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CNews "une chaîne d'extrême droite" : Serge Nedjar pointe un "manque de mesure et de responsabilité" de la part de Delphine Ernotte

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Le directeur général de CNews répond à la patronne de France Télévisions, qui demande à la chaîne du groupe Bolloré d'assumer son positionnement éditorial.

"Ca n'intéresse qu'eux !" : Pascal Praud tacle les éditorialistes jugeant le "match" entre Gabriel Attal et Jordan Bardella sur France 2 - © CNews

"J'assume tout ce que j'ai dit". Invitée dans la matinale RTL de Marc-Olivier Fogiel, ce vendredi 26 septembre, Delphine Ernotte a réitéré ses déclarations contre CNews. "Ça fait 4 ans que CNews tape sur le service public, matin, midi et soir, qu'on met des journalistes du service public à l'affiche sur CNews. Moi j'assume ce que je dis", a-t-elle déclaré.

"Des termes aussi caricaturaux, injustes et mensongers"Puis, de s'expliquer : "En France, il se trouve qu'on a une presse d'opinion et je trouve ça très bien. Il y a des journaux de gauche, il y a des journaux de droite, voilà. Il se trouve que je considère, et je ne suis pas la seule, que CNews est une chaîne d'opinion. Est-ce que ça me pose problème ? Ça ne me pose pas de problème. Je dis juste qu'il ne faut pas avancer masqué. C'est tout".

La semaine précédente, dans les colonnes du "Monde", elle avait notamment déclaré : "Il faut admettre que CNews est un média d'opinion. Qu'ils assument d'être une chaîne d'extrême droite !". Avant d'ajouter : "La galaxie Bolloré a pour projet de tuer l'audiovisuel public. Quand vous attaquez de façon obsessionnelle et sans relâche un service public, c'est bien que vous cherchez à le délégitimer".

Des propos qui ont vivement fait réagir Serge Nedjar, directeur général de CNews. Dans un entretien au "Figaro" publié ce 30 septembre, il justifie la ligne éditoriale de la chaîne : "CNews est une chaîne d'opinions, avec un "s", comme nous l'avons toujours revendiqué, et avant tout une chaîne d'information. Bien évidemment, nous ne sommes pas une chaîne d'extrême droite ! Cette phrase a fait beaucoup de mal en interne. Je peux vous dire que l'émotion était très vive dans les couloirs. Nos 200 collaborateurs ont pris cette attaque de plein fouet."

"Si démarche politique il y a, elle vient surtout du service public"Le dirigeant estime que Delphine Ernotte a franchi une ligne rouge, pointant du doigt un "manque de mesure et de responsabilité de la part de la présidente de France Télévisions. Il y a une forme d'inconscience. Dans le climat actuel, être qualifié d'extrême droite est terriblement dangereux. En utilisant des termes aussi caricaturaux, injustes et mensongers, Delphine Ernotte a mis une cible sur les 200 journalistes et salariés de l'antenne", déplore-t-il.

Pour le patron de CNews, les critiques répétées émanant de l'audiovisuel public relèvent d'une stratégie politique. "Sur les antennes de France Télévisions ou de Radio France, CNews, ses présentateurs et ses journalistes sont caricaturés à longueur d'émissions. Si démarche politique il y a, elle vient surtout du service public", insiste-t-il.

La tension s'est accentuée avec la lettre envoyée récemment à l'Arcom par France Télévisions et Radio France, dénonçant une "campagne de dénigrement" menée par la chaîne de Vincent Bolloré autour de la polémique entourant Thomas Legrand et Patrick Cohen. Selon une étude de l'INA relayée par "Le Canard enchaîné", entre le 5 et le 12 septembre, CNews aurait mentionné plus de 1.000 fois l'affaire Legrand-Cohen, soit 27 fois plus que LCI et 44 fois plus que BFM. Ce chiffre fait dire à Delphine Ernotte : "Ces dernières semaines, dites-vous bien quand même que le service public sur CNews a été plus discuté que la nomination du nouveau Premier ministre. Donc, c'est vous dire ! Moi, je suis là pour défendre mes journalistes."

Serge Nedjar balaie ces accusations : "S'ils ont du temps à perdre à jouer avec une calculatrice... Je veux d'abord rappeler qu'aucun média n'a à intervenir dans le choix de nos sujets. Si nous parlons autant de France Télévisions et de France Inter, c'est que la question intéresse nos téléspectateurs. Regardez la hausse de nos audiences."

Grâce à sa formule - des sujets controversés discutés autour d'un animateur vedette qui n'hésite pas à afficher son positionnement - CNews revendique en effet des résultats solides. Déjà leader tout l'été - une première -, le canal 14 signe en septembre 2025 son meilleur mois depuis sa création le 27 février 2017, avec 3,9% de part d'audience selon Médiamétrie, soit un gain de 0,7 point sur un an. La chaîne du groupe Bolloré devance ainsi BFMTV d'un point (2,9%), un écart record, et distance LCI (2,2%) comme franceinfo (1,1%). La chaîne a même atteint 6,3 % le 10 septembre, lors du mouvement "Bloquons tout". "Depuis la rentrée, les audiences ont explosé", s'est félicité Serge Nedjar.

La passe d'armes entre les dirigeants intervient aussi alors que Reporters sans frontières (RSF) a saisi l'Arcom ce 1er octobre à propos de CNews, après la diffusion d'une séquence polémique liée à l'affaire de Crépol. L'organisation reproche à la chaîne d'avoir laissé le maire de la commune qualifier sans nuance les suspects de "racailles" et de "barbares", sans contradiction en plateau. Pour RSF, il s'agit d'un "manquement grave aux obligations déontologiques" qui justifie une nouvelle intervention du régulateur. Cette plainte vient s'ajouter aux nombreux signalements dont la chaîne a déjà fait l'objet ces dernières années.

Le régulateur a reçu plusieurs signalements concernant la couverture par la chaîne de la condamnation de Nicolas Sarkozy dans l'affaire du financement libyen, notamment après l'apparition d'un bandeau intitulé "Nicolas Sarkozy face à un procès politique", dénoncé par le député LFI Aurélien Saintoul comme un "manquement grave à l'honnêteté".

publié le 4 octobre, Bruna Fernandez , Puremédias

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