Il y a 30 ans, cette série aurait pu devenir un monument de la science-fiction, mais elle a été détruite par sa chaîne
temps de lecture 5 minutes
Entre 1995 et 2000, cette série de science-fiction a marqué son époque, mais elle aurait pu devenir un vrai monument du petit écran. Cependant, des guerres internes et des décisions absurdes des dirigeants de chaîne en ont décidé autrement.
© Fox
"Et si on découvrait un passage vers des mondes parallèles ? Et si on pouvait glisser vers des milliers d'univers différents, se retrouver la même année, être la même personne mais que tout le reste soit différent ? Et si on ne trouvait plus le chemin du retour..."
Le 16 avril 1996, les téléspectateurs français entendaient pour la première fois cette introduction, scandée juste avant le générique d'une série qui allait marquer son époque : Sliders, les mondes parallèles.
Une série étonnante totalement gâchée
Diffusé sur M6, le show de science-fiction a très vite trouvé son public, notamment grâce à son quatuor de héros, tous plus attachants les uns que les autres. Créée par Tracy Tormé et Robert K. Weiss, Sliders réunit Jerry O'Connell, Sabrina Lloyd, Cleavant Derricks et John Rhys-Davies.
Le récit nous présente un certain Quinn Mallory, jeune scientifique ayant inventé un appareil permettant de voyager dans des mondes parallèles. Il entraîne dans sa folle aventure son amie Wade Welles, le professeur Maximilian Arturo et le chanteur Rembrandt Brown.
Les 4 compères vont malheureusement se retrouver perdus dans les univers parallèles, à la recherche de leur Terre d'origine. Ainsi, ils vont explorer de nombreux mondes, comme celui où la Russie a gagné la Seconde Guerre mondiale, ou celui dans lequel les femmes ont pris le pouvoir.
Les créateurs du show nous ont offert un concept ultra original. Voyager entre des réalités parallèles, où une seule chose change (politique, société, histoire, technologie), permettait une infinie possibilité de sujets à traiter. Chaque épisode posait un "et si... ?" qui faisait beaucoup réfléchir sur le destin humain.
Malheureusement, cela n'a duré que 3 saisons, avant que la chaîne Fox ne fasse tout exploser en plein vol. Cette dernière a annulé la série sans autre forme de procès, avant que celle-ci ne soit reprise par Sci-Fi Channel, qui ne comprenait rien non plus à la force de la série. La baisse de qualité s'est immédiatement ressentie, et le départ de John Rhys-Davies et Sabrina Lloyd n'a rien arrangé du tout.
John Rhys-Davies claque la porte
L'interprète du professeur Arturo était déjà mécontent de la tournure prise par la série, dénonçant le manque de créativité des scénaristes. Il a donc claqué la porte, suivie par Sabrine Lloyd, en conflit ouvert avec Kari Wuhrer, qui a pris sa place à partir de la saison 4.
Les créateurs de Sliders, Tracy Tormé et Robert K. Weiss, ont par ailleurs progressivement perdu la main sur leur bébé. Ils avaient de moins en moins d'influence sur les scénarios et ont dû subir des décisions imposées par la chaîne, qui donnait la priorité aux audiences plutôt qu'aux idées nouvelles.
Brisée ensuite par son annulation, la mise au pas de son showrunner, puis son changement de chaîne, la série a perdu l'humour intellectuel, la dynamique d'origine des personnages, et surtout la cohérence émotionnelle. On est passé d'un show SF intelligent et grand public, à un récit mettant en avant l'action spectaculaire au détriment de l'exploration de thèmes intéressants dans le cadre de réalités parallèles.
Ainsi, à la base, l'intrigue à propos des Kromaggs (monstres souhaitant la domination de tous les mondes), devait être un fil rouge discret. Cependant, à partir de la saison 4, ils deviennent des ennemis quasi permanents, plus violents et très simplistes. Cela a fortement déplu aux fans de la première heure, qui déploraient l'absence de SF conceptuelle et la trop grande présence de combats répétitifs.
De SF intelligente à action débridée
Déjà, à la fin de la saison 3, sous l'impulsion du nouveau producteur David Peckinpah, Sliders se transforme peu à peu en série d'action. La satire intelligente est reléguée au second plan, l'uchronie captivante laisse place à des fusillades explosives ou des combats contre des monstres. C'est pourquoi John Rhys-Davies finira par quitter la série, jugeant les scénarios trop creux intellectuellement, sans substance, et une insulte à la science-fiction.
Peckinpah, agacé par les critiques de l'acteur, se vengera en lui offrant une mort totalement indigne dans le 17ème épisode de la saison 3, tué et abandonné sur une planète en pleine apocalypse. Soulagé d'être enfin libéré de cette série qui partait à vau-l'eau, John Rhys-Davies regrettera plus tard les ingérences de la chaîne, qui ont détruit Sliders alors qu'elle aurait pu être un chef-d'oeuvre de la SF.
La fin de Wade Welles est aussi restée en travers de la gorge des fans. Le personnage termine prisonnière d'un camp de reproduction Kromaggs, et on ne la reverra jamais. Reprise par Sci-Fi Channel en 1997, Sliders va ensuite s'enfoncer dans un grand n'importe quoi. Jerry O'Connell et Cleavant Derricks sont toujours de la partie, aux côtés de Kari Wuhrer et Charlie O'Connell, le frère de Jerry. Mais la magie a totalement disparu.
Un final indigne
Les audiences restant correctes, une saison 5 est commandée ; mais cette fois, c'est Jerry O'Connell qui s'en va. Son frère le suit dans la foulée, et Cleavant Derricks reste le dernier acteur de la distribution originale à être encore là. David Peckinpah est désormais seul aux commandes pour perpétuer le désastre. Le budget est réduit au strict minimum, et le show n'est plus que l'ombre de lui-même.
En 2000, la série s'achève sur un cliffhanger qui ne sera par conséquent jamais résolu. On voit Rembrandt (Cleavant Derricks) glisser dans un vortex interdimensionnel après s'être injecté dans le sang un virus anti Kromaggs. Un final totalement grotesque, qui plantera un dernier clou dans le cercueil de Sliders.
In fine, la série restera malgré tout une petite pépite SF des années 90, si on ne regarde que ses 2 premières saisons et une partie de la 3ème. Cependant, totalement sabotée par ses dirigeants, elle n'est jamais devenue ce qu'elle promettait sur le papier, l'une des plus grandes séries de science-fiction de tous les temps.
AlloCiné, c'est tous les jours plus de 40 articles traitant de l'actualité du cinéma et des séries, des interviews, des recommandations streaming, des anecdotes insolites et cinéphiles sur vos films et vos séries préférés. Vous abonner à AlloCiné sur Google Discover, c'est l'assurance d'explorer au quotidien les richesses d'un site conçu par des passionnés pour des passionnés.
publié le 23 décembre, Vincent Formica, Allociné