Après une mobilisation des journalistes, "La Tribune" suspend sa réforme éditoriale et son rapprochement avec BFM Business
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Trois semaines après une motion de défiance de la rédaction, "La Tribune" met en pause sa mue vers une presse tourné vers les professionnels et la création d'un pôle commun avec BFM Business.
Claire Léost, nouvelle directrice générale de CMA Media - © ALAIN JOCARD / AFP
La contestation a porté ses fruits. Selon "La Lettre", la mobilisation des journalistes de "La Tribune" a conduit à la suspension de la réforme éditoriale voulue par leur actionnaire, CMA CGM, présidé par Rodolphe Saadé. Lundi 3 novembre, lors d'un comité social et économique (CSE), le directeur du pôle presse de CMA Média, Jean-Christophe Tortora, et la directrice générale de "La Tribune", Tatiana de Francqueville, ont annoncé l'arrêt du projet de pôle économique commun avec BFM Business, présenté cet été.
Une victoire pour la rédactionLe virage du titre vers un modèle de presse professionnelle articulé autour de quatre "verticales" sectorielles (énergie, tech, aéronautique, etc.) est également suspendu. D'après un mail interne du CSE diffusé le 5 novembre, la direction se donne "au moins jusqu'à la fin de l'année" pour élaborer un nouveau projet "susceptible de recueillir l'adhésion des journalistes". La suspension du projet de pôle économique avec BFM Business rebat aussi les cartes au sein de CMA Média. Arnaud de Courcelles, directeur général de BFM Business, ne prendra finalement pas la tête de La Tribune comme prévu le 1er décembre, et Tatiana de Francqueville ne basculera pas à la direction générale de "La Tribune Dimanche" à cette même date. Sollicitée par l'AFP, la direction de la Tribune a confirmé son "souhait de prendre un temps supplémentaire avec les équipes afin de lever leurs inquiétudes dans un esprit de dialogue, sans pour autant remettre en cause la pertinence du projet". "Le projet devra être prêt début 2026 car le pôle économique doit venir renforcer La Tribune", a-t-elle souligné.
Cette annonce marque un premier recul pour CMA Média, trois semaines après une motion de défiance historique : 88 % des journalistes de "La Tribune" et "La Tribune Dimanche" ont voté contre la stratégie de leur direction. Dans le texte, la SDJ et le CSE dénonçaient "une stratégie délétère" et des "atteintes à l'indépendance éditoriale". Leur motion pointe aussi un risque d'"affaiblissement de la qualité du travail journalistique" et appelle à l'abandon du plan d'économies. "Il est inenvisageable de continuer à produire un journalisme de qualité en réduisant les effectifs", avaient rappelé dans un communiqué commun les syndicats du SNJ, de la CGT et les SDJ de BFMTV, RMC et BFM Business, en soutien à leurs collègues.
La veille, la présidente de CMA Média, Claire Léost - arrivée fin août après avoir dirigé Prisma Media - avait provoqué la colère des rédactions en exposant son ambition de transformer "La Tribune" en un média "B2B" orienté vers les professionnels. "Le modèle généraliste est à bout de souffle", avait-elle estimé. Le projet éditorial défendu par Lucie Robequain, directrice des rédactions depuis 2024, visait au contraire à replacer "La Tribune" dans la "Ligue des champions" de la presse économique généraliste tout en développant des offres premium. Soutenu à plus de 90 % par les journalistes, ce plan prévoyait de nouveaux recrutements et une stratégie numérique ambitieuse - à rebours des coupes décidées en 2025 : 10 % de postes non remplacés et 30 % de baisse des piges.
publié le 6 novembre, Bruna Fernandez , Puremédias