles en général, Le Mage du Kremlin s'avère à la hauteur de toutes les attentes, en cela qu'il parvient à dresser un portrait, certes dense, mais particulièrement riche de l'esprit politique russe.

Aussi documentée que son matériau littéraire d'origine, cette chronique politique assume, malgré sa simple "inspiration" de la réalité, la précision de sa toile de fond pour lever le voile sur la stratégie du chaos déployée par Vladimir Poutine et son entourage dans une chronique aussi passionnante que glaçante, essentiellement basée sur des recherches et archives réelles : "Paradoxalement, les archives qui nous ont posé le plus de difficultés sont celles des deux cérémonies d'intronisation de Poutine, raconte Olivier Assayas. Les vidéos de l'époque ont très mal vieilli et la qualité des images existantes est épouvantable." Poussant la reconstitution jusqu'à l'identique dans certaines scènes d'anthologie, Le Mage du Kremlin n'a de cesse de poursuivre la vision d'un dirigeant dominateur et déterminé, pour qui la guerre et le chaos seront une véritable échelle.

Refusant malgré tout le grandiloquent, Le Mage du Kremlin s'avère donc particulièrement précis, délivrant un constat absolument passionnant, mais surtout nécessaire. Pour autant, il ne s'agit pas là d'un documentaire authentique, et Olivier Assayas a empreint son dernier long-métrage d'une tension sourde absolument indissociable de son intrigue, qui lui permet de l'inscrire dans une longue tradition de thrillers politiques.

"Nous devons inspirer la peur et la violence."

Traversé de bout en bout d'une tension sous-jacente particulièrement insidieuse, Le Mage du Kremlin fascine notamment par sa capacité à remettre en jeu la sécurité de ses personnages. Ainsi, même les grands pontes du pouvoir et le Mage du Kremlin, qualifié de "nouveau Raspoutine" par ses détracteurs, semblent constamment menacés d'une épée de Damoclès capable de leur trancher la tête à tout moment. La stratégie de chaos et de peur, instaurant la présence d'une menace et d'un malaise constant, se retourne ainsi contre ses propres instigateurs, Vadim Baranov en tête.

Destin indissociable de l'inénarrable Vladimir Poutine, cette figure de l'ombre aux mille vies se retrouve ainsi au cœur d'un gigantesque échiquier politique ardent d'ambition, au risque de brûler ses propres ailes tel un Icare moderne. Dans ce rôle en demi-teinte, le brillant Paul Dano fascine. Après ses collaborations avec Ang Lee (Hôtel Woodstock), Denis Villeneuve (Prisoners), Steve McQueen (Twelve Years a Slave) ou encore Steven Spielberg (The Fabelmans), le comédien offre son talent à un nouveau grand cinéaste, capable de capter toute l'étendue de son génie : controversé et ambigu, aussi ambitieux que parfois vacillant, son personnage s'avère absolument passionnant et offre à l'acteur d'une de ses performances les plus nuancées.

Face à lui, Jude Law se montre particulièrement convaincant dans le rôle de Vladimir Poutine. Impassible, brutal, audacieux, autant d'épithètes qui ne suffisent pas à briser l'épaisse carapace de cette figure politique contemporaine et dangereuse, dont le comédien a pourtant tout fait pour capter la froideur. "Une fois que je me suis lancé dans les recherches, et même si Olivier ne souhaitait pas que je m'y plonge de manière obsessionnelle, il était difficile de décrocher d'un sujet aussi captivant, raconte le comédien. [...] Il ne s'agissait pas d'être dans une imitation parfaite. Il s'agissait d'inscrire ce personnage dans le récit et de parvenir à un résultat qui sonne juste."

Fascinante chronique du pouvoir et de ses mécaniques, Le Mage du Kremlin esquive ainsi habilement les travers propres à son genre pour conserver une tension permanente tout au long de son intrigue, qui résonne d'un écho macabre et inquiétant à l'actualité politique européenne.

Fresque politique et historique aussi nécessaire que passionnante, Le Mage du Kremlin d'Olivier Assayas, porté par Paul Dano et Jude Law, est à découvrir cette semaine, le 21 janvier au cinéma.

publié le 20 janvier, Isaac Barbat, Allociné

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