"Merteuil, c'est une femme qui reprend le pouvoir" : Anamaria Vartolomei se confie sur la nouvelle série événement d'HBO Max
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A l'occasion de la sortie de la série événement sur HBO Max, Anamaria Vartolomei se confie à notre micro sur son rôle de Merteuil.
© HBO Max
Merteuil est enfin disponible sur HBO MAX ! À l'occasion de la sortie de la série, la rédaction d'AlloCiné a rencontré Anamaria Vartolomei lors du Festival de la Fiction de La Rochelle 2025. L'opportunité pour elle de se confier sur ce rôle emblématique de la littérature française et sur cette version qui se veut moderne et intemporelle.
AlloCiné : Vous avez accepté le rôle de Merteuil en seulement 24h, qu'est-ce qui a séduit dans ce rôle pour que vous preniez cette décision aussi rapidement ?
Anamaria Vartolomei (Merteuil) : C'est Jessica Palud (la réalisatrice de la série, NDLR) qui m'appelle et qui me propose le rôle. C'est un personnage emblématique et j'avais en tête Glenn Close et son incarnation parfaite du rôle, et puis tout ce qu'implique le récit, à savoir la perversion, les manigances, les coups bas, les masques qu'on porte en société, la vulnérabilité quand on est face à son miroir...
Ça, ça me promettait quand même quelque chose d'assez nuancé, de riche, de très complet et de rare. Parce que c'est vrai qu'il y a presque une façon d'aborder ça comme on aborderait une mise en scène, une pièce de théâtre.
Au cinéma, c'est assez rare, notamment dans un cinéma français qui est quand même beaucoup plus naturaliste, de jouer ces choses qui sont peut-être plus théâtrales. J'ai immédiatement dit oui, même si j'avais pas lu les scénarios de tous les épisodes. Ça a été très rapide.
AlloCiné : Et comment on se prépare à jouer ce personnage qui est absolument iconique ? Est-ce que vous avez relu le livre ? Est-ce que vous avez revu toutes les adaptations ?
J'ai lu des passages du livre parce que je voulais vraiment m'imprégner du langage, de la façon de parler et puis de l'univers aussi, parce que ce sont des rapports de force, de domination, de soumission. C'était intéressant de voir tout ça intimement, puis les rapports entre chacun.
J'ai lu les lettres pour le contexte, principalement. Et puis, je n'ai pas revu la version avec Glenn Close parce que j'étais assez terrifiée. Mais, en même temps, j'avais tort parce que c'est vraiment la version finale de la Merteuil.
Là, c'est plutôt un préquel, puis on la suit dans son arrivée dans le monde du libertinage et puis sa construction en tant que femme aussi dans la haute société, une société patriarcale, une femme qui survit, qui se bat et en même temps qui reprend le pouvoir et qui se réapproprie son corps parce qu'elle a été bafouée, humiliée.
C'est un livre qui est très en avance sur son temps, ne serait-ce qu'avec cette femme qui est si moderne justement. Est-ce que c'est ça que vous vouliez retranscrire dans cette série ?
Ne serait-ce qu'avec ce que lui apprend Rosemonde sur la sexualité, il y a déjà quelque chose de très moderne. Je me rends compte à quel point les femmes à l'époque avaient une sexualité très, très libérée.
C'est juste qu'elles ne le montraient pas, elles n'en parlaient pas parce qu'elles n'avaient pas le droit, mais c'est vrai que dans l'intimité, elles s'autorisaient énormément de choses que les femmes peut-être s'interdisaient plus tard, parce qu'ensuite on a commencé à porter un jugement sur la sexualité.
Elles étaient brillantes d'intelligence, parce qu'elles soient putains ou qu'elles soient religieuses, c'était leur manière à elles d'échapper aux hommes et à la société masculine. C'était une manière de se protéger du monde.
Mais elles avaient une liberté folle et surtout une appartenance à soi qui était quand même assez dingue, bien qu'en apparence, à cause du mariage et de ce que la société laissait transparaître, elles étaient soumises, mais c'était loin d'être le cas. Et moi, j'ai énormément appris aussi grâce à la série et aux dialogues et au texte.
Comment avez-vous travaillé la relation qui unit Merteuil et Rosemonde avec Diane Kruger ?
Je pense que cela s'est fait naturellement, de femme à femme, avec une différence d'âge. C'est une actrice formidable, qui a une maîtrise assez exceptionnelle, une expérience quand même assez dingue avec des metteurs en scène étrangers qui sont grandioses.
C'était impressionnant, elle m'impressionnait, et puis en même temps, elle a quelque chose dans le jeu, dans la transmission, ne serait-ce que d'actrice à actrice, de très bienveillant. Et c'est aussi ce que son personnage représente pour Merteuil, donc c'est vrai que c'est venu assez naturellement.
On vous retrouve de nouveau dans une série de costumes. Qu'est-ce que ça vous fait de visiter tant d'époques différentes ?
C'est exaltant parce que tu ne parles pas de la même manière, tu ne te tiens pas de la même manière, tu ne bouges pas de la même manière. C'est intéressant de devoir voir comment aussi les corps ont évolué, les postures, les démarches.
Il y a plein de choses qui changent, de voir ce qui est resté vraiment dans le passé et ce qui s'est effacé avec le temps, ce qu'on a gardé. Et puis en même temps, là, on a essayé de vraiment préserver aussi notre contemporanéité et notre modernité à tous.
Ce que je trouvais intéressant aussi, c'est de voir qu'il y a quelque chose de Vincent dans Valmont, il y a quelque chose de Diane dans Rosemonde. On n'est pas uniformisé par contrainte de l'époque. Au contraire, ça n'a jamais représenté une entrave à quoi que ce soit.
Vous êtes dirigée par une femme sur une histoire d'une grande femme. Est-ce que ça a justement ajouté quelque chose au tournage et à la mise en scène ?
Oui, je pense au regard, au recul, à la compréhension, au rapport au corps, au désir, à la manière d'être regardée, de regarder le monde. En tant que femme qui vit dans un monde dominé par les hommes, en plus au cinéma, qui vit peut-être dans une industrie longtemps dominée par les hommes, c'est vrai que tu t'appropries les choses d'une manière différente, tu abordes l'humiliation, le jugement de manière différente.
Puis la sensibilité n'est pas la même. Et puis, il s'agit de sensualité, d'érotisme, de sexualité féminine aussi. Je pense qu'il n'y a rien de mieux qu'une femme pour comprendre tous les détails.
Je pense qu'un homme peut très bien le faire aussi, mais il y a des choses qui échappent parce qu'il y a des choses qui sont en nous, qui sont innées, qu'on comprend entre femmes, en un regard, en un mot.
Vous avez eu la chance de tourner dans des décors naturels. Est-ce toujours un plus sur un tournage de cette envergure ?
C'était génial. Être dans des décors comme ça, tout de suite, ça t'ancre dans une époque. C'est primordial, c'est comme le costume. Une fois que tu es dedans, le corset fait que tu bouges pas de la même manière. Il y a tout qui change et tu te rends compte aussi à quel point les femmes étaient aussi brimées, entravées, on essayait de les mettre dans une cage.
Est-ce qu'on a une certaine pression quand même ? Comme vous parliez tout à l'heure de Glenn Close, est-ce que reprendre un tel personnage qui a été déjà vu plein de fois, qui est absolument mythique, c'est un pression ?
Finalement, non puisqu'il s'agit d'un préquel. La Merteuil de Glenn Close est la Merteuil finale. Il y a plein de versions par lesquelles elle a dû passer pour en arriver là. C'est sûr qu'il y a ce côté machiavélique, pervers, mais de femme très amère aussi qu'on peut ressentir.
Plus on avance dans la série, plus on va loin et plus on va vers la noirceur, et plus nos personnages ressemblent aussi à l'idée qu'on se fait des personnages, que ce soit Valmont, Tourvel, Rosemonde et Merteuil aussi.
Chacun a une évolution, que ce soit vers quelque chose de plus défaillant ou quelque chose de plus grandiose. C'est des personnages qu'on suit, et c'est ça qui est bien avec les séries, c'est que tu peux développer ça sur plusieurs épisodes. C'est assez intéressant.
Et comment vous avez travaillé avec Vincent Lacoste justement sur toutes ces scènes entre Valmont et Merteuil où on parle de manipulation ?
C'est intéressant parce qu'à la fois ils mettent en place des stratagèmes, donc il y a du jeu, il y a de la malice, des manigances, et à la fois ce sont deux personnes qui s'aiment et qui s'interdisent de se l'avouer. Quoi de plus humiliant pour un libertin que de tomber amoureux aux yeux des autres ?
C'étaient des gens qui vivaient non pas pour eux-mêmes, mais pour la société, pour le regard des autres, du "qu'en dira-t-on" ! Ce qui était intéressant à jouer, c'était justement ce qu'on dit versus ce qu'on pense, et ce qu'on pense versus ce qu'on n'ose pas dire. Tout ce tourment intérieur venait forcément ajouter beaucoup de mystère et de complexité aux séquences, et il y avait de la profondeur.
publié le 15 novembre, Betty Ramez, Allociné