Michel Galabru : sa petite fille Sophie, professeur agrégée de philosophie, pourrait suivre les pas de son grand-père
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Pour certains, l'héritage familial peut être dur à supporter. Longtemps gênée par son lien avec Michel Galabru, sa petite-fille a pourtant appris à vivre avec. Voire à en tirer une certaine fierté. Proche de l'acteur star mort en 2016, Sophie Galabru se construit aujourd'hui une belle carrière de philosophe. Mais l'appel des planches ne la laisse pas totalement indifférente...
Sophie Galabru était proche de son grand-père, Michel Galabru. Michel Galabru et sa petite-fille Sophie Galabru lors de l'enregistrement de Vivement Dimanche à Paris, France. Photo by Max Colin/ABACAPRESS.COM - © Abaca Press, Colin Max/ABACA
Sur ses épaules de jeune trentenaire, le poids de son patronyme pèse lourd. Très lourd. Née en 1990, Sophie Galabru n'a pas choisi de grandir dans une famille d'artistes. Fille du dramaturge et metteur en scène Jean Galabru, elle est aussi (et surtout ?) la petite-fille de Michel Galabru, qui aurait célébré ses 103 ans ce 27 octobre 2025. "Même si je l'aimais passionnément, je me suis sentie emprisonnée par ce patronyme, confiait-elle au site de l'association des Apprentis d'Auteuil. J'ai eu envie de m'en affranchir pour développer ma voie." Sa voie, justement, se trace bien loin des planches de théâtre et des plateaux de cinéma. Pour l'instant en tout cas...
Élevée par sa mère après le divorce retentissant de ses parents, Sophie Galabru s'est passionnée pour la philosophie au lycée. Agrégée de cette discipline depuis 2014, elle a soutenu sa thèse quatre ans plus tard à la Sorbonne. Depuis, la jeune femme enseigne. À des lycéens d'abord, puis aux élèves de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à ceux du prestigieux Louis-le-Grand. La petite-fille de Michel Galabru transmet également son savoir dans des conférences, aux Mardis de la philosophie mais aussi à Bruxelles, Monaco, dans des associations ou dans des entreprises qui la contactent. Transmettre, c'est sa ligne conductrice.
Michel Galabru : sa petite-fille Sophie a été "déstabilisée" par son hértiagePhilosophe déjà reconnue malgré son jeune âge, la chercheuse a publié trois essais : d'abord Le Visage de nos colères, en 2022, puis Faire famille l'année suivante, qui lui a valu le Prix du livre de philosophie des lycéens, et enfin Nos dernières fois. Dans ces trois livres, Sophie Galabru analyse les schémas familiaux, évoque longuement le thème de la colère et interroge les liens qui unissent les membres d'une unité. Et forcément, elle convoque aussi sa propre histoire. Celle d'une enfant traumatisée par le divorce de ses parents, d'une aînée qui a vu d'un mauvais œil l'arrivée de sa sœur et de son frère, mais aussi d'une femme tourmentée par son héritage, comme elle l'a souvent raconté.
"Mon nom pesait parfois un peu lourd, car il me rattachait immédiatement à mon grand-père et charriait un héritage culturel et professionnel imposant", regrettait-elle dans les colonnes de Philosophie Magazine. "Déstabilisée" par cette filiation, Sophie Galabru a voulu effacer son nom au profit de son prénom. Mais aussi "trouver une voie propre", comme une "urgence". "C'est peut-être pour ça que j'ai voulu faire les études les plus longues possibles pour justifier, peut-être, ma capacité de travail et ma vie propre", analysait-elle sur les ondes de France Inter. Pourtant, Sophie Galabru a grandi comme une enfant de la balle.
Un grand-père très absent dans l'enfance de Sophie GalabruPetite, elle a traîné "dans les coulisses des théâtres, dans les loges, derrière les rideaux" et respiré "l'atmosphère des troupes" dont faisait partie le comédien, César du meilleur acteur pour son rôle coup de poing dans Le Juge et l'Assassin. De sa famille paternelle, la jeune diplômée a gardé "la théâtralité, l'humour et une certaine distance avec la vie". Avec la vie, oui, mais aussi avec ce monde dans lequel elle a baigné et que son grand-père aimait plus que tout. "Mon grand-père était quelqu'un de passionné par les grandes voix, les grands acteurs et comédiens comme Sacha Guitry ou Michel Simon. Je ne sais pas si c'était lié à une faille narcissique. Mais peut-être que ça a été sa manière de la régler", analysait-elle froidement dans le podcast V'lan.
Fille et petite-fille de stars, Sophie Galabru a toujours regardé le monde théâtral et cinématographique avec un œil critique. Ce "milieu extrêmement précaire et aléatoire", ce métier "instable quand on veut construire un chemin familial et intime" lui a longtemps fait peur. Car il ne convient pas à sa nature profonde. "C'est un métier d'image, d'amour et d'exposition de soi. Donc il faut oser s'exposer, ça implique une forme d'impudeur, de confiance en soi, d'audace... que moi, je ne me sentais pas d'avoir au début de ma vie", assumait la descendante de celui qui s'est fait connaître dans Le Gendarme de Saint-Tropez avec Louis de Funès. Surtout, elle a souffert de l'absence des hommes de sa vie.
"Je ne voyais pas beaucoup mon grand-père. Et même quand je le voyais, il était souvent entouré de personnes qui lui proposaient des interviews, du travail ou qui voulaient simplement être avec lui. Il ne savait pas toujours cloisonner sa vie privée et sa vie publique, regrettait-elle dans ce podcast. Mon père, quand il est devenu comédien à son tour, j'ai compris à l'âge de 8 ans que ça voulait dire que je ne le verrais plus beaucoup." Michel Galabru lui-même ne souhaitait pas vraiment que sa petite-fille se lance à corps perdu dans ce monde. "Il connaissait la difficulté du métier de comédien, les aléas des rôles qui viennent et ne viennent pas. Il savait aussi que les femmes avaient une place difficile dans l'industrie du cinéma", racontait-elle à Philosophie Magazine. Mais les choses ont changé depuis quelques années, même si un long travail reste encore à faire sur cette question. Sophie Galabru le clame d'ailleurs et l'analyse avec des termes forts.
La philosophe pourrait bien monter sur les planches un jourMalgré tout, la philosophe avait un "lien très fort" avec ce grand-père, qui avait "goût pour la recherche de la sagesse, de la vérité, du sens", comme elle le décrivait auprès de Ouest-France. Les deux ont même collaboré en 2013 sur un drôle de livre, une forme d'abécédaire où ils laissaient leurs pensées flotter. Leurs longues discussions ont duré jusqu'à la fin. Inquiète de dire adieu à son papy, elle a longtemps vécu "chaque rencontre avec lui comme si c'était la dernière", comme elle le disait à RTL Info. "Je pense que parler de ce qui fait peur, comme la mort ou la séparation, permet d'exorciser l'angoisse. Affronter ensemble cette question a rendu les choses moins redoutables", ajoutait-elle.
La mort, finalement, est arrivée en janvier 2016. Michel Galabru avait 93 ans, sa petite-fille était déjà diplômée. Et si elle n'a pas toujours eu un regard doux sur la carrière de ses aïeux, la philosophe pourrait bien se lancer sur leurs traces. Malgré tout. "Tout dépendra de ce qu'on me proposera et avec qui", précisait-elle à Ouest-France. Ce ne sera pas pour tout de suite. Peut-être pour jamais. Mais Sophie Galabru peut tout de même être sûre que son grand-père adoré l'aurait soutenue, quoi qu'il arrive.
publié le 27 octobre, Lucie Gosselin , Purepeople