"Financer des projets souvent idéologiquement orientés" : Après la privatisation du service public, le RN dépose un amendement pour fermer le CNC
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Après avoir fait de la privatisation de l'audiovisuel public son cheval de bataille, le parti d'extrême droite cible désormais un pilier de l'exception culturelle française, accusé de financer une "entreprise de propagande" cet des "navets", au mépris de la réalité du fonctionnement du secteur.
Le vice-président du RN, Sébastien Chenu, défend l'amendement visant à supprimer le financement du CNC ce mardi 18 novembre 2025 - © FranceInfo, / Michtof/PsnewZ/Bestimage
C'est un système qui est pourtant envié dans le monde entier. Dans le cadre du projet de loi de finances pour 2026, le Rassemblement national propose de vider le Centre national du cinéma (CNC) de ses revenus, du moins en partie, pour les réaffecter au budget général de l'État.
"Financer des navets et des films gauchistes est un gaspillage d'argent public"Le député de la Somme Mathias Renault et les membres du groupe Rassemblement national ont déposé un amendement visant à retirer au CNC l'ensemble de ses ressources afin de les transférer au budget général. Le texte affirme que l'établissement public, pourtant financé par des taxes sectorielles (essentiellement un pourcentage sur chaque billet vendu en salles) et non par l'impôt, serait en décalage avec "les attentes de nos concitoyens" et la situation budgétaire du pays.
Dans l'exposé des motifs, le RN écrit : "Le rendement prévisionnel des taxes qui lui sont affectées (...) viennent automatiquement financer des projets souvent idéologiquement orientés et uniformes pour une rentabilité nulle". Ou encore "L'argent des Français ne saurait durablement être ainsi gaspillé dans une vaste entreprise de propagande. Par conséquent, le présent amendement propose la suppression de l'affectations de ces taxes en vue de la suppression du CNC, pour les réaffecter au budget général." "Il ne s'agit pas de supprimer brutalement le soutien public au cinéma, mais de le réduire dans le cadre du nécessaire effort sur les dépenses publiques, et de le réorienter. Nous souhaitons que 50 % de cette somme, dorénavant réaffectée au budget général, puisse continuer à financer des projets intéressants et rentables", poursuit le texte.
Le rappel du fonctionnement du CNC montre pourtant un système robuste : créé en 1946, et placé sous l'autorité du ministère de la Culture mais doté d'autonomie financière, il fonctionne grâce à plusieurs taxes affectées : taxe sur les billets de cinéma, taxe sur les chaînes de télévision, taxe sur la vidéo physique et en ligne. Le fonds de soutien permet de ainsi de réinvestir les recettes des films à succès dans des œuvres plus fragiles. Les aides du CNC irriguent toute la création française, des films aux séries, en passant par l'animation et le jeu vidéo. Concrètement, les films qui marchent financent en partie ceux qui verront peut-être moins de spectateurs, et l'argent généré par le secteur reste dans le secteur. Contrairement à ce qu'affirme le Rassemblement national, il ne s'agit en rien "d'argent des Français" prélevé par l'impôt, mais de contributions professionnelles. L'argent du cinéma va au cinéma, un mécanisme vertueux.
Interrogé ce mardi sur Franceinfo, le vice-président du RN, Sébastien Chenu, a défendu cette initiative : "Il y a d'autres façons de financer le cinéma, je pense à Canal+ par exemple. Nous pensons qu'il y a des efforts à faire de tous les côtés, et que le CNC n'est pas une structure en difficulté", a-t-il déclaré. Sur X, le député Mathias Renault, à l'origine de l'amendement, a assumé la motivation politique de la mesure : "Financer des navets et des films gauchistes est un gaspillage d'argent public ; les représentants du peuple, chargés de consentir à l'impôt et aux dépenses, sont parfaitement en droit de soutenir ce point de vue."
"Ça, c'est une appréciation personnelle", répond Sébastien Chenu, qui assure : "Un bon film se juge au nombre d'entrées qu'il fait. Un film sans spectateurs devant la toile, est-ce qu'il mérite d'être soutenu, financé ?" S'il reconnaît que "l'art est la culture du risque", il ajoute : "Je suis contre la culture du guichet, c'est-à-dire l'idée que les structures se transforment en guichets à subventions. Vous avez un projet, vous venez demander des subventions, vous utilisez les structures comme des pompes à fric, ça je trouve que c'est pernicieux. Une œuvre doit rencontrer son public mais aussi s'évaluer sur sa capacité à se financer de diverses façons, et pas uniquement utiliser l'argent public."
L'attaque contre le CNC intervient alors que le RN multiplie les offensives contre l'audiovisuel public. En septembre, la Cour des comptes alertait sur la situation financière de France Télévisions. Marine Le Pen a alors de nouveau appelé à la privatisation de France Télévisions, dénonçant une "gestion catastrophique" et une "institution d'un autre temps". Le parti défend l'idée de vendre les chaînes publiques à des groupes privés, dans un contexte où le marché publicitaire télévisé est en recul.
Les acteurs du secteur rappellent toutefois le poids économique du service public audiovisuel : 600 millions d'euros d'investissements annuels dans la production, plus de 60.000 emplois soutenus et 4,4 milliards d'euros de contribution au PIB selon une étude d'impact de 2021.
publié le 18 novembre, Bruna Fernandez , Puremédias