Divertissements

Vous ne devinerez jamais qui est l'acteur déguisé en créature légendaire dans ce film pas comme les autres

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Passé par le Champs-Elysées Film Festival en 2024, le très étonnant "Primitifs" vient de sortir sur Paramount+. Et rien ne pouvait vous préparer à ce faux documentaire sur des Bigfoot avec un Jesse Eisenberg méconnaissable.

© Paramount+

Ça parle de quoi ?

Au cœur de la forêt, vit une famille de bigfoot. Ces créatures atypiques, peut-être les dernières de leur espèce, se lancent dans un voyage absurde, hilarant et émouvant. Dans cette quête semée d'embûches, échapperont-ils à la civilisation moderne ?

"Primitifs" de David & Nathan Zellner - Disponible sur Paramount+

O.P.N.I. (Objet Poilu Non Identifié)

Qui a dit qu'il n'y avait plus de projets originaux et novateurs, capables de sortir les spectateurs de leur zone de confort ? Sans doute pas les personnes qui auront vu Primitifs (Sasquatch Sunset en VO), comédie improbable en forme de faux documentaire suivant une famille de Bigfoot dans l'Amérique d'aujourd'hui pendant plusieurs saisons. Un pitch de sketch du Saturday Night Live que David et Nathan Zellner (déjà auteurs du très barré Kumiko, the Treasure Hunter) tiennent pendant un peu moins de 90 minutes, sans la moindre parole, pour donner corps à l'une de leurs passions.

"Depuis que nous sommes enfants, nous étions obsédés par le Bigfoot", nous disait Nathan au Champs-Elysées Film Festival, où Primitifs avait fait l'ouverture en 2024. "L'Amérique n'a pas beaucoup de choses en termes de mythologie parce qu'elle est très jeune, mais ça c'est l'un de ses principaux mythes et nous avons toujours été fans de cette créature qui fait partie de la culture pop et que l'on retrouve dans les émissions de télévision. Et quand YouTube est arrivé, les gens y ont partagé des images de ce qu'ils disaient être un Bigfoot qu'ils avaient aperçu, et c'était toujours la même chose : juste un Bigfoot qui marche."

"Donc le projet a commencé par une blague, lorsque nous nous sommes demandé ce qu'il faisait le reste du temps, si c'était un animal comme les autres ? (rires) Quand vous allez au zoo, vous avez un aperçu de toute la gamme des comportements animaliers, donc tout est parti de là et nous avons réalisé un court métrage intitulé Sasquatch Birth Journal 2 en 2010, qui avait déjà cet aspect voyeuriste et montrait un Bigfoot en train d'accoucher."

"Comme il a eu du succès, nous avons continué à développer l'idée, avec un style très différent mais toujours cette idée de suivre une famille : s'il y avait eu le point de vue d'humains ou une narration, cela aurait rajouté une part de jugement de leurs actions, or nous voulions aborder l'histoire de la manière la plus objective possible."

"Ce qui nous distingue du règne animal, c'est que nous avons honte, et les animaux non. Nous voulions l'aborder en restant ouverts à tout le spectre du comportement, sans jugement, en suivant une direction." Laquelle n'a pas été si facile que cela, car la tentation de rendre les choses faciles en ajoutant des humains ou en sous-titrant les grognements qui servent de dialogues a été grande, comme le confirme David Zellner : "Il y a certaines choses que vous pouvez tirer de sa mythologie, mais vous devez inventer tout le reste, vos propres faits. Nous nous sommes beaucoup inspirés du comportement des primates, mais nous ne voulions pas anthropomorphiser les personnages, et c'est ce qui se serait produit si nous avions ajouté des humains ou des sous-titres : ça vous aurait éloigné de leurs qualités animalières."

"Nous savions que le récit était très simple, autant que faire se peut en termes d'intentions, à savoir le désir et les besoins notamment. Si c'était vraiment flou, nous aurions peut-être fait autre chose, mais j'avais l'impression que leurs besoins de base étaient très transparents." Et c'est ainsi que Primitifs se présente comme un film qu'il faut voir pour croire, où le documentaire animalier cède parfois la place à l'humour le plus trivial (une scène peut d'ailleurs être vue comme une version scatologique des Visiteurs), avant que la poésie ne prenne le dessus.

"Nous ne voulions pas anthropomorphiser les personnages"

Un véritable O.P.N.I. (Objet Poilu Non Identifié) dont il est tout simplement impossible de reconnaître les acteurs, cachés dans des costumes et sous des couches de maquillage. A commencer par Jesse Eisenberg, dans un contre-emploi total, lui qui nous a habitués à jouer des personnages nerveux, et bavards, qui s'expriment avec un débit ultra-rapide. "Ce n'était pas la raison de notre choix, mais c'est peut-être ce qui l'a attiré dans le rôle", répond David Zellner. "Il cherche toujours à aller vers un territoire qui ne lui est pas familier, qu'il n'a pas encore exploré en tant qu'acteur. Nous savions qu'il est excellent dans la comédie et le drame, et il a compris que nous aimions l'idée qu'il joue ce personnage bêta, et nous nous sommes rendus compte qu'il n'était pas aussi verbeux que d'autres qu'il a joués."

"Beaucoup de gens découvrent qu'il n'y a pas de dialogues en voyant le film", poursuit Nathan Zellner. "Et ça, nous l'avons obtenu au moment du financement, mais une fois qu'il est acquis qu'il n'y a pas de dialogue humain, vous comprenez exactement de quoi ils parlent. Et même si ça n'est pas le visage de Jesse, il a beaucoup apporté au personnage, tout comme Riley Keough [sa partenaire dans le film, ndlr] : ils sont beau être sous ce maquillage, si vous mettez un autre acteur dans ce rôle, ce sera un personnage différent. Une interprétation différente aussi."

"Même s'ils sont intégralement dans des costumes, nous voulions que le maquillage soit assez fin pour qu'ils puissent encore jouer à travers et exprimer leurs émotions. C'est aussi pour ça que nous ne voulions pas de lentilles de contact ou d'effets spéciaux sur leurs yeux. Nous voulions que ce soit très humain pour que vous puissiez vous connecter à eux sur un plan émotionnel, en sachant que beaucoup d'informations étaient transmises par la physicalité et les regards les plus subtils. Il faillait environ deux heures par jour pour mettre tout le maquillage : ils ont fait un moulage complet du corps, donc nous avions un moule et les costumes étaient comme des combinaisons de plongée, mais en mousse et en fourrure, et tous très moulants, faits sur mesure pour chaucn, donc il fallait vraiment travailler pour entrer dedans."

"Pour ce qui est du visage, il y avait plusieurs pièces qui étaient collées, puis peintes, puis des cheveux, des barbes et d'autres choses qui étaient mises par-dessus. Donc il fallait deux heures, et puis une autre heure pour tout enlever. Parce que c'est une chose que vous ne réalisez pas : c'est comme si c'était collé, ce n'est pas un masque que vous pouvez simplement enlever." Un investissement total donc, pour un film pas comme les autres mais qui mérite le coup d'oeil, quitte à ce que vous vous demandiez ensuite ce que vous venez de voir.

Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Paris le 20 juin 2024

publié le 11 juillet, Maximilien Pierrette, Allociné

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