Divertissements

Le Diplôme : "Jen, c'est un rôle très différent de celui d'Anaïs" ... Julie Sassoust se confie sur son personnage

temps de lecture  6 minutes

Dans Le Diplôme, Julie Sassoust incarne le personnage de Jen, une jeune femme au passé difficile. Interrogée par nos soins, la comédienne est revenue sur ce personnage très différent de celui d'Anaïs dans Ici tout commence.

© PHILIPPELEROUX/HABANITA/FEDERATI

Primée par deux fois au Festival de la Fiction de La Rochelle 2025, la série Le Diplôme vient d'être diffusée sur TF1 ! Une fiction en six épisodes qui suit le parcours de six personnages de tous âges et de tous horizons qui sont bien déterminés à passer leur bac.

Julie Sassoust, héroïne d'Ici tout commence, campe ici le rôle de Jen, une jeune femme de vingt et un ans. Victime de harcèlement scolaire et de body-shaming, elle n'a pas réussi à obtenir le précieux sésame.

Encore traumatisée, Jen tente de prendre sa revanche sur la vie. Interrogée par nos soins, la comédienne s'est livrée sur ce personnage très différent de celui d'Anaïs. Confidences !

AlloCiné : Qu'est-ce qui vous a séduit dans ce projet ?

Julie Sassoust (Jen) : Je trouvais que ce projet est nécessaire par rapport à tous les sujets qui sont abordés. Concernant mon personnage, le sujet du harcèlement et du "slut-shaming" me tenait à cœur. On en parle, mais pas assez, et ça touche de plus en plus de jeunes.

Pour moi, c'était important d'interpréter au mieux ce harcèlement, de montrer comment on évolue par rapport à ça et comment on essaie de s'en sortir. L'idée était aussi de changer les regards sur la personne "renfermée" de la classe à qui on ne parle pas trop, car on ne sait jamais ce qui se passe dans la vie des autres.

Le personnage de Jen est dans une vulnérabilité extrême, mais avec une force incroyable. En l'interprétant, je me demandais comment on se sort de cette réputation qu'on nous donne, même quand on devient adulte. J'ai regardé des témoignages de personnes à qui c'est arrivé.

Une femme racontait qu'elle allait se marier et que, dix ans après les faits, son mari recevait encore des messages malveillants de la part de certaines personnes de l'époque. C'est fou de se dire que même dix ans après, alors qu'on pense que tout est loin derrière nous, chaque acte a encore des conséquences. C'est aussi pour ça que ce projet est nécessaire : pour rappeler que ce que l'on fait laisse des marques.

C'est un rôle très différent de celui d'Anaïs dans Ici tout commence...C'est d'ailleurs un personnage quasiment mutique au départ !

Oui, tout à fait. C'est faire exister le personnage par le silence. C'était un travail totalement différent : savoir comment exister dans ce silence, comment s'imprégner du groupe et des acteurs avec qui on joue. Les deux premiers épisodes ont été tournés en premier, donc c'était chouette car nous étions dans cette proximité de nous découvrir les uns les autres.

Personnellement, quand j'interprète un personnage, il y en a certains aspects qui m'aident à comprendre qui je suis parce que je trouve que ça raconte toujours quelque chose de soi. La période de l'adolescence touche tout le monde. C'est une période où on n'a pas forcément sorti tout ce qu'on avait en nous, et là, c'était l'occasion de le faire.

Le harcèlement, on peut en vivre jusqu'à très tard, même au travail, pas seulement à l'école. J'ai essayé de représenter au mieux cela en étant très à l'écoute de témoignages. J'ai fait parler ma propre personne à travers ce sujet et la façon dont ça m'a touchée.

Vous avez 30 ans. Comment se replonge-t-on dans cette période du lycée, surtout avec les scènes de flashbacks dans lesquelles on voit votre personnage interagir avec des adolescents ?

Sur les flashbacks, j'espère que ça fonctionne. Même si je sais que je fais plus jeune que mon âge, on se demande toujours si ça ne va pas dénoter physiquement par rapport aux autres. Mais en fait, je parle beaucoup de l'adolescent "intérieur". On le porte toujours en nous.

Dans la vie de tous les jours, on met des masques pour faire comme si on était des adultes bien posés, mais au fond, on parle tous de la même chose : on a tous envie d'être aimés, d'être reconnus, d'appartenir à un groupe. Pour moi, l'adolescence est le reflet de ces premières expériences qui nous marquent toute la vie.

Après, on apprend la déception ou la trahison, on met des masques pour éloigner ces sujets, mais ils sont toujours présents. Je m'estime très sensible aux choses, donc cette vulnérabilité de l'adolescence n'est jamais très loin.

C'était agréable de s'y replonger, mais je me disais aussi : "Punaise, je suis quand même contente que cette période soit passée !" On apprend encore des choses à 30 ans sur qui on était plus jeune. Avoir 30 ans permet aussi d'avoir plus de maturité et de recul pour savoir quelles ficelles tirer dans son jeu.

Jen fait aussi beaucoup de crises d'angoisse. Est-ce que vous connaissez bien le sujet ou est-ce que vous avez dû vous préparer à ces scènes-là ?

Je connais bien l'anxiété. Pour les crises d'angoisse, elles se manifestent différemment selon les personnes. Je me suis rendu compte assez tard que j'en faisais souvent, car ce n'est seulement avoir la respiration coupée, mais cela peut ne pas être forcément sonore. C'est juste un sentiment de malaise profond.

Sur le tournage, nous avions une belle relation entre comédiens, ce qui permettait de se dire ce qui marchait ou pas à l'écran. On testait des choses : "Est-ce que là c'est trop ? Est-ce qu'on comprend sans prendre le public pour ce qu'il n'est pas ?". Il fallait être dans la subtilité tout en montrant la violence de la crise quand elle se déclare.

Je me suis renseignée sur la façon dont ça se manifeste chez les personnes ayant vécu des traumatismes. Pour Jen, c'est quelque chose qui revient souvent. J'ai voulu montrer cela de manière "grandissante", car c'est un vrai trauma, une conséquence de ce qu'elle a vécu.

C'est comme pour la violence physique : quand une situation se reproduit, le corps se crispe. Il faut beaucoup de temps pour que le corps se relâche et se dise qu'il est dans un "safe place".

Jane se rapproche d'Hussein, qui devient un vrai allié. Que pouvez-vous nous dire sur la suite de leur relation ?

Hussein est quelqu'un de très empathique, tourné vers l'autre. Il réagit super bien même quand elle l'envoie bouler violemment. Pour moi, Hussein est comme un "vieux sage" qui a vécu des choses très difficiles et qui a ce recul nécessaire. Jen, au début, c'est comme un animal blessé qui ne fait confiance à personne.

C'est un chat qui griffe tout le monde. Hussein est le premier à réussir à se rapprocher d'elle parce qu'il revient vers lui plusieurs fois. À force de persévérance, Jen finit par se dire : "C'est cool quand quelqu'un pense à panser ma plaie et est là pour moi". Leur relation va devenir assez forte.

Jen a aussi beaucoup de mal à se confier à ses parents...

Complètement. Il y a ce sentiment de honte par rapport à ce qu'on a fait, et la peur de se faire engueuler. On n'en parle pas. Jen doit repasser son bac à 21 ans, il y a un sentiment d'échec. Comme beaucoup de jeunes adultes, elle veut faire plaisir à ses parents en disant "Ne vous inquiétez pas, je gère" pour s'acheter la paix.

Mais s'acheter la paix, c'est justement parler de ces problèmes douloureux et poser ses limites. J'ai beaucoup travaillé sur cette colère qu'elle tourne vers elle-même. Elle aimerait en parler, mais elle ne peut pas. Il faut savoir se pardonner à soi-même avant de pouvoir tout raconter aux autres.

Comment s'est passée votre collaboration avec les autres comédiens ?

C'était un super tournage ! On est toujours un peu stressé au début quand on ne connaît pas les autres, surtout avec des comédiens qui ont une telle carrière. On espère être accepté. Mais il y a eu une bienveillance extrême.

Tout le monde incarnait tellement son rôle et était tellement dans l'empathie que je recevais énormément en termes de jeu. L'ambiance était super. C'était un travail très intense et concentré, mais les moments de groupe permettaient d'apaiser tout.

publié le 13 janvier, Betty Ramez, Allociné

Liens commerciaux