Nouveau Jour : "J'ai beaucoup négocié en amont...", Bruno Solo révèle ce qu'il a exigé de la production du feuilleton
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Depuis le 30 juin, Bruno Solo est au générique de "Nouveau Jour", le feuilleton de M6. Habitué à collaborer avec la chaîne, le comédien s'essaie pour la première fois à une quotidienne. Il revient à notre micro sur son expérience.
© Capture d'écran
Entre Bruno Solo et M6, c'est une histoire qui dure ! Après Caméra Café, Kaamelott (dont il est producteur), ou encore la saison 3 des Traîtres, l'acteur est au générique de Nouveau Jour, le nouveau feuilleton de la chaîne.
Dans le décor d'un hôtel 4 étoiles se déchirent plusieurs clans, entre rivalités, coups bas et secrets de famille. Au casting, on retrouve de jeunes comédiens qui font leurs premiers pas devant la caméra, comme Marion Aymé, ainsi que des visages bien connus du grand public tels que Héléna Noguerra, Jean-Baptiste Maunier, ou encore Bruno Solo.
Ce dernier incarne Franck, le patron du club nautique Le Florida et le parrain de Théa. Ce personnage en apparence attachant, bougon mais bienveillant, dévoile une nouvelle facette dans les épisodes en cours de diffusion.
AlloCiné : Comment avez-vous rejoint Nouveau Jour ? Vous avez déjà une longue histoire avec M6 (Caméra Café, Les Traîtres, Pékin Express). Il me semble que c'est la première fois que vous avez un rôle dans un feuilleton quotidien.
Bruno Solo : Oui, comme beaucoup d'entre nous d'ailleurs au sein du casting. Il y a plusieurs raisons à mon envie de rejoindre Nouveau Jour. La première est effectivement mon histoire un peu particulière avec M6, une histoire de cœur, une histoire de gratitude aussi.
C'est quand même la première chaîne qui a accepté, après des années de galère, de produire Caméra Café avec le succès qu'on sait. J'ai produit ou coproduit ensuite d'autres séries, comme Kaamelott dont je suis producteur exécutif. Voilà, j'ai un rapport un peu affectueux avec M6 et aussi le service public, car c'est avec eux que je fais le plus de choses, des téléfilms dramatiques, des formats 6 x 52, des unitaires ou encore mes émissions d'histoire.
Puis j'ai lu les scénarios, et j'ai trouvé ça vachement bien. J'ai bien aimé la série bien sûr, mais indépendamment de ça, de manière un peu égoïste, j'ai surtout regardé mon arche dramatique et l'évolution de mon personnage. Je l'ai trouvé très intéressante pour un comédien, c'est un personnage un peu débonnaire, au grand cœur avec un côté un peu suranné, et qui tout d'un coup va basculer dans une sorte de paranoïa, de violence et de douleur devant un drame terrible suite à la disparition de sa femme.
Comme vous le disiez, Franck est un personnage bienveillant, plutôt relégué au second plan, qui est désormais au centre de l'intrigue avec son arche. On découvre une nouvelle facette de lui. C'est un homme brisé, qui souffre encore du départ de sa femme, et qui porte en lui de nombreuses rancoeurs qui vont exploser. Comment avez-vous appréhendé ce basculement ? Surtout que le rythme d'un feuilleton est intense, et j'imagine que vous n'avez pas beaucoup de temps de préparation.
Effectivement, c'est là que l'expérience d'un comédien comme moi qui suis un vieux briscard, et qui ai eu l'occasion de jouer quand même pas mal de personnages différents, aide. Ça me demande peut-être un peu moins d'efforts que ça m'en aurait demandé il y a quelques années. J'ai quand même quasiment, ça fait drôle de le dire, 40 ans de carrière. Ça m'aide sans aucun doute, on ne va pas se mentir. Et puis c'est aussi ça le challenge des séries quotidiennes.
Même les acteurs plus jeunes du casting, qui sont moins expérimentés, sont obligés de s'acclimater à ça. C'est assez remarquable d'ailleurs dans les quotidiennes, quelque soit la chaîne, cette capacité qu'ont les actrices et les acteurs de changer tout d'un coup d'attitude, d'humeur, de passer d'une émotion à l'autre avec une certaine dextérité.
Alors, des fois, c'est plus ou moins réussi aux yeux des spectateurs, ce que je peux comprendre, mais dans la mesure du possible, ça fait partie du cahier des charges. Et moi, j'aime ça. Je me suis quand même pas mal entraîné pendant des années avec Caméra Café, qui nous permettait d'aller d'une humeur à l'autre, parfois dans la même séquence, même si c'était filmé en plan fixe.
Je travaille énormément en amont, c'est-à-dire que j'ai les arches dramatiques de mes partenaires pour comprendre où ils en sont, et j'ai bien sûr mon arche sur laquelle je me projette. Je peux commencer à distiller des petites choses dans son attitude qui vont annoncer ses sautes d'humeur, et ça, effectivement, ça se prépare un peu. Tout le monde ne s'en rend pas compte, et en même temps, ce n'est pas aux gens de connaître la cuisine interne de chaque comédien, mais il y a beaucoup de préparation dans le personnage.
Si vous prenez les scènes les unes après les autres sans tenir compte d'où vous venez et où vous allez, effectivement, ça se sent un peu dans le jeu. On a cette chance d'avoir des auteurs qui nous donnent un peu en avance les arches dramatiques des personnages. En plus, j'ai obtenu le droit, sûrement à cause de mon métier, de ma petite notoriété, de beaucoup discuter sur l'évolution et le parcours dramatique de mon personnage et de faire des propositions aux auteurs. Ça m'aide aussi à construire mon rôle avec un peu plus de sérénité que si j'étais jeté dans le bain comme ça.
J'ai beaucoup négocié en amont pour... Justement, avec votre expérience sur vos précédents projets, à quel point vous vous permettez de retoucher les dialogues ou les scènes ? À quel niveau intervenez-vous ?
À un niveau que j'estime raisonnable et que les auteurs estiment raisonnable. C'est vrai que je ne suis pas le plus conciliant là-dessus. J'ai beaucoup négocié en amont pour ne pas avoir à défendre des dialogues qui me sembleraient incohérents par rapport à la psychologie du personnage. Dans les quotidiennes, les auteurs sont parfois à flux tendu. Par exemple, je crois que sur Ici, tout commence, ils tournent quasiment 18 à 20 minutes utiles par jour, c'est dingue, ça veut dire quasiment un épisode par session.
Nous dans Nouveau Jour, on n'en est pas encore là. Je ne dis pas que ça n'arrivera pas, comme la série pour l'instant ne rencontre pas tout à fait le succès espéré, il va peut-être y avoir des retouches, des réajustements. Mais j'espère que l'un des réajustements principaux ne sera pas justement de nous obliger à tourner à flux tendu. Parce que dans ce cas, les auteurs privilégient la situation, quitte à négliger le parcours des personnages. Il faut garder cette vigilance, et moi je l'aie. Je ne dis pas que je suis le seul, mais je fais partie de ces acteurs qui l'ont et c'est mon devoir de le rappeler aux auteurs.
C'est ça qui est assez passionnant dans cette aventure, que je n'avais jamais vécue, en tout cas pas avec cette densité, cette intensité. On a le devoir d'être très attentif à ce qui est écrit et voir si ça correspond aux personnages. C'est là qu'on voit que c'est une entreprise collective, où chacun doit faire attention au travail de l'autre, à son partenaire, aux auteurs, aux réalisateurs. Nous, les comédiens, devons bien connaître notre texte parce qu'on n'a pas le temps de refaire beaucoup de prises. On ne peut pas tâtonner sur le plateau alors on travaille en amont. On a des coachs qui nous permettent de répéter les séquences avant, on peut les appeler si on a des inquiétudes.
Vous partagez la plupart de vos scènes avec deux jeunes acteurs, Vinicius Dos Santos Lagier, qui incarne Adrian, et Marion Aymé, qui joue votre filleule, Théa. Comment se sont passées ces deux collaborations ?
On s'est rencontré un peu en amont parce qu'on a fait des lectures, 15 jours environ avant le tournage. On a eu le temps de discuter un peu du parcours des personnages. J'ai découvert un Vinicius fougueux, avec une sensibilité à fleur de peau, mais qui dégage aussi une telle force. Il a cette plastique imposante, et en même temps ce sourire très enfantin.
J'ai tout de suite repéré quelque chose de singulier chez lui dans sa manière d'aborder les scènes. Parfois, il peut être trop fougueux dans ses propositions, mais ce qui est formidable avec Vinicius, c'est qu'il se corrige très vite. Il a cette humilité et cette intelligence d'écouter ce que ses partenaires ou le réalisateur lui disent.
Quant à Marion Aymé, elle est impressionnante. D'ailleurs, je tiens vraiment à souligner à quel point elle est la vraie héroïne de la série ! Théa fait le lien entre chaque intrigue. Marion est toujours dans la vérité du personnage. Elle est dans l'économie des effets et, au contraire de Vinicius, elle attend qu'on pousse les curseurs. Elle propose toujours quelque chose d'une sobriété extraordinaire et elle attend que nous l'aidions à aller plus loin.
Je repense à une scène qu'on a tournée où elle refuse d'imaginer que Lucien, son grand-père, ait pu tuer Marion, mon épouse. Elle est bouleversante parce qu'on sent qu'elle est tiraillée entre le fait que c'est peut-être vrai et le déni, le refus d'admettre que son grand-père serait peut-être une ordure. Elle l'a faite en trois prises avec l'expérience qui est la sienne, c'est-à-dire celle d'une jeune comédienne.
Il faut savoir que beaucoup des jeunes comédiens viennent du théâtre, ils jouent dans des troupes à Montpellier et aux alentours. Ils se connaissaient déjà bien, car ils étaient ensemble dans des cours. Je les trouve formidables. D'ailleurs, Marion Aymé m'a demandé avec beaucoup de gentillesse d'être son parrain de métier, et j'ai accepté avec beaucoup d'émotion.
À quoi peuvent s'attendre les spectateurs dans les prochains épisodes ?
Mon personnage va s'apaiser, de toute façon, il n'a pas le choix que de faire une sorte de deuil douloureux par rapport à Marion et Lucien. Il doit retrouver un certain apaisement pour continuer à vivre, pour lui mais aussi pour Théa car elle traverse elle aussi de sacrées épreuves avec sa famille. Je ne peux pas trop vous en dire mais de toute façon le téléspectateur joue le jeu avec un feuilleton comme Nouveau Jour. Il se doute bien qu'après le calme revient une nouvelle tempête !
Nouveau Jour, du lundi au vendredi à 13h30 sur M6, et en replay sur M6+.
publié le 2 septembre, Emilie Schneider, Allociné